Sonia Pinel s'est fait répéter à satiété «Il faudrait que tu fournisses plus d'efforts ; tu peux faire mieux». Pourtant, raconte aujourd'hui la jeune femme de 25 ans inscrite en criminologie à l'Université de Montréal, «je ne faisais que ça, étudier». Mais elle avait beau mémoriser et relire, et recommencer, en franchissant la porte de la salle de cours pour l'examen, invariablement, les connaissances se volatilisaient. Et celles qui demeuraient menaçaient de s'évaporer au moindre bruit.
Un élève tapotant discrètement sur son bureau ou un autre, en retard, qui ouvrait la porte une fois la période d'examen commencée, c'était autant de distractions fatales pour Sonia.
Elle s'est débattue 15 ans dans ce petit enfer quotidien jusqu'à ce que, à la fin de ses deux ans et demi de cégep, une agente d'aide scolaire lui conseille de consulter un médecin. Et le verdict tombe: trouble du déficit de l'attention. Mais ce syndrome n'est-il pas normalement diagnostiqué au primaire ou, sinon, au secondaire? Peut-être, si les enfants sont particulièrement turbulents et dérangent leurs camarades de classe, mais Sonia, elle, était, de son propre aveu, «super tranquille».
«Quand on me parlait, je donnais souvent l'impression de ne pas écouter, car je ne regardais pas mon interlocuteur. Les professeurs me disaient que je n'avais pas l'air intéressée», se rappelle-t-elle durant un entretien récent. Quel soulagement pour Sonia d'avoir trouvé la cause de ce malaise!
Mais le diagnostic posé n'a pas automatiquement mis fin aux soucis de Sonia. Elle a dû essayer plusieurs médicaments, car certains avaient des effets secondaires sans même rehausser de manière significative sa capacité de concentration. Puis un jour, elle tombe par hasard sur le témoignage d'une vedette américaine vantant, à la télévision, un médicament qui l'aidait à mieux vivre avec son déficit d'attention. Sonia a réclamé ce médicament à son médecin. Cette fois, elle a vraiment eu l'impression de reprendre le contrôle de sa vie. Elle ébauche aujourd'hui des projets pour l'avenir, sans censurer ses ambitions.
Parce que son trouble a été dument diagnostiqué, Sonia bénéficie d'un soutien dans ses études. Il y a quelques années, à une journée portes ouvertes de l'UdeM, elle avait demandé si les étudiants atteints d'un trouble d'apprentissage pouvaient recevoir de l'aide. Au même moment, Daniel Boucher, responsable du Service de soutien aux étudiants en situation de handicap, passait près d'elle. S'il existait du soutien? Et comment! Rendez-vous fut pris, qui déboucha sur des arrangements qui allaient permettre à Sonia de développer son potentiel intellectuel.
«Je suis tellement contente!»
Au cours des trois dernières années, au Département d'anthropologie, Sonia a ainsi pu compter sur une étudiante qui prenait des notes pour elle, car elle ne peut à la fois écouter et écrire – «J'écris un mot sur deux», dit-elle; elle a pu passer ses examens dans un local à part, seule, et disposer de 50 % plus de temps pour les faire; elle a également pu suivre des cours qui totalisent 6 crédits par session au lieu des 12 habituellement requis pour avoir droit à l'aide financière du gouvernement.
«Daniel [Boucher] est mon ange gardien», résume-t-elle en guise d'appréciation pour l'appui reçu. Et ce soutien a porté ses fruits, puisque Sonia a obtenu une note de 90 % à ses examens du printemps, «les meilleurs résultats que j'ai jamais eus». Elle est aussi grandement reconnaissante à ses parents, qui n'ont jamais cessé de croire en elle. «Ils m'ont toujours encouragée. Et ma mère était plus triste que moi lorsque je recevais une mauvaise note.»
La jeune femme n'a pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin. Elle est maintenant inscrite à l'École de criminologie comparée de l'Université de Montréal et ne cache pas sa joie. «Je suis tellement contente! J'aimerais faire une maitrise et devenir directrice de prison», indique-t-elle en ajoutant timidement: «Je sais, je vise haut.»
Sonia n'a pas toujours parlé aussi librement de son trouble d'apprentissage. «Mais cela fait partie de moi, alors...» De toute manière, c'est plus fort qu'elle, il faut qu'elle en parle, car son témoignage peut aider d'autres personnes. Par exemple, c'est en faisant valoir tout le soutien que l'UdeM accordait à ses étudiants aux prises avec des difficultés d'apprentissage que l'enfant de sa marraine, qui souffre d'un déficit de l'attention, a finalement pu obtenir certains services à son école primaire.
Paule des Rivières
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