À quoi bon promouvoir le vélo comme moyen de transport écologique si la fabrication du cadre nécessite à elle seule 11 soudures énergivores et polluantes? C'est la question que s'est posée Christophe Robillard, étudiant en design industriel, dans son projet de fin d'études. La réponse s'appelle Victor. Ce projet visait «à rompre les paradigmes, à critiquer et à revoir les principes qui régissent la fabrication du vélo», pouvait-on lire dans le catalogue de l'exposition des finissants de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, qui s'est tenue la semaine dernière.
Entièrement fabriqué dans les ateliers de la Faculté, le prototype Victor a une ligne qui rappelle les vélocipèdes d'antan, mais étonne surtout sur le plan du concept: deux tuyaux en acier composent le cadre et le garde-boue devient un élément structurant. Au total: deux soudures pour fixer la structure. «Beaucoup de gens sont passés devant mon kiosque sans remarquer les subtilités du modèle, mais ceux qui se sont arrêtés avaient beaucoup de questions», commente le designer qui est lui-même adepte de vélo.
Comme pour Christophe Robillard, le développement durable était au centre des préoccupations des finissants de la Faculté, qui avaient choisi pour thème de leur exposition annuelle le D. Trait d'union entre les cinq disciplines de la Faculté, le D «illustre l'omniprésence du design sous toutes ses formes qui, bien que sous-jacent à de multiples dimensions de notre univers quotidien, échappe parfois à notre perception. Mais le design se révèle dans les lieux, paysages, communautés et objets les plus divers», disait le descriptif.
En architecture de paysage, Karine Deschènes-Paquette et Patrick Laporte ont imaginé un sentier de randonnée au cœur de la région de Lotbinière. «C'est Compostelle sans la religion», a résumé la jeune femme. Sans équivalent au Québec, ce sentier d'une soixantaine de kilomètres franchit des terres agricoles et des espaces sauvages. Les pèlerins peuvent faire halte chez l'habitant ou encore dans les auberges s'ils ne désirent pas monter leur tente. «La municipalité régionale s'est montrée très intéressée par notre projet, car il met en valeur ses attraits culturels et récréotouristiques.»
Annie Bellemare, en design d'intérieur, a réaménagé complètement un immeuble de Laval pour le convertir en centre d'interprétation du... biscuit Oreo. «Les gens l'ignorent, mais Kraft Canada fait plus d'une cinquantaine de produits Oreo. J'ai imaginé un endroit plus sophistiqué que ce qu'on attend généralement des magasins de friandises», a-t-elle indiqué en montrant les plans d'un lieu aéré et plutôt somptueux.
En architecture, Tu My Yhai a dessiné un bâtiment en T dont un transept s'avance dans le fleuve à la façon d'un quai. Son originalité: il est voué à la célébration de la vie – mariages et naissances du côté de l'eau – comme aux cérémonies funèbres (four crématoire, cimetière, mausolée de l'autre). «L'architecture spirituelle est un équilibre entre le corps et l'esprit», a-t-elle dit.
Son projet a suscité beaucoup d'étonnement chez les centaines de visiteurs de l'exposition. «N'est-ce pas le but d'un travail universitaire?» demande-t-elle.
M.-R.S.
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