En grammaire, savez-vous ce que sont un déterminant et un prédicat? Si vous avez des enfants d'âge scolaire, c'est ainsi qu'ils ont appris à nommer l'article et le complément. Bien des parents en perdent leur latin.«Cette fameuse nouvelle grammaire a besoin d'être démythifiée; tout n'a pas été remplacé et elle n'est pas très différente de ce que nous avons appris», déclare Pascale Lefrançois, professeure au Département de didactique. Pour éclairer les parents qui ont toutefois besoin d'explications afin de pouvoir aider leurs enfants dans leurs devoirs, la professeure a conçu une série de 13 émissions qu'elle anime depuis le 13 janvier sur les ondes du Canal Savoir et qui est destinée au grand public.
Intitulée Des nouvelles de la grammaire, la série présente la grammaire telle qu'elle est enseignée depuis la révision de 1995. Toutes les notions essentielles – nouvellement créées ou inchangées – sont abordées: le déterminant, le prédicat, la phrase autonome, la phrase transformée, l'adjectif, les accords, la «grammaire du texte», etc.
Plus de logique
«La réforme n'est pas le fruit d'une lubie du gouvernement, mentionne Pascale Lefrançois. Elle découle d'observations de linguistes qui ont signalé que certaines explications grammaticales n'étaient pas toujours vraies et que la réalité ne collait pas forcément à la théorie.»
C'est le cas, par exemple, de la définition de la phrase, qui devait normalement être constituée d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Mais une phrase ne comporte pas toujours de complément. C'est pourquoi la phrase est maintenant définie comme étant composée d'un sujet et d'un prédicat. En linguistique, le prédicat est la partie de la phrase qui inclut l'information relative au sujet; il rassemble donc, selon le cas, le verbe, l'adverbe et les compléments.
Ce concept est une illustration de la façon nouvelle de décomposer la phrase, en attribuant une fonction à un groupe de mots, même s'ils ne forment pas une proposition. Dans la phrase «La tempête de neige a paralysé la circulation», le sujet est «la tempête de neige» et le mot «tempête» devient le noyau du sujet.
Les articles et les adjectifs deviennent pour leur part des déterminants (déterminant possessif, démonstratif, numéral, etc.). L'adjectif qualificatif, dont le rôle diffère des déterminants et qui est moins essentiel dans la phrase, devient tout simplement un qualificatif.
La nouvelle grammaire a donc dépoussiéré certains concepts et fonctions afin d'apporter plus de logique à l'analyse grammaticale. «Les exceptions vont demeurer des exceptions, mais il faut montrer que la langue est structurée de façon logique et qu'elle peut se comprendre», souligne la professeure.
Tous les problèmes ne sont toutefois pas réglés, convient-elle. Il reste entre autres à faire du ménage du côté des adverbes, qui demeurent une classe disparate et qui ne fonctionnent pas tous de la même façon tant dans leur construction que dans leur rôle.
Si la manière dont on présente aujourd'hui les choses oblige les adultes à retourner à l'école, l'enfant n'a pas plus de difficulté à comprendre les fonctions qu'avec l'ancienne méthode, assure Mme Lefrançois. «Le principal objectif est de faciliter la lecture et l'écriture, dit-elle. En faisant découvrir le rôle des mots, l'analyse aide à la construction et à l'enrichissement des phrases.»
Pascale Lefrançois se méfie des déclarations voulant que la maitrise du français soit «pire qu'avant» chez les finissants du secondaire. «La nature des erreurs change; les élèves font plus de fautes d'orthographe mais sont meilleurs en syntaxe. Il n'y a pas lieu de s'en réjouir, mais, depuis 10 ans que j'enseigne, je n'ai pas vu de détérioration chez les étudiants des universités.»
Retour de la dictée
La nouvelle grammaire ne l'est en fait pas tant que ça. Non seulement elle est enseignée depuis près de 14 ans, mais plusieurs des observations faites par les linguistes remontent aux années 60 et même 50. Pascale Lefrançois préfère d'ailleurs parler de «grammaire actuelle».
Alors que certaines rectifications ont été adoptées plus tôt par les grammairiens anglophones et hispanophones, il aura donc fallu près de 40 ans pour que la situation soit rectifiée chez les francophones. La professeure s'explique mal ce retard, mais pense qu'il a pu y avoir de la résistance dans le milieu scolaire.
«Les enseignants qui sont en poste depuis 20 ans n'ont peut-être pas reçu toute la formation nécessaire, croit-elle. La série d'émissions s'adresse aussi à eux.»
Chacune des 13 émissions comporte deux parties: une présentation théorique, puis une dictée qui intègre les notions couvertes et qui est suivie d'un corrigé. Une vidéo de la dictée et du corrigé demeure disponible sur le site du Canal Savoir pour ceux qui veulent faire l'exercice en dehors des heures de diffusion.
David Desrosiers, finissant de premier cycle et membre de l'équipe de soutien pédagogique Allô prof, est coanimateur de la série. L'horaire de la diffusion des émissions peut être consulté sur le site Internet.
Daniel Baril
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