L'opérette avec un grand O...

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Le chef Raffi Armenian dirigera l’OUM dans cette production très rythmée.Une ambiance tzigane règne ces jours-ci à la Faculté de musique. L'Atelier d'opéra et l'Orchestre de l'Université de Montréal présenteront, du 24 au 27 février à la salle Claude-Champagne, Le baron tzigane, de Johann Strauss fils. La direction musicale a été confiée au chef Raffi Armenian, un spécialiste du répertoire viennois, alors que l'artiste multidisciplinaire Marie-Nathalie Lacoursière a conçu la mise en scène.

«On dit souvent qu'à Vienne on aime s'amuser tout en versant une larme! Le baron tzigane est en ce sens une œuvre très viennoise», indique d'emblée Raffi Armenian.

L'opérette raconte l'histoire du fils d'un Hongrois exilé et dépossédé qui revient sur les terres familiales. Pour réparer les injustices passées, il se fait promettre la main d'Arsena, la fille d'un riche éleveur de porcs, mais il est amoureux de Saffi, une belle bohémienne. Finalement, après de multiples rebondissements, le mariage arrangé n'aura pas lieu et l'amour triomphera!

Le baron tzigane, comme toute opérette viennoise, peut sembler bien légère, mais, lorsque le spectateur creuse un peu, il est mis en présence des grands enjeux sociopolitiques propres à l'empire austro-hongrois au 18e siècle.

«On se trouve à l'époque où les Hongrois demandaient leur autonomie à l'empire, qui la leur a finalement accordée en acceptant de leur redonner leurs terres. On peut décoder plusieurs symboles et une critique sociale dans l'œuvre quand on connait l'histoire», explique Raffi Armenian, né en Égypte de parents arméniens et diplômé de l'Académie de musique de Vienne.

Le défi d'interpréter l'œuvre avec justesse est donc grand pour les étudiants dont la réalité quotidienne est à mille lieues des préoccupations d'alors. Le directeur musical et la metteure en scène ont d'ailleurs été très exigeants en ce qui a trait aux intentions des chanteurs.

«Raffi et moi avons vraiment travaillé ensemble et sa connaissance poussée de l'œuvre m'a grandement éclairée pour la mise en scène», dit Marie-Nathalie Lacoursière.

Elle apprécie particulièrement le côté très rythmé du Baron tzigane, qui nécessite beaucoup de précision de la part des interprètes.

«L'œuvre est très exigeante vocalement et, de plus, les chanteurs doivent bouger et danser sur scène. Je leur demande d'être à l'aise dans leur corps. Ils doivent aussi incarner un personnage, sans oublier bien sûr de suivre les directions du chef d'orchestre sans que ça paraisse! C'est un exercice très pédagogique», mentionne celle qui possède une formation multidisciplinaire en musique, en théâtre et en danse ancienne.

Pour accompagner les étudiants sur scène, elle a fait appel à une troupe montréalaise spécialisée en danses hongroises et tziganes.

Marie-Nathalie Lacoursière se familiarise peu à peu avec le répertoire de Johann Strauss fils. Il y a deux ans, toujours pour l'Atelier d'opéra et l'Orchestre de l'Université de Montréal, elle a mis en scène La chauve-souris, la plus célèbre œuvre du compositeur autrichien.

Mais qui est Johann Strauss fils exactement? Né en 1825 à Vienne, il est le fils du réputé compositeur Johann Strauss. Malgré la violente opposition de son père, il choisit la voie de la musique. Encore mineur, à 19 ans, il organise son premier concert et c'est un triomphe. Au cours de sa carrière, il composera plusieurs valses symphoniques et opérettes, dont son chef-d'œuvre La chauve-souris en 1874.

Le baron tzigane est présenté pour la première fois en 1885, à Vienne. C'est un succès instantané. Quatre-vingt-sept représentations consécutives ont eu lieu et, durant les 15 années qui ont suivi, l'œuvre a été interprétée dans plus de 140 théâtres lyriques de par le monde.

Pourtant, dans la tête de bien des gens, l'opérette demeure moins prestigieuse que l'opéra. Pour Raffi Armenian, qui a assuré la direction musicale de plusieurs œuvres des deux genres, «c'est comme comparer des pommes avec des oranges. Ça n'a rien à voir! La voix est à la base de l'opéra, alors que c'est la danse qui est à la base de l'opérette. Le problème, en Amérique du Nord, c'est qu'on mélange opérette et comédie musicale!»

«Pourtant, l'opérette est très raffinée sur le plan du langage musical», renchérit Marie-Nathalie Lacoursière.

Œuvre à essence multiculturelle, Le baron tzigane a transformé le genre en mariant musique viennoise et musique hongroise.

«Tous les compositeurs d'importance contemporains de Strauss le considéraient comme le plus grand compositeur, s'exclame M. Armenian, et ils n'étaient pas tous fous!»

Martine Letarte
Collaboration spéciale

 

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