«La diversité des moyens de communication, l'accès de plus en plus aisé à d'autres cultures, de même que l'accroissement de la mobilité des individus ont des effets considérables sur la création et l'interprétation des traditions et des patrimoines musicaux, soutient l'ethnomusicologue Monique Desroches. La rapidité avec laquelle tous ces changements s'opèrent incite à se questionner sur les enjeux musicaux et sociaux contemporains.»
Devant cette constatation, la professeure de la Faculté de musique et directrice du Laboratoire de recherche sur les musiques du monde (LRMM) a décidé d'organiser une rencontre internationale bilingue sur le sujet. Plusieurs spécialistes de différentes disciplines y seront réunis. Des musiciens et des ethnomusicologues, dont Regula Qureshi, professeure émérite de l'Université de l'Alberta, ainsi que des sociologues, des anthropologues et des philosophes seront présents au colloque «Patrimoines musicaux: circulation et contacts», qui aura lieu du 29 octobre au 1er novembre à l'Université de Montréal.
Coorganisée par le LRMM, en collaboration avec la Société canadienne pour les traditions musicales et l'Observatoire international de la création et des cultures musicales grâce à une subvention de près de 28 000 $ du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, cette rencontre rassemblera plus de 60 conférenciers des quatre coins du monde.
«Les sujets abordés iront de la mise en scène du patrimoine musical et l'influence du tourisme aux musiques nomades et à l'identité culturelle, en passant par des thèmes d'actualité tels que la part de créativité du musicien dans la tradition musicale et le culte du patrimonial», précise la professeure Desroches.
Quelques incontournables
En marge des conférences, les participants pourront assister à des concerts et prendre part à des ateliers de musique, dont un consacré au gamelan (ensemble de métallophones originaire de Bali). Coanimé par I Dewa Made Suparta et Éric Vandal, respectivement professeur invité et chargé de cours à la Faculté de musique, cet atelier présenté gratuitement à la salle Claude-Champagne le 30 octobre permettra de s'initier à la musique balinaise. Parallèlement à cette activité, un atelier de step dancing est proposé par une spécialiste de l'Université York.
Dans la série «grand public», deux concerts commentés figurent au programme. Le premier met en scène le percussionniste André Dupuis et ses tambours bata alors que dans le second le chercheur Bruno Deschênes fera découvrir le système musical et la philosophie du shakuhachi, une flute de bambou japonaise. Les frais de participation sont de 15 $ pour les ainés et de 10 $ pour les étudiants. «Ces concerts sont aussi l'occasion pour Monsieur et Madame Tout-le-monde de se familiariser avec des instruments méconnus et d'en apprendre davantage sur le contexte dans lequel on interprète ces musiques», signale Monique Desroches.
Trois conférences ont également été mises sur pied à l'intention du public: celle du professeur Luc Charles-Dominique, de l'Université de Nice, sur la musique des gitans, nommés par les spécialistes «les Roms» (30 octobre); celle de Laurent Aubert, directeur du Musée d'ethnographie de Genève, sur les façons de mettre aujourd'hui en spectacle les musiques traditionnelles (1er novembre); et celle de la directrice du LRMM, intitulée «Spectacle touristique, signature musicale et patrimonialisation» (29 octobre).
Folklorique, traditionnel ou néo-trad?
Pour Mme Desroches, étudier l'ethnomusicologie revêt une importance fondamentale. «Lorsqu'on parle de patrimoines musicaux, les gens pensent souvent, à tort, aux musiques folkloriques ou à de vieilles choses poussiéreuses... Ce ne sont pas vraiment ces musiques qui intéressent l'ethnomusicologie contemporaine, explique-t-elle. On essaie de regarder et d'analyser les scènes musicales où se fait de la musique dite traditionnelle certes, mais vue dans la foulée d'un monde qui bouge et qui change constamment. Le parcours de La bottine souriante est intéressant à cet égard. Ce groupe connu d'abord sous l'attribut “folklorique” dans les années 80 a ensuite été étiqueté “traditionnel”. De nos jours, ses membres affirment qu'ils font de la musique “néo-trad” tandis que, chez les disquaires, on trouve leurs albums dans la section “musique du monde”!»
Véritable phénomène social et musical, le recours à la musique pour faire avancer des causes sociales a séduit plusieurs artistes comme le chanteur Peter Gabriel. «Le lien entre le caractère environnemental et social et l'art devient un support privilégié pour faire connaitre ces causes», rappelle la directrice du LRMM. À son avis, on assiste non seulement à un mélange des genres mais aussi à un éclatement des frontières.
«Le colloque permettra de faire le bilan des acquis, d'explorer des domaines nouveaux, d'élaborer de meilleures méthodes d'enquête et d'analyse et de travailler en partenariat avec d'autres disciplines», observe Monique Desroches, qui tient à souligner l'appui de la Faculté de musique ainsi que le travail des membres du comité scientifique (Nathalie Fernando et Marie-Hélène Pichette, respectivement professeure et doctorante à l'UdeM, Judith Cohen, de l'Université York, et Regula Qureshi) et du comité organisateur facultaire (Lucie Grisot, Jessica Roda, Madeleine Bédard, Myke Roy, Steve Graham et Stéphane Pilon).
La publication des actes du colloque est prévue pour l'automne 2010.
Dominique Nancy
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