Les livres de Marie-Victorin sont exposés

Imprimer

Le frère Marie-Victorin vous attend aux Mardis des livres rares, le 14 septembre, pour une visite guidée de l’exposition.«Voyez les lis des champs comme ils croissent!» Paraphrasant saint Augustin, Conrad Kirouac, alias le frère Marie-Victorin, intitule ainsi la communication qu'il s'apprête à présenter à l'émission radiophonique La cité des plantes, à Radio-Canada. Mais, victime d'une collision sur une route de campagne le 15 juillet 1944, l'auteur de la Flore laurentienne ne se présentera jamais au rendez-vous.

Cette citation est le titre de l'exposition qu'on peut voir, au quatrième étage du pavillon Samuel-Bronfman, sur le quart de siècle durant lequel le frère Marie-Victorin a dirigé l'Institut botanique de l'Université de Montréal, l'ancêtre de l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV). Fruit de l'effort concerté du Service de gestion des documents et des archives de l'UdeM, de la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales (BLRCS) et de l'IRBV, l'exposition trace le «riche parcours du frère Marie-Victorin, une figure marquante de l'historiographie contemporaine au Québec», comme on peut le lire dans l'introduction du catalogue.

«Toute la personnalité du frère Marie-Victorin se trouve dans cette petite phrase, qui figure dans le cahier qu'il portait sur lui le jour de sa mort», note Normand Trudel, bibliothécaire à la BLRCS et maitre d'œuvre de cette exposition qui rassemble une centaine d'objets. Poésie, science, foi et une touche de nationalisme colorent les lis qui croissent. Il y a aussi une allusion au tempérament optimiste de l'homme de science. «Marie-Victorin était un semeur d'idées», lance M. Trudel.

«Pour des raisons de conservation, la Bibliothèque de botanique de l'UdeM a transféré chez nous, l'an dernier, une partie de sa collection contenant des documents fragiles ou rares, explique Sarah de Bogui, chef de la BLRCS. Cet ensemble représente le noyau de la bibliothèque de l'Institut botanique, créé par le frère Marie-Victorin. Nous trouvions important de le mettre en valeur auprès du public.»

Normand Trudel a reproduit la première bibliothèque de botanique, qui tenait sur deux tablettes...Cette collection compte 368 titres de livres en 929 volumes et 4 titres de revues en 19 volumes, et certains documents valent plusieurs milliers de dollars sur le marché des livres anciens. Par exemple, les ouvrages de Nicolas-Thomas Host et de William Curtis valent plus de 50 000 $ et celui de Carlo Allioni quelque 35 000 $. Canadiana très recherché, le premier livre de botanique nord-américaine, signé Jacques Cornut, vaut 25 000 $. Quant à Pinax theatri Botanici, de Gaspard Bauhin, qui date de 1703, il est impossible de lui attribuer une valeur monétaire, car il est devenu introuvable sur le marché.

Lancée à l'occasion de la tenue à l'Université de Montréal du colloque 2010 de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), l'exposition présente les fleurons de cette collection de façon chronologique et thématique. Après les deux premières vitrines relatant la vie du religieux, on assiste aux premières heures de l'Institut botanique. La personnalité du frère Marie-Victorin aura un effet multiplicateur sur les «vocations». «Après un début modeste – il n'y a que trois étudiants inscrits la première année –, le programme d'enseignement supérieur de la botanique connait un véritable engouement. On y enseigne la botanique générale et systématique, la cryptogamie, l'algologie, la mycologie, la phytologie, la cytologie et la paléobotanique.»

Bibliothèque pauvre

Le frère des Écoles chrétiennes constate que le premier outil du savant, la bibliothèque, est bien pauvre lorsqu'on accueille les premiers étudiants. Il reproche à ses administrateurs de ne pas avoir compris tout à fait l'importance des bibliothèques universitaires. «À ce moment, la bibliothèque tenait tout entière sur deux rayons de bois derrière la porte de mon bureau. C'est-à-dire que quand la porte était ouverte la bibliothèque était fermée!» écrit-il avec humour.

Dans l'une des vitrines les plus originales de l'exposition, les organisateurs ont pensé reproduire ces deux tablettes. On y trouve des éditions reliées en cuir de classiques signés Pline l'Ancien, John Ray, Jean-Jacques Rousseau et Carl von Linné.

Branché sur le monde, le frère Marie-Victorin obtiendra, en 1940, un don important de la Carnegie Corporation de New York, ce qui propulsera la bibliothèque de l'Institut botanique parmi les plus riches sur le continent en milieu francophone.

«On sait, grâce à des reçus déposés aux archives, que Marie-Victorin achetait directement des livres et les donnait à la bibliothèque, mentionne Normand Trudel. Il a donc participé pleinement, pendant plusieurs années, à cette collection.»

Bibliothécaire et historien, M. Trudel insiste sur le fait que l'exposition devait intégrer des documents d'archives et des artéfacts. «Même si nous voulions mettre en valeur les beaux livres de la collection, l'équipe était consciente qu'il fallait aussi exposer des témoins de l'époque de l'un des membres fondateurs de l'Acfas», dit-il.

On peut admirer, notamment, des pièces de l'herbier Marie-Victorin, des photos d'époque sur plaque de verre colorées à la main et plusieurs documents originaux. On peut voir une édition reliée de la Flore laurentienne par l'artiste Marguerite Lemieux, décorée du célèbre chardon de Mingan, espèce découverte par le botaniste.

Les dernières vitrines racontent l'aventure cubaine du frère et les retombées de son œuvre. Les organisateurs ont obtenu la collaboration de l'un des rares spécialistes du frère Marie-Victorin, décédé depuis, André Bouchard. «Dès notre première conversation, M. Bouchard s'est montré très intéressé par notre projet. Il nous a fait parvenir gratuitement des documents, dont un exemplaire d'un de ses livres portant sur l'histoire du Jardin botanique de Montréal.»

Sarah de BoguiLivres précieux

Ce n'est pas par manque d'intérêt scientifique que la Bibliothèque de botanique a voulu transférer une partie de son fonds à la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales. C'est pour des raisons de pérennité. «La Bibliothèque de botanique, située au Jardin botanique, n'a pas de salle permettant la conservation à long terme d'ouvrages fragiles», fait observer Mme de Bogui, qui a elle-même évalué une partie de la collection.

Elle précise que les ouvrages demeurent accessibles pour les étudiants, qui peuvent les consulter à volonté. Elle incite d'ailleurs les membres de la communauté universitaire à utiliser les ressources que la BLRCS met à leur disposition. «L'un des buts recherchés par les expositions que nous organisons est de faire connaitre notre fonds, constitué de plus de 120 000 documents», indique-t-elle.

L'exposition se tient jusqu'au 26 novembre. L'entrée est libre.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Sur le Web

 

Dossiers

 

Zoom sur les enfants

Que se passe-t-il quand l’enfant devient le parent de ses parents? Comment prévenir les...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

 

Le campus de l'UdeM à Laval : des débuts très prometteurs

Le campus de l'UdeM à Laval a toutes les allures d'un pari gagné: en effet, plutôt que ...

Le chiffre

11,0 G$

C’est le total des sommes déboursées par les universités canadiennes pour la recherche et le développement en 2009-2010.

Lire la suite...