L'art de collectionner

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Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté (1869-1937),  Le modèle ou La démangeaison, 1925, bronze, 38 cm de hauteur. Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal. (Photo: Daniel Roussel)Des œuvres de Marc-Aurèle Fortin, Alfred Pellan, Jean Paul Riopelle, Jean-Paul Lemieux, Alfred Laliberté, Ozias Leduc et Marcelle Ferron figurent dans l'imposant catalogue de la Collection d'œuvres d'art de l'Université de Montréal. Elle comprend aussi le Fonds Pierre-Granche, qui compte plus de 1200 documents, plans, maquettes et dessins, de même que 350 croquis de costumes du Festival de Stratford.

«La collection est composée d'un millier de peintures, de sculptures, d'installations extérieures, de photos et de gravures. L'ensemble de ces pièces est évalué à plus de quatre millions de dollars et est appelé à s'enrichir encore», indique la directrice du Centre d'exposition de l'UdeM, Louise Grenier, qui préfère parler de la valeur patrimoniale et du rôle de formation de cette collection, dont le Centre est responsable, plutôt que de sa valeur marchande.

Une petite partie des œuvres est exposée dans les bureaux et locaux de la direction ainsi qu'à l'extérieur sur le campus. À la salle M-415 du pavillon Roger-Gaudry, on peut voir par exemple Verticale noire, un tableau de Marcel Barbeau datant de 1962. Une sculpture de Pierre Granche, Topographie-Topologie, trône devant le CEPSUM alors qu'au pavillon principal de la Faculté de médecine vétérinaire, à Saint-Hyacinthe, on trouve une sculpture de Louis Archambault, Hommage à Asclépios. Ces trois œuvres «publiques», comme les qualifie Mme Grenier, ont été restaurées ou le seront au cours de l'année qui vient. «Les deux tiers des œuvres ne sont pas accessibles au grand public, sauf à l'occasion d'expositions, signale la conservatrice. Elles sont entreposées à la réserve, où les conditions de conservation répondent aux normes muséologiques les plus récentes. Mais les étudiants et les chercheurs de l'Université et d'ailleurs y ont accès pour l'enseignement et la recherche. Chaque année d'ailleurs, le Centre accueille des étudiants et des stagiaires de divers programmes, entre autres en muséologie, histoire de l'art et anthropologie, qui participent à de véritables projets d'exposition.»

Quelques pionniers

André Bachand, directeur du Fonds de développement dans les années 60, a grandement contribué à l'édification de cette collection. «[Il] deviendra le véritable moteur derrière la création de la collection d'œuvres d'art de l'Université», peut-on lire dans L'art de collectionner, un ouvrage publié en 2004 par Les Presses de l'Université de Montréal qui raconte l'histoire de la collection et en présente les pièces principales. Mis sur pied à l'initiative de M. Bachand, le comité d'acquisition permettra de bâtir cette collection au fil des ans grâce surtout à des legs faits à l'Université.

«Si, dans le premier quart du XXe siècle, l'établissement reçoit quelques dons de tableaux et de sculptures, qui constituent son premier patrimoine artistique, il faudra attendre la fondation du comité d'acquisition pour parler de la volonté institutionnelle d'assembler une collection, écrit Andrée Lemieux, ancienne directrice du Centre d'exposition. La vingtaine d'œuvres acquises avant 1963 sont maintenant intégrées à la collection. Parmi celles-ci, le portrait du juge Michel Mathieu, doyen de la Faculté de droit de 1898 à 1915, exécuté par Joseph-Charles Franchère en 1902. C'est la première œuvre connue acquise par l'Université de Montréal.»

Outre André Bachand, plusieurs professeurs, dont Philippe Verdier et Ludovic Randall, ont agi au sein du comité d'acquisition et permis d'enrichir la collection d'œuvres importantes. De 1968 à 1973, grâce à une campagne de financement, l'Université acquiert des pièces d'une grande valeur, dont Paysage laurentien, de Marc-Aurèle Fortin, Three Girls and a Car, de Philip Henry Surrey, et Hommage à Nelligan, de Jean-Paul Lemieux. C'est à cette époque que Marjorie et Gerald Bronfman, des amis de M. Bachand, font don à l'Université de leurs croquis de costumes de théâtre du Festival de Stratford.

L'historien de l'art François-Marc Gagnon, qui a enseigné à l'Université pendant plus de 30 ans, a également laissé sa marque dans la collection. Dès 1971, il participe au choix des œuvres. Sur ses conseils, le comité se porte acquéreur de deux toiles de Paul-Émile Borduas: La campagnarde à la tranche de melon, en 1973, et, en 1978, Le bateau fantasque. «Ce dernier tableau est acheté 25 000 $, soit la moitié du budget d'acquisition total du comité [...], rapporte Andrée Lemieux dans L'art de collectionner. Les œuvres acquises pendant ces années sont aujourd'hui encore les pièces majeures de la collection.»

Au cours des années qui suivent, de substantiels fonds d'acquisition sont mis en place pour agrandir la collection. Il faudra toutefois attendre 1987 pour que soit instaurée la première politique d'acquisition. On y décrit notamment l'orientation de la collection, la procédure d'acquisition et l'on y recommande qu'une somme annuelle soit affectée au budget d'acquisition. À ce moment-là, le comité intègre tout le patrimoine artistique que possède l'Université à la collection et procède à un inventaire des œuvres afin d'en connaitre l'étendue.

L'art pour tous

L'année 2003-2004 demeure une année record tant pour le nombre que pour la qualité des œuvres acquises. «Quelque 70 œuvres ont alors été offertes à l'Université par des artistes et des collectionneurs, fait valoir Louise Grenier en prenant soin de vérifier l'information dans sa base de données, conçue elle aussi selon les normes muséologiques. Ce sont majoritairement des œuvres contemporaines. Entre autres Molinari, Daudelin, Levasseur et Alleyn.»

La muséologue, qui a travaillé comme conservatrice au Musée des maîtres et artisans du Québec pendant plus de 10 ans avant de prendre, en 2007, la direction du Centre d'exposition, a à cœur la diffusion des trésors de l'Université. «Pour vivre, l'art doit être vu!» dit-elle. Les tableaux de la Collection d'œuvres d'art sont d'ailleurs régulièrement prêtés pour des expositions présentées à l'extérieur de l'Université, principalement au Musée national des beaux-arts du Québec et au Musée des beaux-arts de Montréal.

Récemment, Mme Grenier a obtenu une subvention pour sensibiliser les gens à la nécessité de préserver ce patrimoine. Le projet Art pour tous vise à mettre en valeur la quarantaine d'œuvres d'art public de l'Université installées à l'extérieur sur le campus et à l'intérieur de ses bâtiments. Avec le financement du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, des panneaux explicatifs permanents seront conçus et posés au printemps près de ces œuvres. Le projet comprend en outre une exposition virtuelle donnant accès à de l'information sur les artistes et les œuvres, ainsi que la production de dépliants et de matériel permettant des visites autoguidées grâce à la baladodiffusion. Le tout sera disponible à l'automne 2010.

«Nous espérons un enrichissement de l'appréciation des œuvres par le grand public, souligne Mme Grenier. Le fait de nommer les œuvres permettra d'augmenter la vigilance des usagers quotidiens des lieux et de mieux les préserver.»

Dominique Nancy

 

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Dossier spécial :

Les collections de l'Université,
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