Le cacao, délice des dieux... et des conquérants

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«La fève de cacao est un phénomène que la nature n’a jamais répété: on n’a jamais trouvé autant de qualités réunies dans un aussi petit fruit!» (Alexander Humboldt.)«Ne croyez pas que le chocolat soit un substitut de l'amour : c'est l'amour qui est un substitut du chocolat!»

Des citations comme celle-là, de la journaliste britannique Miranda Ingram, le botaniste Mario Cappadocia en a plein sa brouette. Il en livrera certaines au cours des deux conférences qu'il donnera à l'occasion des Belles Soirées et Matinées sur le thème du chocolat, les lundis 23 et 30 novembre prochain. «En plus d'être un très bon aliment – riche en antioxydants, il est considéré comme un antidépresseur et une excellente source d'énergie – et un produit économique de premier plan, le chocolat a une histoire fascinante», dit-il.

Les civilisations olmèque, maya, toltèque et aztèque se sont épanouies grâce au «breuvage des dieux». Mais leurs populations ont payé très cher la culture du cacaoyer lorsque les conquistadors s'en sont emparés pour en faire le commerce avec l'Europe. «Quand Cortés arrive en Amérique du Sud, il est accueilli comme le dieu Quetzalcóatl qui, selon une légende aztèque, aurait donné le cacao aux hommes. Malheureusement, le conquérant capturera l'empereur et fera tuer de 15 000 à 20 000 personnes, donnant un avant-gout de ce qui attendait les autochtones. Ceux-ci comprendront trop tard que Cortés n'était pas un dieu», relate le chercheur, qui promet une conférence «chocolatée».

Cortés fut accueilli comme un dieu et gavé de cacao. (Photo fournie par M. Cappadocia)Après le sucre et le café, le cacao est le produit d'importation le plus important au monde, faisant vivre de 40 à 50 millions de personnes. Ses premiers producteurs, de nos jours, ne sont plus latino-américains mais africains. Même au Québec, la transformation chocolatière serait la deuxième industrie d'exportation, après le porc, avec un chiffre d'affaires de quelque 400 M$.

Littérature, musique et cuisine

Rencontré au Jardin botanique de Montréal, où la toute nouvelle serre des plantes commerciales offre à la vue des visiteurs deux beaux cacaoyers en fleurs, Mario Cappadocia résume les grandes lignes de ses conférences qui puiseront dans la littérature, la poésie, la peinture, l'opéra, le théâtre et la cuisine.

«N'oublions pas que, jusqu'au 19e siècle, le chocolat est d'abord et avant tout une boisson à laquelle on prête diverses vertus. Mme de Sévigné, notamment, a grandement contribué par ses écrits à faire apprécier le chocolat à la noblesse française.»

Mais l'Église craint aussi les effets de cette boisson suspecte, qu'on croit aphrodisiaque. On soupçonne une dame de la haute société d'en avoir abusé, ce qui expliquerait qu'elle ait donné naissance à un bébé à la peau noire. «Quelques mauvaises langues ont voulu expliquer la chose par le fait que c'était un esclave noir qui lui apportait son chocolat au lit, mais on n'a jamais su le fond de l'histoire», raconte en riant le conférencier.

Mario CappadociaLe vrai boum du chocolat surviendra lorsqu'on associera à la fève séchée, torréfiée et broyée les produits de la canne à sucre, dont les Européens raffolent. «C'est la découverte de l'époque: joindre le sucre et le chocolat», mentionne-t-il. Et, après trois siècles de consommation du chocolat sous forme liquide, le chocolat devient «craquant», car on exploite enfin son caractère physicochimique qui en fait une matière solide à la température de la pièce.

Cela dit, le commerce du cacao a son côté sombre. Quand les entrepreneurs coloniaux eurent fini d'exploiter la main-d'œuvre locale, le plus souvent dans la violence et dans le sang, ils n'eurent aucun remords à faire venir des esclaves d'outre-mer pour cultiver la cabosse. «Tout cela n'est rien à côté du désastre causé par les maladies venues d'Europe qui décimeront les populations indigènes. Mais l'histoire du cacao demeure jalonnée de guerres et de conflits», souligne M. Cappadocia.

Grand gourmet et amateur «extrême» de chocolat, selon ses dires,  le conférencier ne cache pas la sensation quasi divine qu'il éprouve lorsqu'il croque un morceau de Lindt ou de Côte d'Or. Et plusieurs feraient des pieds et des mains pour gouter au gâteau Magdalena qu'il confectionne à des occasions très spéciales.

Mathieu-Robert Sauvé

Les conférences de Mario Cappadocia auront lieu les 23 et 30 novembre, de 19 h 30 à 21 h 30, au 3200, rue Jean-Brillant. Prix pour la série: 35 $ (25 $ pour les ainés et 20 $ pour les étudiants).

 

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