En 30 ans de carrière, le psychiatre Pierre Verrier a vu passer de nombreux patients dans son cabinet. Des cas lourds, presque sans espoir, et des personnes qui n'ont connu que de brefs épisodes dépressifs. «On sait que l'incidence de maladies comme la schizophrénie n'a jamais vraiment fluctué. Au Moyen Âge, il y avait environ un pour cent de la population qui en souffrait, comme en 2010. Ce qui a changé, c'est le nombre d'individus atteints de maladies plus légères», dit-il de son bureau à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.
Aujourd'hui, rapporte le médecin qui lance cette semaine la série «Démystifier les maladies mentales» aux Belles Soirées et Matinées de l'Université de Montréal, le facteur de risque pour la dépression majeure est de 20 % chez les femmes et de 12 % chez les hommes. Cela signifie qu'une femme sur cinq et que plus d'un homme sur huit connaitront les symptômes de ce mal du siècle. Sommeil troublé, désordres liés à l'appétit, irritabilité, diminution de l'intérêt pour les activités habituelles et perte d'énergie peuvent être des signes avant-coureurs d'une dépression qui s'installe.
Ce qui explique la hausse de ces maux de l'âme, selon le psychiatre? De multiples raisons dont les anxiogènes connus: course à la performance, stress, fatigue. Ouverte à tous, la série esquissera un panorama des connaissances actuelles en abordant les aspects sociaux et historiques autant que l'angle purement biologique ou médical. «Les maladies mentales ont toujours suscité des réactions mitigées, motivées par un mélange de peur, de curiosité et trop souvent d'incompréhension, d'ostracisme et de stigmatisation», peut-on lire en introduction de ce nouveau segment de «Médecine pour tous». Les troubles mentaux transitoires comme la dépression et l'anxiété risquent de devenir la principale cause d'invalidité perturbant la vie professionnelle, ajoute-t-on.
Nourrisson, adolescent et personne âgée
La première conférence, donnée le 18 mars par Sylvain Laniel, Ouanessa Younsi et Pierre Verrier, présentera une perspective historique et culturelle de la question. On remontera aux premières mentions de maladies mentales, qui datent de l'Antiquité. Avant de parler des enjeux de la psychiatrie moderne, on effectuera un survol des grands moments de son évolution. L'histoire récente de la pensée psychiatrique a été influencée par des disciplines variées (philosophie, religion, sociologie, anthropologie, psychologie, psychanalyse, biologie, neurosciences, etc.). On cherchera à montrer comment intégrer ces connaissances au bénéfice du malade et de son traitement.
La conférence suivante, le 25 mars, portera sur la santé mentale des enfants et des adolescents. On apprendra, grâce à Nagy Charles Bedwani et Alain Lebel, que des signes précurseurs de troubles psychologiques peuvent être observés chez les nourrissons. On cernera les facteurs régissant les stades de développement normal des enfants et des adolescents ainsi que leur influence dans les différentes maladies mentales de ce groupe d'âge. Les conférenciers proposeront des moyens de reconnaitre les principaux symptômes (troubles de l'attachement, troubles envahissants du développement, déficit de l'attention, troubles alimentaires, toxicomanies notamment) et mettront en lumière les modalités de prévention et d'intervention.
Après la conférence d'Yvan Pelletier le 1er avril sur les maladies psychiatriques (dont la schizophrénie, les troubles de l'humeur, les troubles somatoformes et dissociatifs, le délirium et la démence), Marc Lonergan et Mélissa Beaudry-Godin décriront, le 8 avril, le phénomène chez les personnes vieillissantes. «De nouvelles données sur les centenaires au Québec et ailleurs illustrent quelques éléments liés au vieillissement de la population et peuvent aider à en déterminer les conséquences», affirment les conférenciers. Certaines études donnent des indices sur l'existence de précurseurs du «bon» et du «moins bon» vieillissement: l'hérédité, les expériences vécues pendant l'enfance et les habitudes de vie.
La conférence intitulée «Entre le respect des droits et libertés et le devoir d'ingérence» (15 avril) traitera de l'aspect juridique des maladies mentales. Deux spécialistes, Paul-André Lafleur et Gilles Chamberland, parleront des nouvelles balises de la loi relatives à l'hospitalisation involontaire. Les enjeux cliniques, éthiques et sociétaux seront abordés, de même que le respect des droits fondamentaux de la personne.
Enfin, le 22 avril, la dernière conférence aura pour thème les espoirs et les limites de la médecine psychosomatique. «Ne sommes-nous pas tous des malades psychosomatiques?» demande Pierre Verrier. Malgré les récentes découvertes médicales, l'être humain garde sa part de mystère quant à la complexité du rapport entre le corps et l'esprit, estime-t-il.
Le concept de médecine psychosomatique nous oblige à prendre en considération l'individualité de tout être humain, à comprendre la maladie dans sa globalité et les adaptations possibles de l'homme menacé dans sa survie. Pour cela, il faut circonscrire les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et culturels qui peuvent influer sur le processus de la maladie.
Mathieu-Robert Sauvé
Toutes les conférences se dérouleront au 3200, rue Jean-Brillant. Prix d'entrée: 20 $ (grand public), 15 $ (ainés) ou 10 $ (étudiants). Prix pour la série: 95 $, 75 $ ou 60 $. Tarif de groupe aussi en vigueur.
Sur le Web
- Médecine pour tous : démystifier les maladies mentales
Série de conférences aux Belles Soirées et Matinées
