13 000 ans d'histoire au lac des Castors

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Le lac des Castors a été colonisé par... les castors.Il y a cinq ans maintenant, Les amis de la montagne ont fait du mois de mai le Mois du Mont-Royal et ils organisent à cette occasion diverses activités de découverte consacrées à la conservation du milieu naturel et à l'exploration de cette montagne emblématique.

En collaboration avec cet organisme, Les Belles Soirées et Matinées de l'Université de Montréal proposent deux conférences thématiques complétées par des randonnées éducatives à travers les sentiers du parc du Mont-Royal.

Sur la trace des castors

Avec le belvédère, qui offre une vue imprenable sur le centre-ville de Montréal et sur toute la Montérégie, le lac des Castors est l'un des principaux sites d'intérêt de la montagne. Son histoire est toutefois méconnue. Si l'on peut à présent faire du pédalo sur cet étang artificiel, il n'en a pas toujours été ainsi.

En 1937, au moment où l'on a creusé le bassin, l'endroit était plutôt un pré marécageux sur fond de tourbe. Auparavant, la zone avait été colonisée par des castors, d'où le nom donné au plan d'eau. Il y a 13 000 ans, alors que le mont Royal était une ile, l'eau de la mer de Champlain s'engouffrait dans cette petite dépression et y a laissé des plages dont on peut encore voir la trace.

Ce sont quelques-unes des étapes qui ont marqué l'histoire de ce lieu et que relatera Pierre Richard, professeur au Département de géographie, dans sa conférence sur les secrets du lac des Castors. Le professeur vient de prendre la relève de son collègue de l'Université McGill John Elson, qui, dans les années 70, a étudié les sédiments recueillis en 1937 là où se trouve actuellement l'étang.

Dans son rapport d'analyse, le chercheur cite des articles de journaux de cette année-là témoignant de restes de barrages de castors s'étendant sur 180 mètres de longueur. «Il y a donc déjà eu un lac avec écoulement d'eau et ce lac s'est comblé, affirme Pierre Richard. La stratigraphie montre d'ailleurs que le niveau d'eau sur ce site a varié à de nombreuses reprises depuis la déglaciation.»

La carotte de sédiments permet de remonter à près de 13 000 ans; la strate la plus profonde est constituée de dépôts de sable mêlé à de l'argile, un signe que l'eau de la mer qui emplissait alors la dépression était agitée puisque l'argile ne s'est pas déposée au fond. Avec le retrait de la mer de Champlain, la fosse est devenue un étang d'eau douce qui s'est progressivement comblé et qui a été inondé de nouveau il y a environ 10 000 ans. D'autres fluctuations ont marqué l'époque plus récente, jusqu'à ce que l'endroit devienne le pré marécageux connu au début du 20e siècle.

La présence de castors est une cause possible des variations du niveau de l'eau, mais le professeur Richard est plutôt porté à penser qu'elles résultent de fluctuations de précipitations liées à des changements climatiques. Son hypothèse, qu'il cherchera à vérifier dans ses prochains travaux, est fondée sur le fait que les écarts s'étendent sur des millénaires. «Si elle était confirmée, ce serait très utile pour nos modèles prédictifs de changements climatiques puisqu'on pourrait ainsi déterminer l'ampleur de la diminution des précipitations ayant entrainé la baisse du niveau de l'eau en fonction des températures», indique le chercheur.

Ces sédiments ont été recueillis en 1937, là où se trouve le lac des Castors. Certains remontent à 13 000 ans. Deux kilomètres d'érosion

La conférence de Pierre Richard, qui aura lieu le 13 mai, sera suivie d'une randonnée guidée le 20 mai. Les participants pourront se familiariser avec l'histoire géologique du mont Royal qui, contrairement à la légende populaire, n'est pas un ancien volcan. Il s'agit plutôt d'une formation engendrée par une montée de magma dans la croute terrestre il y a 125 millions d'années.

À cette époque, la croute avait à cet endroit deux kilomètres de plus d'épaisseur que ce qu'elle présente aujourd'hui. L'érosion a abaissé la surface au niveau actuel, ce qui a fait apparaitre le mont Royal et les autres collines Montérégiennes formés de roches beaucoup plus dures. Si une telle érosion a de quoi surprendre, soulignons que la perte de seulement un millimètre de sol par siècle totalise 1250 mètres au bout de 125 millions d'années. La randonnée passera par différents sites permettant d'observer le passage des glaciers, de déceler la présence de fossiles, d'interpréter les affleurements rocheux et de différencier les trois principales formations rocheuses qui composent le mont Royal, soit les roches cornéennes, ignées et sédimentaires.

Les petits chanteurs du Mont-Royal

Toujours à l'occasion du Mois du Mont-Royal, une seconde conférence, portant cette fois sur l'ornithologie, sera donnée aux Belles Soirées par Jean Léveillé, professeur au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de la Faculté de médecine. Ornithologue et photographe amateur, le professeur Léveillé a déjà publié trois ouvrages abondamment illustrés sur les oiseaux de diverses régions du monde.

Sa conférence, le 6 mai, fera découvrir les mœurs des oiseaux du mont Royal et sera elle aussi complétée par une randonnée d'observation le 22 mai.

On peut obtenir plus d'information sur ces activités à l'adresse .

Daniel Baril

 

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