Un chercheur crée une exposition virtuelle sur les Inuits

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Une tempête se lève à Tasiujaq. (Photos : Luc Bouvrette)L'hiver s'installe actuellement au Nunavik, terre de 500 000 km2 sur laquelle vivent 11 000 Inuits. «Pour eux, l'arrivée de la neige est une véritable bénédiction. Elle leur permet de retrouver la mobilité dans un réseau infini de routes glacées. La communauté peut se déplacer beaucoup plus facilement», explique Luc Bouvrette, chercheur au Laboratoire de recherche sur les musiques du monde de la Faculté de musique de l'Université de Montréal.

Au terme de trois années de travail, il a ramené de ses séjours dans le Grand Nord plus de 15 000 photos, des enregistrements et des histoires incroyables. Comme celle-ci: au cours d'une expédition de survie d'une durée de trois jours près de Puvirnituq, lui et son groupe ont affronté un climat très hostile. «En quelques heures à peine, on a connu un blizzard à -43 °C suivi d'un épisode de pluie verglaçante pendant lequel il a fallu s'accrocher aux poteaux de la tente pour l'empêcher de s'envoler sous des bourrasques de 100 km/h.»

L’Inuk Jakusi Ittukallak prend une pause après avoir construit un iglou.La photo qu'il a tirée de cette expérience peu commune montre, au premier plan, le formateur inuit Jakusi Ittukallak tirant une bouffée de sa cigarette dans la nuit arctique, alors qu'un iglou, au second plan, est illuminé de l'intérieur. On peut voir cette photo et des dizaines d'autres, rassemblées sous le titre Nunavik: une terre, son peuple, sur le site du Musée virtuel du Canada. Luc Bouvrette signe une partie des textes qui accompagnent ses clichés ainsi que la conception Web. «Il s'agit d'une “exposition de vulgarisation scientifique” destinée aux jeunes et à tous ceux qui s'intéressent au Nunavik», dit le chercheur, qui a obtenu du financement du Musée virtuel du Canada.

Accueil chaleureux

Alectorie noirâtre et lichen des caribous. (Photos: Luc Bouvrette)Réputés difficiles d'accès, les Inuits ont réservé au Montréalais un accueil hospitalier. Il compte désormais plusieurs amis parmi eux. «Ce peuple a une tradition et une culture incroyables. Il a un sens profond de la communauté. Les chasseurs, par exemple, partagent le produit de leur chasse en déposant une partie du gibier dans un congélateur communautaire où tous les villageois ont la possibilité de s'approvisionner gratuitement.»

Dans cette exposition virtuelle, une large place est accordée aux arts, notamment aux sculptures inuites, qui ont acquis une réputation mondiale. Une série de photos présentent des œuvres de sculpteurs contemporains. «Aujourd'hui, peut-on lire, les artistes du Nunavik utilisent des minéraux comme la stéatite, l'albâtre, l'argilite et la serpentine et de la matière organique comme l'andouiller, l'ivoire, l'os, le cuir et le poil animal.»

Un aspect qui intéressait particulièrement ce diplômé au doctorat en composition était la place de la musique au sein de la communauté. Il a rencontré et photographié des musiciens comme Willie Berthe, dont on peut entendre la chanson Love Song, «un hommage à l'amour de sa vie et une réflexion sur le passé, le présent et l'avenir du jeune couple». On découvre aussi les pièces de Beatrice Deer et de Timothy Sangoya.

Au chapitre de la musique traditionnelle, le chercheur a pu enregistrer et photographier un groupe d'expertes du chant de gorge katajjaq. «Même s'il a été en grande partie interdit par les missionnaires au début du siècle dernier, le chant de gorge a survécu grâce à la tradition orale, indique-t-il. Il s'agit d'une activité pratiquée par deux ou trois femmes qui vocalisent en se tenant par les bras. Dans sa forme compétitive, la première qui éclate de rire est éliminée. Elle est aussi pratiquée dans sa forme artistique, évoquant l'activité humaine ou la vie animale.»

Sous l'œil du chercheur, le chant intitulé Petit chiot est interprété accompagné d'une animation qui permet de suivre les imbrications à deux voix. «Il s'agit de la description d'une nichée blottie auprès de la mère», résume le chercheur, qui a fait ici œuvre d'ethnomusicologue.

Luc BouvretteLes deux natures du Nunavik

Comme l'indique le titre de son exposition virtuelle, le travail de Luc Bouvrette présente les deux «natures» du Nunavik, soit les gens et le pays. Plusieurs photos illustrent la faune et la flore de la toundra dans toute sa splendeur. «C'est impressionnant de voir combien la nature s'est adaptée aux conditions contrastées de cette partie du globe», souligne-t-il. On trouve aussi des paysages magnifiques des quatre saisons.

Du côté des gens, il a juxtaposé à des portraits d'Inuits d'aujourd'hui des images tirées des travaux d'explorateurs des 19e et 20 e siècles. Entre la photo d'une femme assise dans une tente, à baie Wakeham en 1948, et celle de Lizzie Sivuaraapik et d'Elisapie Tukalak, prise par Luc Bouvrette à Puvirnituq, on voit que certains modes de vie ont été bien conservés d'une génération à l'autre.

Ce qui a mené le chercheur à s'intéresser aux peuples du nord? La distance culturelle et la richesse du peuple inuit. «Le Nunavik est occupé par vagues successives depuis 4000 ans. Les Inuits ont su s'acclimater à un pays aux conditions extrêmes et, encore de nos jours, culture et sens de la communauté reflètent les traditions ancestrales liées à la survie et à la connaissance du territoire.»

L'exposition est offerte en trois langues: français, anglais et inuktitut.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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