Imaginez que vous avaliez 15 canettes de Guru les unes après les autres! Eh bien voilà comment se sent une personne atteinte de maladie bipolaire dans sa phase d'excitation psychique.
C'est un des exemples dont on se sert auprès de jeunes de cinquième secondaire pour leur faire comprendre la maladie mentale. «Il faut parler un langage qu'ils connaissent», explique Anthony Gifuni, qui a coordonné les deux dernières campagnes du projet OSMOSE (l'acronyme d'Ouverture à la santé mentale au secondaire).
Depuis cinq ans, une trentaine d'étudiants en médecine de l'Université de Montréal effectuent une tournée des écoles secondaires montréalaises afin de démythifier les problèmes de santé mentale chez les jeunes. Grâce à eux, plus de 2000 élèves ont levé le voile sur la dépression, les troubles de l'humeur, les troubles anxieux, les troubles alimentaires et la schizophrénie. Jeux de rôle, devinettes, mises en scène, les apprentis médecins ne reculent devant rien pour faire passer leur matière...
«L'intérêt des jeunes pour ces phénomènes est très impressionnant. Chaque fois, nous sommes étonnés par les questions qu'ils posent, par leur ouverture d'esprit», dit Anthony Gifuni, inscrit à la maitrise au Département de psychiatrie.
D'une durée d'une heure, la présentation orale et la projection d'une série de diapositives sont assurées par trois étudiants bénévoles qui terminent la séance d'information par une période de questions. «Les problèmes de santé mentale touchent environ une personne sur cinq. Il y a donc, dans chaque groupe que nous rencontrons, des adolescents qui se sentent directement concernés par le sujet», poursuit le futur médecin qui a représenté son équipe au gala Forces Avenir 2009. Le projet s'est rendu jusqu'à la finale nationale dans la catégorie de la santé.
Découverte et sensibilisation
Si les troubles alimentaires comme l'anorexie et la boulimie sont assez bien connus, certains jeunes entendent parler pour la première fois de maniacodépression ou de troubles anxieux. «On note chez eux beaucoup de fausses idées que nous contribuons à transformer grâce aux connaissances scientifiques que nous présentons. Nous les incitons en tout cas à consulter un spécialiste en cas de besoin. Il n'y a rien de mal à demander de l'aide.»
Si les rencontres ont permis d'éviter un seul suicide parmi les centaines d'élèves rencontrés, l'objectif aura été atteint, estime Anthony Gifuni. Mais il est très difficile de mesurer l'influence d'un tel projet. On sait, en tout cas, qu'un millier d'adolescents aura assisté aux présentations cette année. «Nous visitons autant des écoles publiques que des écoles privées, mentionne l'étudiant. C'est important pour nous de ne pas nous limiter à un seul milieu.»
L'effet de la diffusion de l'information peut être indirect, souligne-t-il. Certains jeunes pourraient parvenir à mieux interpréter les comportements d'un proche qui traverse «une mauvaise passe» et l'amener à aller frapper à la porte d'une clinique de psychologie. «Ces adolescents deviennent à leur tour des ambassadeurs dans la communauté.»
Quoi qu'il en soit, le projet OSMOSE est en train d'essaimer à l'extérieur de l'UdeM puisque des collègues étudiants des universités McGill, Laval et de Sherbrooke veulent emboiter le pas à l'équipe d'Anthony Gifuni. On a même donné au projet une dimension internationale au cours de présentations dans les congrès scientifiques de l'International Federation of Medical Students' Associations au Mexique, en Jamaïque et en Tunisie. Des groupes d'Europe, d'Amérique et d'Afrique veulent aussi s'en inspirer. Un volet communautaire est également en train de se constituer puisque des organismes sociaux ont invité les responsables du projet à le présenter à des intervenants.
Le projet OSMOSE est financé par la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal et l'Association des étudiants et étudiantes en médecine de l'UdeM.
Mathieu-Robert Sauvé
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