En plus de donner parfois trois spectacles par semaine, Jérôme Dupras, le bassiste des Cowboys fringants, trouve le temps de poursuivre des études de doctorat au Département de géographie de l'Université de Montréal.
Avec leur musique festive et leurs textes engagés, Les cowboys fringants ont lentement mais surement conquis le cœur des Québécois et plus récemment celui des Français. Après avoir fait leurs premiers pas dans les brasseries de Repentigny et de Granby, ils jouent maintenant au Centre Bell et à l'Olympia de Paris. Entre les deux, 12 albums, 7 Félix et 35 000 arbres à planter.
Car Les cowboys fringants ne sont pas que musiciens; ce sont aussi des écologistes dans l'âme. Non seulement ils ont adopté le concept carboneutre pour leurs tournées, mais ils ont aussi créé une fondation dont l'objectif est de protéger des écosystèmes menacés au Québec. Conséquent avec ces principes, Jérôme Dupras a choisi comme sujet de doctorat l'évaluation économique de la protection environnementale. Cette approche, apparue dans les années 90, consiste à élaborer des marqueurs économiques afin d'attribuer une valeur à l'environnement naturel.
«Une nature saine est plus productive qu'un milieu dégradé, fait valoir le bassiste. Ma recherche vise à donner une valeur aux améliorations environnementales apportées en milieu agricole, ce qui pourra servir à soutenir des politiques de subvention pour l'investissement écologique.» Une approche à favoriser si l'on ne veut pas être, comme dans une des chansons du groupe, les derniers humains de la terre.
Fringant et discret
Jérôme Dupras se dit lui-même «plutôt anonyme à l'Université», un côté réservé qui semble à l'opposé du fringant musicien qu'il est sur scène. En fait, même si les Cowboys sont vifs et endiablés, ils ne se sont pas pour autant jetés tête baissée dans le show-business; ils ont plutôt choisi un parcours en marge des feux de la rampe. Même si la France pourrait représenter un marché beaucoup plus important que celui du Québec, pas question pour eux de s'établir outre-Atlantique pour pousser les ventes de disques. «Nous préférons y faire de petits séjours de deux semaines pour nous garder du temps libre et éviter de nous bruler ou d'être pris à la gorge», affirme Jérôme Dupras. Même pendant les tournées, le bassiste ne délaisse pas ses études. «Je fais mes lectures et j'envoie mes textes», dit-il. Cette façon de vivre est le résultat du dialogue et du compromis qui permettent à chaque Cowboy d'évoluer à son rythme.
«Notre groupe est sans leader et les quatre membres peuvent prendre la parole, signale-t-il. Après 13 ans de vie commune, nous avons un grand respect pour les compétences de chacun et il règne entre nous une belle harmonie. Nous avons ainsi réussi à conserver l'esprit collégial; le public sent que nous demeurons spontanés et qu'il n'y a pas de routine dans nos spectacles.»
«Rouler au neutre»
Le public des Cowboys est de toute évidence gagné à leur combat environnemental. Au cours d'un spectacle donné en octobre dernier au National, rue Sainte-Catherine, à Montréal, le groupe a amassé pas moins de 10 000 $ en laissant aux spectateurs le soin de déterminer le prix de leurs billets! Toutes les recettes ont été versées à la Fondation Cowboys fringants, qui vise à neutraliser les émissions de carbone occasionnées par les concerts.
La création de cette fondation en 2006 est l'aboutissement d'une démarche amorcée avec les premières chansons engagées du groupe. «Nous voulions faire plus que des chansons; nous avons par exemple soutenu la campagne contre le Suroît, nous avons été les porte-paroles de la Semaine de prévention du suicide, puis, avec nos spectacles, nous avons ramassé des fonds pour les groupes Action boréale, Eau Secours!, QuébecKyoto et Nature Québec. La Fondation est une autre étape de ce cheminement.»
De là est venu le slogan «Rouler au neutre», adopté pour leurs tournées. «Durant notre tournée “La grand-messe”, nous avons donné 227 spectacles, souligne l'étudiant. Si nous additionnons notre kilométrage ainsi que celui du public venu assister à nos concerts, cela donne 27 millions de kilomètres et 8000 tonnes de co2. Pour neutraliser ces gaz à effet de serre, il faut planter 35 000 arbres. C'est notamment ce à quoi servira l'argent de la Fondation.» L'opération a débuté avec la plantation, l'automne dernier, de 490 arbres sur les berges de la rivière Etchemin.Cet objectif environnemental est maintenant intégré à toutes les actions du groupe; pour chaque billet ou disque vendus, un dollar est versé à la Fondation. À l'occasion de leurs spectacles en France, les Cowboys ont consacré un euro par billet à la plantation d'arbres en Indonésie. Même la maison de disques La Tribu et le distributeur DEP participent à cet effort collectif. En décembre, près de 60 000 $ avaient été recueillis.
L'entreprise poursuit deux autres buts, soit l'achat de territoires à valeur écologique et le soutien à la recherche. En partenariat avec l'organisme Conservation de la nature Canada, la Fondation a contribué à l'achat d'une tourbière au lac à la Tortue, près de Shawinigan, à celui de forêts non fragmentées dans le Corridor appalachien des monts Sutton et à l'établissement d'une frayère sur la rivière des Outaouais. Un projet en cours vise la protection du chevalier cuivré dans la rivière Richelieu.
Finalement, avec l'Université du Québec à Chicoutimi, la Fondation Cowboys fringants a créé une bourse d'études en environnement pour les cycles supérieurs d'une valeur de 35 000 $.
Tout ce travail constitue un véritable laboratoire pour une recherche sur la valeur économique de la protection environnementale. Les travaux de Jérôme Dupras sur ce thème sont codirigés par Pierre André, professeur au Département de géographie de l'UdeM, et Jean-Pierre Revéret, professeur à l'UQAM.
Daniel Baril
