Sept étudiants de l'Université de Montréal viennent de réinventer la télévision en créant UniversiTV, l'une des premières chaines de télévision étudiantes autonomes et indépendantes du Québec sur le Web. Depuis le 11 mars, trois émissions sont accessibles à partir de la page d'accueil de son site Internet.
Oubliez tout ce que vous savez est l'une d'elles. Il s'agit d'une émission d'affaires publiques où l'on traite l'information différemment. Il y a deux semaines par exemple, le député d'Outremont du NPD, Thomas Mulcair, croisait le fer avec le professeur Jean-Guy Vaillancourt et une étudiante sur les retombées du sommet de Copenhague. L'animateur? Sean Mc Coy. Étudiant au baccalauréat en science politique, il est l'un des initiateurs d'UniversiTV.
«Créée par et pour les étudiants, cette plateforme audiovisuelle a pour but de favoriser les échanges entre tous les étudiants de l'Université et de ses écoles affiliées, de permettre à chacun de s'exprimer et de participer à la vie étudiante en constituant une véritable communauté où sont réunies toutes les formations», explique le jeune homme de 20 ans, qui agit à titre de directeur de la programmation.
Celle-ci se veut diversifiée, ouverte d'esprit et rafraichissante, peut-on lire sur le site d'UniversiTV. «La particularité de certaines émissions réside à la fois dans le traitement convivial et humoristique de sujets importants et un souci de sensibilisation.» UniversiTV espère par ailleurs devenir une vitrine pour la culture montréalaise émergente. «Les émissions abordent divers aspects de la culture tels que les concerts, les lieux branchés et insolites de Montréal, le cinéma, la cuisine, la vie étudiante et bien d'autres thèmes touchant les jeunes âgés de 18 à 35 ans», souligne Elie Abouwaked, bachelier en science politique et directeur général d'UniversiTV.
Outre Sean Mc Coy et Elie Abouwaked, Mael Demarcy-Arnaud (directeur de la production technique), Mathew Joycey (adjoint à la production technique), Hocine Hamdi (webmestre), Cynthia Noury (consultante en communication) et Pierre-François Bigras (directeur de la postproduction) ont collaboré activement à ce projet inédit. «La FAECUM nous a aidés financièrement pour réaliser et mettre en ligne les premières émissions. Il nous a fallu démontrer beaucoup de créativité et de détermination pour y parvenir, car nous avions un très petit budget. Mais tout a été bouclé en deux mois de tournage et de montage grâce à des caméras et à des équipements prêtés par la DGTIC et le Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques», indique Mael Demarcy-Arnaud, qui tient aussi à remercier la firme Cinépool pour sa commandite en matériel d'éclairage. Système D, vous dites?
S'enrichir de pratiques nouvelles
L'aventure d'UniversiTV a commencé à l'automne 2009, lorsque Sean Mc Coy et Elie Abouwaked ont eu envie de produire une émission d'information sur l'actualité politique, sociale et culturelle. Devant l'intérêt et le désir d'autres membres de la communauté universitaire d'y prendre part, le projet s'est élargi pour devenir l'interface d'une webtélé étudiante destinée à présenter des émissions et des reportages réalisés entièrement par les étudiants.
Mael Demarcy-Arnaud fait partie de ces jeunes qui se sont immédiatement intéressés au projet. L'étudiant à la maitrise au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques possédait une bonne expérience des plateaux de tournage en France pour avoir travaillé sur diverses productions. «Je suis venu à l'UdeM faire des études supérieures afin d'acquérir davantage de connaissances théoriques, mais le travail sur le terrain me manquait, raconte-t-il. Voilà ce qui au départ m'a motivé à m'investir.»
Réalisateur de 438 AM, une série documentaire bimensuelle mettant en lumière la culture alternative montréalaise, il ne regrette rien. Même s'il a dû rogner sur ses heures de sommeil afin de produire des émissions de qualité. «On en sort un peu fatigué mais satisfait», dit-il.
Même son de cloche du côté de Mathew Joycey et Cynthia Noury, qui apprécient particulièrement cet environnement de rencontres et d'échanges permettant de s'enrichir de pratiques nouvelles. «Basé sur la collaboration, le travail s'effectue dans le plaisir et favorise les amitiés durables», estime le jeune homme inscrit au programme bidisciplinaire en communication et science politique. «C'est l'occasion de mettre en pratique les connaissances acquises dans les cours et d'établir un réseau de relations», renchérit l'étudiante du Département de communication.
Cette dernière a animé et produit ABCdaire, une émission humoristique et d'information dont le thème principal est la vie étudiante au quotidien. D'ici septembre, la webémission comprendra une douzaine de reportages, dont la durée oscille entre sept et huit minutes.
Pour son premier reportage, la jeune femme de 21 ans a interviewé, sur le tapis roulant menant au pavillon Roger-Gaudry, les membres du groupe JMC Project, qui ont joué en direct une de leurs compositions. Dès la semaine prochaine, on pourra visionner une autre capsule vidéo mettant en vedette trois jeunes hommes de l'UdeM. «Les personnes rencontrées seront parfois des étudiants de l'Université, de HEC Montréal ou de Polytechnique, mais pas nécessairement», dit Cynthia Noury.
Projets demandés
Outre 438 AM, ABCdaire et Oubliez tout ce que vous savez, plusieurs autres émissions sont en préparation. L'équipe d'UniversiTV travaille présentement sur un journal télévisé axé sur les actualités du campus. On y présentera aussi des nouvelles qui ont fait l'objet de manchettes dans les médias. Les chroniques paraitront dès la semaine prochaine sur universitv.tv au rythme de quatre par mois, soit une par semaine. Une émission de téléréalité avec les équipes des Carabins figure également parmi les projets en tête pour l'automne.
«Les émissions permettent de donner la parole aux jeunes dans un contexte inédit. C'est très emballant», soutient Elie Abouwaked, qui profite de l'occasion pour inviter la communauté universitaire à soumettre des projets d'émissions. «L'objectif est de rassembler le plus de monde possible, ajoute Cynthia Noury. On ne veut pas qu'UniversiTV demeure l'initiative de seulement une dizaine d'étudiants.»
Dominique Nancy
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