Un professeur de l'UdeM sur cinq est «toujours à l'affut des nouveautés» en matière de soutien technologique à l'apprentissage et les deux tiers des professeurs sont «à l'aise» avec les moyens mis à leur disposition. Même si les professeurs de sciences pures se disent plus souvent «très doués en informatique» (33 %) que ceux des autres secteurs ou facultés, 6 enseignants sur 10 utilisent Internet «à l'occasion» durant un cours. Un sur 10 s'en sert à chaque cours.
C'est ce qui ressort d'une enquête menée à l'hiver 2010 par Claire Durand, professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal, avec la collaboration de Marianne Rheault, étudiante à la maitrise. «La bonne nouvelle, c'est que les professeurs manifestent peu de résistance vis-à-vis des changements technologiques, commente la spécialiste de la méthodologie et des techniques de sondage. Leur évaluation des équipements disponibles dans les salles de cours et des services offerts à l'interne est plutôt positive. Mais ils manquent de temps pour intégrer les nouvelles technologies et souhaitent avoir plus de formation.»
Dans cette recherche sans précédent, plusieurs centaines de professeurs de tous les coins du campus – à l'exception de la Faculté de médecine vétérinaire – ont été invités à répondre au sondage mis en ligne par la professeure Durand, elle-même adepte des technologies de l'information et de la communication (TIC). On voulait brosser un tableau complet de l'utilisation des équipements dans les salles de cours; l'échantillonnage s'est donc fait selon les utilisateurs de locaux.
Trois-cent-quatre-vingt-quatre répondants, soit 63 % des professeurs sollicités, ont participé au sondage, un taux très élevé dans les circonstances. Leur moyenne d'âge était de 50 ans et 40 % étaient des femmes. Ils possédaient en moyenne 15 ans d'expérience. Les données concernent 179 salles de classe dans 18 pavillons.
Rénovations appréciées
Le matériel le plus employé en classe est le projecteur: 83 % des répondants s'en servent occasionnellement et 69 % toujours. Un sur cinq recourt au magnétoscope ou au lecteur de DVD à l'occasion et 16 % au rétroprojecteur ou à la caméra de documents. Au chapitre des accessoires, le pointeur laser a la faveur des professeurs: le tiers (33 %) d'entre eux l'a utilisé au moins pendant un cours du trimestre. Le microphone est apprécié par 19 % des professeurs.
«Il y a eu des rénovations majeures dans le pavillon du 3200–Jean-Brillant. Sur les plans de l'ergonomie et de la facilité de manipulation de l'équipement, les professeurs sondés se disent très heureux des nouveaux aménagements», mentionne la spécialiste.
Il faut dire que les anciens locaux n'avaient pas été dessinés en fonction des besoins du 21e siècle. «Il y a des profs qui devaient donner une partie de leur cours à genoux de façon à ne pas nuire aux projections. D'autres avaient le faisceau dans les yeux... On ne voit pas ce genre de situation dans les locaux fraichement rénovés», souligne-t-elle.
Cela dit, des problèmes d'accès au réseau surviennent encore trop souvent. «Environ le quart des professeurs ont subi au moins un pépin pendant un cours. Les interruptions d'accès au réseau constituent un problème plus souvent évoqué.»
Les technologies pédagogiques regroupées sous le vocable d'environnement numérique d'apprentissage, telles que WebCT, Moodle ou une page Web personnelle, sont utilisées par près des deux tiers des professeurs. Les technologies plus avancées s'enracinent peu à peu, surtout parmi la relève. Moins de 8 % des professeurs ont déjà enregistré leur cours (audio seulement) et à peine 2,6 % l'ont filmé. Moins de 2,4 % le font régulièrement. La faible popularité de cette forme d'enseignement est due au manque de temps et de ressources, ou encore à l'intérêt décroissant des étudiants ou du professeur, d'après les répondants.
Pour Claire Durand, le personnel enseignant sous-utilise nettement les outils technologiques mis à sa disposition. «On peut faire des jeux de questions-réponses, des forums, des rencontres virtuelles. Les collègues du Département de science politique expérimentent le télévoteur, qui permet de consulter la salle de cours en temps réel. Un succès.»
Tempus fugit
«Le manque de temps est l'obstacle le plus souvent invoqué par les professeurs lorsqu'on leur demande ce qui constitue pour eux personnellement le plus important obstacle à l'intégration des TIC dans l'enseignement», peut-on lire dans le rapport présenté en novembre dernier à l'administration universitaire et qui sera sous peu rendu public. En effet, 64 % des professeurs y font référence. La moitié des commentaires formulés dans les questions ouvertes s'y rapportent.
Les répondants ont exprimé des besoins très clairs du côté de la formation. «La satisfaction est faible quant à l'offre de formation, quant à l'information sur les diverses ressources et quant au soutien fourni par l'Université, conclut l'étude. Enfin, le sentiment généralisé d'un manque de ressources, et particulièrement de temps pour intégrer les technologies dans l'enseignement, est important.»
Mme Durand estime que le rapport aidera à comprendre l'état de la situation en matière technologique et servira de base à des comparaisons dans les années à venir. Elle affirme avoir bénéficié d'une écoute très attentive tout au long du processus, qui a débuté en 2009 avec Guy Breton, alors vice-recteur. «Nous étions à l'Assemblée universitaire en plein débat sur les avantages et les inconvénients du tableau blanc et du tableau noir. J'ai suggéré d'examiner aussi la solution du tableau électronique.»
M. Breton a voulu en savoir plus et a commandé à Mme Durand une étude qui ferait le point sur l'utilisation des équipements et des technologies d'apprentissage chez les professeurs.
Mathieu-Robert Sauvé
À lire aussi
- Claire Durand diffuse ses cours sur Internet (Forum, 4 octobre 2010)
Sur le Web
Une réaction positive du rectorat
Le vice-recteur adjoint aux études de premier cycle, Jean-Pierre Blondin, accueille favorablement le rapport des sociologues Claire Durand et Marianne Rheault sur l'utilisation des technologies numériques par le personnel enseignant. «Je me réjouis du haut taux de satisfaction quant aux rénovations des salles de cours du pavillon du 3200–Jean-Brillant, qui semblent bien répondre aux attentes des professeurs», dit cet administrateur qui enseigne au Département de psychologie depuis 1985.
Ce rapport confirme que les environnements numériques d'apprentissage sont de plus en plus employés par les professeurs. «Nous sommes sensibles à leurs besoins. C'est pourquoi nous nous apprêtons à leur offrir une toute nouvelle plateforme d'apprentissage et de collaboration: StudiUM. Conçue à partir du logiciel Moodle 2.0, cette technologie vient tout juste d'être renouvelée et est utilisée par la plupart des universités. Elle est à la fine pointe du progrès dans le domaine du soutien numérique à l'enseignement.»
Déployée au cours des prochains mois et appuyée par une campagne de promotion, cette plateforme permettra de donner et de suivre des cours en ligne et d'accéder à de multiples ressources documentaires. Les étudiants pourront obtenir les résultats de leurs examens et communiquer avec leurs enseignants et leurs pairs. «On l'a choisie en fonction de son efficacité, de sa convivialité et de sa sécurité», mentionne M. Blondin.
Appelée à remplacer la plateforme WebCT, elle offre plus de possibilités de développement. «Nous allons mettre en place des ateliers de formation parallèlement au déploiement de StudiUM», promet le vice-recteur adjoint, qui aurait aimé avoir accès à un tel soutien lorsqu'il enseignait à temps plein. «Je comprends la principale critique exprimée par les répondants au sondage: le manque de temps. C'est pourquoi nous offrirons différents modèles de formation, par exemple des ateliers en ligne.»
M.-R.S.
