Menace sur l'Observatoire du Mont-Mégantic

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Obsevatoire du Mont-MéganticLe Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) a annoncé, le 31 mars, que la subvention qu'il verse à l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM) sera amputée de 40 % et se terminera à la fin de la présente année. La nouvelle est tombée comme une météorite sur le Département de physique, qui figure parmi les acteurs québécois les plus actifs dans la célébration de l'Année mondiale de l'astronomie. «Cette nouvelle est catastrophique pour nous. Elle signifie ni plus ni moins la fermeture de l'Observatoire d'ici la fin de l'année 2009... à moins de trouver un financement complémentaire sous peu!» lance Robert Lamontagne, directeur exécutif de ce laboratoire unique au pays.

Fonctionnant grâce à un budget annuel de 600 000 $, l'OMM est géré conjointement par l'Université de Montréal et l'Université Laval, qui se partagent le temps d'observation depuis plus de 30 ans. Les deux établissements assument les couts d'entretien des bâtiments et des équipements, mais c'est le CRSNG qui couvre depuis plusieurs années les salaires et autres dépenses. Le gouvernement du Québec, par l'intermédiaire du Centre de recherche en astrophysique du Québec (CRAQ), participe également au financement de l'OMM. Jusqu'à cette année, l'organisme fédéral accordait un financement annuel de 325 000 $ tous les trois ans. La compression s'applique immédiatement.

Pour Gilles Joncas, professeur à l'Université Laval et directeur adjoint du CRAQ, l'onde de choc n'a pas épargné Québec. «Au début, on réagit avec incrédulité, puis, 24 heures plus tard, on a les jambes coupées. C'est la tristesse et la surprise ici.» Se disant optimiste pour récupérer le budget perdu, le chercheur rappelle que l'OMM a contribué à la formation de Pierre Martin, devenu directeur du télescope Winn, aux États-Unis. C'est à l'Observatoire, notamment, qu'il a fait tout son doctorat. Un autre ancien de l'Université Laval, Jean-René Roy, dirige le télescope Gemini, à Hawaii, un autre observatoire d'envergure internationale. Une douzaine d'étudiants des cycles supérieurs mènent actuellement des travaux au mont Mégantic.

Le programme d'activités pour l'an prochain est particulièrement chargé, compte tenu du fait que l'ASTROLab du Parc national du Mont-Mégantic, au pied de la montagne, attend un nombre record de visiteurs en 2009. Le centre de diffusion scientifique inaugurera sous peu sa nouvelle exposition permanente et des conférences grand public seront données à partir de juin et jusqu'à la fin de septembre, en collaboration avec l'OMM. «Les activités mises sur pied vont se dérouler comme prévu jusqu'à la fin de l'été, mais l'avenir n'est pas assuré à partir de cette date», déplore M. Lamontagne.

«Nous allons travailler avec l'OMM et les autres centres touchés par la réduction de leurs subventions d'infrastructure du CRSNG pour trouver des solutions de transition», promet le vice-recteur à la recherche de l'Université de Montréal, Joseph Hubert, qui souligne par ailleurs que l'OMM bénéficie toujours du programme de subvention du regroupement stratégique du Fonds de recherche sur la nature et les technologies du Québec par le truchement du CRAQ. Mais il est conscient des problèmes de financement de la recherche de source fédérale. Avec ses homologues des autres universités canadiennes de recherche, M. Hubert coopère avec les organismes subventionnaires pour faire en sorte que les paramètres des programmes soient moins restrictifs.

Des générations d'astronomes

Ouvert en 1978, l'OMM a à son actif la formation de quelque 300 étudiants aux cycles supérieurs et a servi de base à la publication d'un millier d'articles scientifiques. Il y a 10 ans, on y a investi 4,7 M$ pour mettre à niveau les infrastructures. Muni d'un miroir de 1,6 m, il est le plus important observatoire de l'est du continent et le seul de sa catégorie en milieu universitaire. Grâce à son statut de Réserve internationale de ciel étoilé, un titre attribué au territoire entourant l'OMM le 21 septembre 2007 par l'International Dark-Sky Association, l'Observatoire était appelé à prendre beaucoup de valeur.

Présent aux cérémonies soulignant son 30e anniversaire (voir «L'Observatoire du mont Mégantic a ses 30 ans», 18 juin 2008), le premier directeur de l'OMM, René Racine, professeur retraité du Département de physique, confiait à Forum que le site avait accueilli de nombreuses générations de physiciens et d'astronomes. «En 1978, le Québec ne comptait que 0,5 astronome professionnel par million d'habitants, une proportion comparable à celle de l'Albanie ou du Nigéria. Aujourd'hui, on en compte 3,5. Les équipements de l'OMM ont été utilisés par près de 300 diplômés de la maitrise et du doctorat. Des anciens ont obtenu des postes à la direction d'observatoires majeurs à l'étranger.»

Le directeur de l'Observatoire et l'un de ses chercheurs principaux, René Doyon, pourrait être touché directement par cette compression. Rappelons que M. Doyon a été élu scientifique de l'année 2008 avec ses ex-étudiants Christian Marois et David Lafrenière par l'équipe des Années lumière, l'émission scientifique de Radio-Canada. M. Marois affirmait alors que le fait d'avoir pu s'initier à l'instrumentation d'observation à l'OMM lui a permis d'être plus efficace quand il a eu accès aux grands télescopes d'Hawaii, où il a fait la première photo de planètes extrasolaires. Parue sur le site de la revue Science en novembre 2008, cette nouvelle a rapidement fait le tour du monde.

Au Département de physique, on encaisse difficilement le choc causé par la décision du CRSNG, sans appel. Mais on fera tout pour sauver l'Observatoire.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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