Interdisciplinarité, synergie, collaboration, partenariat... Ce sont les mots qui reviennent constamment dans le discours des chercheurs qui déménageront dans le pavillon des sciences d'Outremont. D'après le Plan directeur des espaces, la nouvelle construction regroupera sous un même toit biologistes, chimistes, géographes et physiciens, notamment. «Les chercheurs doivent profiter d'une plus grande proximité pour concrétiser leurs travaux d'équipe. C'est pourquoi nous accueillons favorablement ce pavillon des sciences», lance Roxane Maranger, professeure au Département de sciences biologiques.
Spécialisée dans l'étude du cycle de l'azote, elle mène des travaux qui font régulièrement appel à la chimie. Quand ses collègues se trouveront de l'autre côté du corridor (plutôt qu'à l'autre bout du campus, comme c'est le cas actuellement), l'échange fera en sorte que de nouveaux projets verront le jour. Elle a connu cette émulation au cours d'un stage d'études postdoctorales au Cary Institute of Ecosystem Studies, dans l'État de New York, où des chercheurs de diverses disciplines liées à l'écologie travaillent ensemble 12 mois par année. «Il y avait une atmosphère de travail excitante que j'espère trouver dans le nouveau pavillon», dit-elle. On pourra plus facilement envisager la mise en place de programmes d'études en développement durable, un projet qui est déjà sur la planche à dessin.
Il peut paraitre étonnant de vanter la proximité physique alors que les chercheurs peuvent avoir des relations virtuelles quotidiennes avec n'importe quel expert partout sur la planète, reconnait-elle. «C'est pourtant la réalité. Souvent, les meilleures idées viennent lorsqu'on prend un café avec un collègue. Pour faire de la bonne recherche, il faut multiplier les occasions d'échanges», indique la chercheuse, qui a passé un hiver complet dans l'Arctique, en 2008, sur le navire de recherche Amundsen.
Enfin une BMW!
«Pour nous, le déménagement est envisagé de façon très positive, mentionne Hélène Lebel, professeure au Département de chimie, dont les problèmes d'espace et d'équipement sont bien connus. Quand on sait qu'on sera tout près des collègues des autres disciplines, ça nous inspire encore plus.»
Dès son entrée à l'Université de Montréal, en 1999, on a évoqué la possibilité de déménager les locaux de recherche et d'enseignement du Département afin de regrouper le personnel.
En plus d'être désuètes, les aires occupées par les chercheurs en sciences sont peu propices à la convivialité, si nécessaire à la créativité. «Nous faisons de la bonne science, mais avec des moyens limités, signale-t-elle. Comme si l'on était au volant d'une Lada alors qu'on devrait rouler en BMW. C'est la meilleure analogie que je puisse faire.»
Le pavillon des sciences d'Outremont abritera aussi les chercheurs du Département de physique. «Les plans proposés favoriseront l'échange d'idées», dit Luc Stafford, jeune chercheur en nanotechnologie.
Depuis son arrivée sur le campus, en 2008, il a constaté que les projets de recherche sont limités par l'espace disponible et la désuétude des locaux. «On a vu les plans dans une assemblée départementale et je peux vous dire que tout le monde a hâte que ce projet se réalise. On y croit et on le souhaite.»
La géographie à l'étroit
«Il est plus que temps de passer à l'action», déclare André Roy, professeur au Département de géographie. Lorsqu'il était directeur du Département, en 1994 et 1995, on parlait déjà de déménagement. Qu'à cela ne tienne, les géographes sont restés confiants d'occuper des lieux à leur mesure. «La perspective de travailler dans le même environnement que des chercheurs en biologie et en chimie, entre autres, nous enchante», souligne le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en dynamique fluviale.
Le nombre d'étudiants en géographie, au premier cycle, a bondi depuis 2005, passant de 120 à plus de 200 en première année, un phénomène qu'on attribue à l'intérêt pour les questions associées à l'environnement. «Nous manquons d'espace de façon critique, poursuit André Roy. Nous devons même modifier notre enseignement.»
Géomatique, informatique, analyse d'échantillons provenant de sites disséminés dans tout le territoire, les travaux de laboratoire sont plus nombreux qu'on pense en géographie.
Les chercheurs en sciences ont bien hâte à leur «1er juillet».
Mathieu-Robert Sauvé
Dossier spécial
Site d'Outremont :
un projet phare pour Montréal
Lire les articles
- Place aux sciences!
- Un secteur vert et bien intégré aux quartiers environnants
- Un déménagement très attendu
- La SODIUM verra au développement du site d'Outremont
Sur le Web

