L'Université compte enfin une association pour représenter ses postdoctorants

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Arnaud Decroix et Stéphane BarakatLes quelque 500 postdoctorants de l'Université sont désormais regroupés au sein de l'Association des stagiaires postdoctoraux de l'Université de Montréal (ASPUM). L'Association vise en priorité à donner à ses membres une voix pour améliorer leurs conditions de vie et de travail.

«Notre objectif est double. En réunissant les stagiaires postdoctoraux autour d'activités sociales et culturelles, on veut accroitre leur sentiment d'appartenance à l'Université et clarifier leur statut. L'Association a aussi pour mandat d'établir des contacts avec d'autres regroupements au Canada afin de partager les résultats de recherche et les expériences des uns et des autres», explique le président de l'ASPUM, Stéphane Barakat, lui-même stagiaire postdoctoral en biologie. Il peut compter pour ce faire sur Arnaud Decroix comme responsable des communications ainsi que sur six autres collègues de la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP): Pierre Zindy, Aurélie Baguet, Christophe Frémin, Léa Emonnot, Élias Said et Geneviève Despars.

Selon MM. Barakat et Decroix, tous deux représentants des stagiaires postdoctoraux, la grande majorité de ces étudiants sont isolés géographiquement puisqu'ils ne travaillent pas tous sur le campus. Plusieurs sont engagés par les différents centres de recherche des hôpitaux affiliés à l'Université, lesquels sont répartis un peu partout sur l'île de Montréal. Leur statut est par ailleurs très imprécis. Ce ne sont pas tout à fait des étudiants ni des employés... Ils n'ont donc pas d'assurance emploi et ne peuvent pas cotiser à un régime de retraite. «On ne sait pas qui ils sont vraiment. C'est un “peuple invisible” qu'on côtoie mais qu'on ne connait pas», affirme Arnaud Decroix, reprenant l'expression de l'auteur-compositeur-interprète Richard Desjardins à propos des autochtones de l'Abitibi.

«Tout ça est dû au fait que, pendant de très nombreuses années, le statut postdoctoral a été considéré comme temporaire et que, en général, il ne s'étendait pas au-delà de deux ans. On n'a donc jamais eu à le définir», ajoute Arnaud Decroix, postdoctorant depuis cinq ans à la Faculté de droit. Aujourd'hui, la réalité a changé vu la difficulté de recrutement au sein des universités. Les stagiaires postdoctoraux, généralement en quête d'un poste de professeur-chercheur, sont de plus en plus confinés dans un statut d'«éternel postdoctorant.»

Un pas en avant mais...

L'ambigüité de leur statut a longtemps fait en sorte qu'ils ne pouvaient pas bénéficier notamment d'une couverture médicale complète, comme les autres étudiants des cycles supérieurs. L'ASPUM, affiliée à la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal, a été créée en avril 2009 afin de remédier à cette situation.

C'est à la suite de la décision de l'Agence du revenu du Canada en 2008 d'imposer les bourses de recherches postdoctorales que des stagiaires postdoctoraux se sont exprimés en faveur de la création d'une association. «La doyenne de la FESP, Louise Béliveau, nous a beaucoup aidés dans cette démarche de même que pour régler un certain nombre de problèmes liés aux assurances médicales», indique Arnaud Decroix.

Son collègue Stéphane Barakat souligne pour sa part que les stagiaires postdoctoraux de l'UdeM peuvent désormais profiter d'avantages sociaux . Et, même si l'on n'a pas encore officiellement reconnu que leur fonction est liée directement à leur formation, ce que l'Université continue de défendre fermement, ceux-ci sont admissibles à une déduction fiscale. «C'est un pas en avant, mais il y a encore beaucoup de travail à faire», dit-il.

Des conditions difficiles

D'après une enquête pancanadienne sur les conditions socioéconomiques des stagiaires postdoctoraux, la plupart d'entre eux vivent une grande précarité financière. Les postdoctorants peuvent recevoir une bourse provenant soit d'un organisme non rattaché à l'Université, soit d'un fonds de recherche d'un professeur. Le montant de ces bourses varie considérablement en fonction des domaines de recherche. Il peut aller de moins de 25 000 $ à 40 000 $ par année.

Une étude similaire menée à l'UdeM auprès des stagiaires postdoctoraux et de leurs superviseurs révèle qu'un bon nombre de postdoctorants viennent des secteurs de la biologie et de la médecine. Il s'agit de secteurs mieux nantis où la formation postdoctorale est depuis presque toujours perçue comme nécessaire, signalent MM. Barakat et Decroix. Cela explique pourquoi la forte majorité des jeunes chercheurs est concentrée dans ces disciplines.

Ils précisent que le regroupement des stagiaires postdoctoraux n'est pas sans précédent dans les universités québécoises. Les universités Laval et McGill ont procédé à pareille affiliation au cours des dernières années. Au Canada et aux États-Unis, où les postdoctorants sont confrontés aux mêmes problèmes, plusieurs universités comptent une association semblable.

Actuellement, l'ASPUM s'active sur les dossiers du droit aux congés de maternité, les cours de français pour les étudiants étrangers et l'établissement d'un réseau de relations. L'organisation d'une journée carrière qui aura lieu au printemps prochain figure aussi parmi ses projets.

Dominique Nancy

 

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