Pour la première fois en 22 ans, depuis que l'équipe de journalistes des Années lumière, de Radio-Canada, choisit un «scientifique de l'année», l'honneur revient non pas à un individu mais à un trio de chercheurs, soit les astronomes qui ont photographié trois planètes extrasolaires orbitant autour de l'étoile HR8799, dans la constellation de Pégase: Christian Marois, David Lafrenière et René Doyon.
«C'est un grand honneur pour nous, car cette découverte couronne plus de 10 ans de travail dans un secteur très compétitif. Je crois qu'avec cette percée Montréal raffermit encore sa position dans le peloton de tête de la recherche mondiale en astrophysique», a déclaré M. Doyon à la maison de Radio-Canada le 21 janvier. Le professeur du Département de physique a dirigé les thèses des deux jeunes hommes qui travaillent aujourd'hui au Conseil national de recherches du Canada à Victoria et à l'Université de Toronto. Les planètes découvertes sont en orbite autour d'une étoile jeune et brillante, «tout comme mes collaborateurs», a ajouté M. Doyon.
C'est Christian Marois qui, le premier, en aout dernier, a réalisé qu'il avait devant les yeux les premières images de deux planètes situées à 130 années-lumière du Soleil (par la suite, les travaux de son collègue David Lafrenière allaient confirmer la présence d'une troisième planète), images qui allaient rapidement faire le tour du monde et la une de la revue Science en novembre 2008. Cela s'est passé sur l'écran de son ordinateur portable dans un avion au-dessus du Pacifique. «J'ai été émerveillé», a-t-il rappelé durant la cérémonie. Il a eu envie de crier de joie, mais il a attendu d'être arrivé à destination pour ne pas ameuter les services de sécurité. Puis il a informé son ancien professeur de la nouvelle. Celui-ci n'en a pas dormi de la nuit.
«Il s'agit vraiment d'un travail d'équipe», a confié à Forum Christian Marois, qui est conscient de voir sa découverte marquer d'une pierre blanche le monde de l'astrophysique. Le jeune chercheur, qui a fait ses études de baccalauréat, de maitrise et de doctorat à l'Université de Montréal, affirme qu'il doit beaucoup à son alma mater. S'il a tenu à partager la paternité de sa découverte avec son ancien professeur et avec David Lafrenière, qui font partie de ses proches collaborateurs, il a également tenu à rendre hommage à René Racine, qui a dirigé son mémoire. L'ancien directeur de l'Observatoire du Mont-Mégantic l'avait encouragé à élaborer de nouvelles méthodes d'imagerie qui l'ont conduit au résultat que l'on connait.
Idée géniale
L'«imagerie différentielle angulaire», mise au point par Christian Marois, permettra probablement aux chasseurs de planètes de multiplier les observations, et René Doyon ne serait pas surpris qu'on localise rapidement des dizaines de systèmes planétaires grâce à l'approche montréalaise. Parmi ces systèmes, on découvrira peut-être des planètes «terrestres», c'est-à-dire s'apparentant à notre sphère. Les planètes extrasolaires sont des géantes gazeuses, semblables à Jupiter.
C'est au cours de ses multiples séjours à l'Observatoire du Mont-Mégantic, durant ses études, que Christian Marois a pu se familiariser avec les techniques d'imagerie, mais c'est avec les télescopes Keck et Gemini Nord, à Hawaii, que les observations ont été réalisées. Pourtant, il aura fallu une «idée géniale» (selon les mots des journalistes Louise Beaudoin et Yanick Villedieu) pour que les images prennent forme. Christian Marois a décidé de désactiver le rotateur de l'observatoire hawaiien, qui permet les longues expositions photographiques. Or, cet appareil est utilisé systématiquement presque partout dans le monde. Pour interpréter les données obtenues, il a fallu reconfigurer les algorithmes, et c'est là que l'expertise de David Lafrenière est entrée en ligne de compte.
Devant les succès obtenus, ce dernier est retourné analyser les données recueillies autour de la même étoile par le télescope spatial Hubble en 1999. Encore une fois, il a trouvé des planètes. Avant même les spécialistes de la NASA. En exclusivité, rien de moins.
Au Département de physique, on ne se souvient pas d'une découverte qui a autant fait parler d'elle dans le monde. Le meilleur est peut-être à venir...
M.-R.S.
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