À 90 ans, Jacques St-Pierre tire sa révérence

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Père spirituel pour certains, mentor indispensable pour d’autres, le réputé statisticien n’a jamais ménagé ses conseils pour aider les plus jeunes.Jacques St-Pierre quittera la présidence de l'Association des professeurs retraités de l'Université de Montréal (APRUM) le 31 mai. Ce dernier mandat met un terme à plus de 60 ans de bons et loyaux services à l'UdeM. La direction de l'établissement soulignera cette contribution remarquable en nommant M. St-Pierre vice-recteur émérite.

Jacques St-Pierre fut en effet un véritable pionnier de l'Université. Après avoir enseigné au Département de mathématiques de 1947 à 1966, il fonde le Département d'informatique et de recherche opérationnelle. Il y restera jusqu'en 1983.

Entretemps, il amorce l'informatisation de l'UdeM avec la création, en 1964, du Centre de calcul même s'il ignore tout de la programmation! «J'avais le sentiment que c'était essentiel au développement de l'Université, mais je ne voulais pas l'apprendre. J'ai donc engagé des gens pour le faire», raconte M. St-Pierre en riant. Visionnaire, il avait fait l'acquisition du premier ordinateur de l'établissement... en 1958!

Jamais à court de projets, il consolide les premières activités du Centre de recherche mathématique, dont il est le directeur de 1969 à 1971. L'année suivante, il devient le premier vice-recteur à la planification et le demeurera jusqu'en 1982. Au cours de cette période, il monte le Bureau de recherche institutionnelle. En 1984, il crée la Direction de l'enseignement de service en informatique et en dirige les destinées durant près de 15 ans. Cette même année, il met sur pied l'APRUM et en devient le deuxième président en 1985.

Statisticien réputé, Jacques St-Pierre est le premier Québécois à obtenir, en 1954, un doctorat en statistiques mathématiques, qu'il a fait à l'Université de la Caroline du Nord. De retour au Québec, il se démarque auprès de ses étudiants qui apprécient grandement ses qualités de pédagogue. Cette période est fondamentale dans son parcours: «Je pense que le souvenir le plus impressionnant et le plus durable de ma carrière, c'est d'avoir enseigné pendant plus de 20 ans à des étudiants à qui je donnais le gout de faire des mathématiques.»

Jacques St-Pierre en 1964Ses diverses contributions à la recherche connaissent un grand retentissement, notamment ses travaux d'application des méthodes statistiques dans le domaine biomédical. Sa carrière scientifique est récompensée maintes fois. Il reçoit la médaille du Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec en 1945 et est fait officier de l'Ordre du Canada en 1991 et chevalier de l'Ordre national du Québec en 1999.

Malgré cette feuille de route exceptionnelle, M. St-Pierre demeure humble. «J'avais seulement des choses intéressantes à faire et l'on m'a invité à les faire», affirme-t-il.

Pourtant, les qualificatifs ne manquent pas lorsqu'on demande à ses collègues de le décrire: affable, efficace, énergique, déterminé, passionné, respectueux, fonceur, chaleureux, fidèle, sage, dévoué...«Je n'ai jamais entendu qui que ce soit dire du mal de Jacques», déclare Jacques Boucher, qui fut son adjoint au vice-rectorat à la planification et qui le remplacera à la tête de l'APRUM.

Robert Brunet estime que Jacques St-Pierre est un leader naturel. «Jamais Jacques n'a dit “Je veux”. C'est un homme qui écoute et respecte ses collaborateurs, ce qui suscite l'adhésion de tous», fait observer celui qui fut aussi son adjoint.

«Je considère Jacques comme mon père spirituel», poursuit-il. L'ancien recteur Robert Lacroix abonde dans ce sens: «Jacques a été pour moi un phare, un mentor et une inspiration et je suis convaincu qu'il en a été ainsi pour beaucoup d'autres.»

«Homme de passion et de réseau, véritable mémoire de notre établissement, son ouverture, sa sagesse et ses bons conseils ont grandement bénéficié à l'UdeM», remarque pour sa part le recteur, Guy Breton.

«À chaque tournant de ma carrière, à chaque distinction qui m'a été remise, à chaque nomination, Jacques n'était jamais bien loin», mentionne M. Boucher. «Il nous ouvrait des portes sans nous en parler», renchérit M. Brunet. Tous deux lui témoignent une vive reconnaissance. «Sans lui, ma vie n'aurait pas été la même», résume avec émotion Jacques Boucher.

Ceux qui souhaitent rendre hommage à Jacques St-Pierre sont invités, le 31 mai prochain, à une cérémonie qui aura lieu à 15 h 30 dans le Hall d'honneur du pavillon Roger-Gaudry.

Marie Lambert-Chan

 

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