Un professeur, une étudiante et un diplômé obtiennent un Prix du Québec

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Un professeur, une étudiante et un diplômé de l'Université de Montréal ont remporté un Prix du Québec, la plus haute distinction accordée par le gouvernement québécois pour des carrières scientifiques et culturelles exceptionnelles. Michael Florian, professeur au Département d'informatique et de recherche opérationnelle a obtenu le prix Lionel-Boulet, Lise Bissonnette, étudiante au Département des littératures de langue française et détentrice d'une licence en sciences de l'éducation de l'UdeM, a reçu le prix Georges-Émile-Lapalme et André D. Bandrauk, diplômé du Département de chimie, s'est vu décerner le prix Marie-Victorin.

Les lauréats, dont les noms ont été dévoilés le 1er novembre, recevront leur prix au cours d'une cérémonie à l'Assemblée nationale le 9 novembre.

 

Michael Florian

(Photo : Rémy Boily)Prix Lionel-Boulet

Au début des années 70, l'application des modèles mathématiques étudiés par le professeur Michael Florian aux problématiques de transport a permis de repenser les modèles de gestion du trafic routier. Ces modèles ont mené à la création de logiciels révolutionnaires qui permettent aujourd'hui de planifier les réseaux de transport de façon plus efficiente.

Michael Florian est né à Bucarest en 1939. Titulaire d'un doctorat en analyse de systèmes et recherche opérationnelle de l'Université Columbia à New York, il a enseigné au Département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal de 1969 à 2004. Durant ces années, il a travaillé à appliquer les modèles mathématiques aux problèmes de planification du transport des personnes et des marchandises. Le professeur Florian et son équipe ont démontré, au moyen de représentations du trafic par des modèles d'équilibre de réseau, qu'il est possible d'illustrer fidèlement le comportement des usagers. L'intégration des modèles mathématiques à la planification du transport permet de calculer à grande échelle le profil des déplacements de la population, et ce, dans divers contextes.

De 1973 à 1979, il a dirigé le Centre de recherche sur les transports de l'UdeM. Maintenant connu sous le nom de Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d'entreprises, la logistique et le transport, ce centre a acquis une notoriété internationale grâce aux efforts de coordination et de concertation du professeur. Parmi les réalisations qui ont fait la renommée de Michael Florian et du Centre, on trouve la conception des logiciels Emme et STAN. Le premier sert à planifier les transports urbains et régionaux et le second à planifier le transport des marchandises. Ces logiciels sont utilisés dans plus de 2500 villes réparties dans 84 pays. En fait, ils sont parmi les plus employés dans le monde pour la planification du transport.

Le professeur Florian s'est distingué tout au long de sa carrière par sa volonté de faire en sorte que les résultats de la recherche universitaire puissent être appliqués de façon pratique par les entreprises et les organisations. Cette volonté en fera un pionnier de la valorisation de la recherche universitaire et du transfert des connaissances technologiques au Québec.

En s'imposant comme un chef de file international du développement scientifique, Michael Florian a obtenu plusieurs mentions d'honneur, dont le prix Robert D. Herman Lifetime Achievement de la Société américaine de recherche opérationnelle, le prix Jacques-Rousseau de l'Association francophone pour le savoir-ACFAS et un doctorat honoris causa de l'Université de Linköping, en Suède. Il est membre émérite du Transportation Research Board de l'Académie nationale des sciences des États-Unis, ainsi que de la Société canadienne de recherche opérationnelle.

 

Lise Bissonnette

(Photo : Rémy Boily)Prix Georges-Émile-Lapalme

Née en Abitibi, Lise Bissonnette commence ses études secondaires à Rouyn-Noranda à la fin des années 50. Plus tard, alors qu'elle fait un baccalauréat en pédagogie à l'École normale de Hull, son engagement dans les mouvements étudiants intimide suffisamment les religieuses pour que la jeune fille doive terminer ses études... ailleurs. Installée dans la métropole, elle obtient une licence en sciences de l'éducation à l'Université de Montréal, où elle est aussi journaliste étudiante. Elle entreprend sa scolarité de doctorat à Strasbourg et la poursuit à l'École pratique des hautes études de Paris, où elle explore les systèmes d'enseignement supérieur. À son retour au Québec en 1970, elle est intégrée à l'équipe de recherche institutionnelle de la toute nouvelle Université du Québec à Montréal.

Lise Bissonnette fait ses débuts de journaliste au Devoir en 1974. Elle s'y révèle une analyste politique et culturelle redoutée, et sa voix publique devient incontournable. Sans relâche, elle fait usage d'une langue journalistique riche, littéraire à sa façon, qui respire le plaisir des mots. De 1990 à 1998, elle est directrice et éditrice de cet influent journal. Elle y met en chantier une réforme en profondeur: renouvèlement éditorial, redressement financier et design nouveau, souvent primé sur la scène internationale.

La journaliste s'exprime dans une langue libre et percutante, et tout empreinte d'élégance. Elle confie: «J'ai eu une approche oblique de la langue. Pour moi, une langue ne se défend pas seule. J'ai la conviction profonde que si tant de gens – de jeunes notamment – voient la défense du français au Québec comme un combat dépassé, c'est qu'on a proposé une conception trop étroite de la langue, réduite à sa fonction de communication.» Lise Bissonnette est l'auteure de trois essais, dont Des lettres et des saisons (2001), de quatre œuvres de fiction, parmi lesquelles Marie suivait l'été (1992) et La flouve (2006), et d'un livre alliant ces deux genres littéraires. À trois reprises, elle a été en nomination pour un Prix du Gouverneur général du Canada, notamment à la suite de la parution de Quittes et doubles: scènes de réciprocité (1997).

En juin 2009, Lise Bissonnette a quitté la présidence et la direction générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, au terme de trois mandats. Cette institution virtuelle hors les murs est devenue la plus importante institution culturelle du Québec tant par sa taille que par la diversité de ses missions. «J'ai voulu faire ma part pour offrir des clés qui élargissent les horizons, dit la lauréate. Dans ma vie de jeune femme, ces ouvertures me sont arrivées par accident. Je voulais que cet accès au vaste univers des idées, des connaissances soit plus systématique pour tout le monde.» Depuis 1998, Lise Bissonnette avait contribué à cet énorme succès en supervisant la construction de la Grande Bibliothèque à Montréal et veillant à la constitution des collections documentaires. C'est sous sa gouverne que la Grande Bibliothèque a été fusionnée à la Bibliothèque nationale du Québec puis aux Archives nationales.

La contribution de Lise Bissonnette au débat d'idées et son engagement public lui ont valu de nombreuses distinctions, dont huit doctorats honoris causa d'universités du Québec, du Canada et des États-Unis. Officière de l'Ordre national du Québec ainsi que de la Légion d'honneur (France), Lise Bissonnette a également été décorée de l'Ordre de la Pléiade (francophonie). Membre de l'Académie des lettres du Québec depuis 2004, elle a reçu le Prix de carrière de la Fondation pour le journalisme canadien et le prix Hommage de l'Institut d'administration publique de Québec pour l'ensemble de son parcours professionnel. Elle est aussi la lauréate du prix Fleury-Mesplet 2009.

Lise Bissonnette est aujourd'hui inscrite au doctorat en lettres à l'Université de Montréal. «Pour les étudiants, je suis plutôt une inconnue, ce qui m'arrange, s'amuse-t-elle. J'éprouve toujours une sorte de griserie à circuler dans un grand lieu de savoir. Chaque fois que je prononce des conférences dans des universités, ici et ailleurs, j'éprouve une joie palpable: m'approprier une institution qu'on atteignait chez nous, il y a 50 ans, après un véritable parcours du combattant.»

 

André D. Bandrauk

(Photo : Rémy Boily)Prix Marie-Victorin

Le professeur André D. Bandrauk est un pionnier et un leader mondial dans le contrôle et la transformation de la matière par la technologie du laser ultrarapide. Dans les années 90, il a prédit l'existence de l'attoseconde, qui représente un milliardième de milliardième de seconde.

Une décennie plus tard, cette prédiction s'est avérée, faisant de lui le père de la science attoseconde. Par cette science, le professeur Bandrauk aspire à produire et à utiliser de nouvelles impulsions attosecondes qui permettraient d'imager et de contrôler le mouvement des électrons à l'intérieur des molécules. En soumettant la molécule à un temps d'exposition infiniment court et à une charge de lumière tout aussi intense, il serait possible de photographier les électrons et de connaitre précisément leurs mouvements et leurs réactions lors d'expérimentations. Cette science pourrait servir à de nouvelles applications dans les technologies de l'information et en médecine.

Né à Berlin en 1941, André D. Bandrauk est une sommité dans son domaine. Il est titulaire d'un baccalauréat en chimie de l'Université de Montréal, d'une maitrise en chimie théorique du Massachusetts Institute of Technology, d'un doctorat en chimie physique de l'Université McMaster en Ontario et a reçu une bourse postdoctorale de l'OTAN à l'Université d'Oxford. Depuis 1971, il est professeur titulaire au Département de chimie de l'Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie computationnelle et photonique moléculaire. Il a également été le premier directeur du Centre d'application de calcul parallèle de l'Université de Sherbrooke, qui est maintenant un centre national de l'organisme Calcul Canada.

Le professeur Bandrauk, qui a mené sa carrière au Canada, aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne et au Japon, est reconnu à l'échelle internationale. Il est l'auteur de 380 articles, dont plusieurs ont été publiés dans des revues scientifiques de renom, telles Physical Review Letters et Nature. Par ailleurs, il a contribué à la formation de chercheurs en supervisant près de 90 jeunes scientifiques qui ont tous été inspirés par sa vision révolutionnaire de la science.

Les travaux du professeur Bandrauk sur le comportement des molécules en interaction avec les champs lasers ont eu une influence majeure, ici comme ailleurs, sur les avancées expérimentales et théoriques en chimie et en physique.

La qualité et l'envergure de ses travaux de recherche ont été largement saluées par la communauté scientifique. Il a, entre autres, reçu le prix John C. Polanyi du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le prix Herzberg de la Société canadienne de spectroscopie et un doctorat honoris causa de l'Université libre de Berlin. Il est aussi membre titulaire de la Société royale du Canada et membre de l'American Association for Advancement of Science.

(Photos : Rémy Boily)

 

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