Faire carrière à l'université relève du parcours du combattant. La rareté des postes de professeurs en décourage plus d'un. C'est pourquoi des doctorants et des stagiaires postdoctoraux se tournent vers le milieu professionnel.
Mais toutes ces années passées à faire de la recherche finissent parfois par les desservir quand ils se mettent à chercher un emploi. «Ils sont des experts dans leur domaine, mais le marché du travail est une jungle pour eux», estime Angélique Desgroseilliers, conseillère au secteur de l'emploi du Centre étudiant de soutien à la réussite (CESAR) de l'Université de Montréal.
Plusieurs enverront des curriculums vitæ typiquement universitaires où ils listent leurs diplômes, publications, expériences d'enseignement, conférences et bourses sur des pages et des pages. Un document trop long et trop technique pour un employeur qui consacre moins d'une minute à évaluer des centaines de CV.
«On vous percevra sans doute comme trop qualifié pour occuper l'emploi convoité, observe-t-elle. Après avoir lu un tel CV, les employeurs croient souvent que le postulant exigera un salaire plus élevé ou quittera la compagnie après quelques mois en quête de défis à sa mesure.»
D'où l'importance de savoir adapter votre candidature en fonction des besoins de ces employeurs. Cela commence dès vos premières années d'études.
«Un diplôme ne garantit pas un emploi, c'est pourquoi tous les étudiants devraient avoir un plan B, affirme Mme Desgroseilliers. N'attendez pas le dépôt de votre thèse pour explorer les offres d'emploi dans votre secteur. Questionnez-vous sur vos intentions professionnelles. Repérez des postes et des employeurs qui vous intéressent. Faites des stages dans ces entreprises même s'ils ne sont pas crédités. Vous y acquerrez d'autres compétences et profiterez de ces occasions pour élargir votre réseau de relations.» Le service Alerte-emploi du CESAR vous sera d'une grande utilité au cours de cette démarche.
Demandez des entrevues d'information auprès de personnes occupant les types d'emplois que vous convoitez. «Peut-être qu'elles pourront jeter un œil sur votre CV et vous indiquer par où commencer, qui appeler, quoi faire et quoi dire», mentionne-t-elle.
Tout cela vous amènera à produire un CV qui saura retenir l'attention. «C'est un outil de promotion qui doit donner envie de vous convoquer en entrevue», rappelle Angélique Desgroseilliers.
Personnalisez votre CV selon l'emploi visé. Dans ce cas, ne pas tout dire n'est pas mentir. Sélectionnez parmi vos réalisations et vos compétences celles qui font écho aux tâches et responsabilités décrites dans l'offre. «Laissez tomber le jargon propre à votre domaine de recherche et adoptez un langage accessible», précise la conseillère.
Cernez vos compétences transférables et décrivez-les de façon qu'elles soient comprises de n'importe qui. Utilisez par exemple les termes «coordination», «encadrement», «gestion de projet», «organisation» et «supervision».
N'hésitez pas à mentionner des emplois d'été, des passetemps ou des activités bénévoles liés à l'offre d'emploi. «Les CV les plus faciles à adapter sont ceux d'étudiants qui s'engagent socialement et qui consacrent du temps à d'autres passions que celle qu'ils vouent à la recherche», note-t-elle.
Parfois, il vaut mieux passer sous silence certains détails. «Je comprends que les étudiants soient fiers de pouvoir accoler le fameux “Ph. D.” à leur nom, mais il est préférable de l'omettre quand l'offre d'emploi exige seulement un diplôme universitaire de premier cycle», croit Angélique Desgroseilliers.
Elle poursuit: «Considérez-vous comme un professionnel qui a des compétences et des connaissances à offrir. Faites confiance à votre parcours et à votre personnalité, et pas seulement qu'à votre diplôme.»
Marie Lambert-Chan
Le CESAR offre un atelier intitulé «Adapter sa candidature pour faire carrière hors du milieu universitaire» les 7, 14, 21 et 28 octobre.
(Illustration : Benoît Gougeon)
Sur le Web
