Pascale Lefrançois aime le français

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Pascale LefrançoisVingt-et-un ans après sa victoire au Championnat du monde d'orthographe, à Paris, Pascale Lefrançois est encore associée à la dictée de l'homme de lettres Bernard Pivot, qui a valu à l'adolescente une notoriété immédiate. «Quand je suis revenue de France, on aurait dit que tout le monde avait suivi la compétition. On me saluait dans la rue, à l'épicerie. Je n'avais pourtant pas fait cette dictée pour devenir une vedette, loin de là!» dit cette experte de la langue française devenue vice-doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Elle n'était pas la première Québécoise mais la troisième à remporter ce concours, tient-elle à préciser. Et c'était sa troisième tentative. Pour atteindre les honneurs, elle a certes travaillé fort, mais elle a aussi été chanceuse. «Quand j'ai entendu le mot “potron-minet”, que j'avais étudié, je me suis dit que c'était mon jour de chance», relate-t-elle en souriant.

Son titre de championne mondiale lui vaudra le grade de chevalier de l'Ordre de la Pléiade en 1994 et une participation au jury de la Dictée des Amériques en 1996. Le fait d'être associée aux dictées, deux décennies après son championnat, ne l'embête pas. «Ce dont j'essaie de me détacher est le caractère élitiste de la dictée, admet-elle en entrevue. Les concours comme celui auquel j'ai pris part, il faut s'y préparer comme les athlètes s'entrainent en vue des Jeux olympiques. Tous n'ont pas à être à ce niveau, mais tous doivent faire un minimum d'exercice.»

Dès l'âge de quatre ans, Pascale Lefrançois aimait les mots au point de composer des «romans» que sa mère transcrivait. Quand elle s'est préparée pour le championnat, elle a mémorisé des listes de mots qu'elle regroupait par thèmes. «J'ai appris le nom de certains fromages, comme le coulommiers et le livarot, avant même d'y gouter. Quand je les voyais au marché, je les découvrais. Même chose pour les desserts, le pithiviers par exemple.»

Auteure d'un mémoire et d'une thèse en didactique, Mme Lefrançois n'a pas eu un parcours linéaire. À l'université, elle a d'abord étudié en économie et en sciences politiques. La raison? Elle voulait changer le monde! «Je me suis rendu compte que, pour y arriver, il valait mieux passer par l'éducation. J'ai le privilège d'enseigner aujourd'hui aux futurs enseignants. Bien modestement, je crois apporter une petite contribution aux changements que j'aimerais voir dans la société.»

Ce n'est pas le travail qui manque. La didactique du français souffre de sérieuses lacunes au Québec, comme en témoignent les étudiants qui se présentent à l'université sans savoir conjuguer convenablement des verbes. «Je m'étonne de constater que des jeunes qui ont passé 11 ans sur les bancs d'école ne maitrisent pas des notions qu'on devrait acquérir à la fin du primaire. Je crois qu'il faudrait réagir bien avant l'université. Pas en faisant échouer les écoliers mais en les encadrant mieux, dès la fin du primaire», mentionne-t-elle.

Selon elle, l'usage des logiciels de correction devrait être autorisé, même à l'école. Ils permettent de corriger des défaillances manuelles somme toute peu significatives afin que l'usager se concentre sur sa pensée et la structure de ses phrases.

L'ancienne championne d'orthographe n'a rien perdu de sa passion pour les mots. Elle a étudié d'autres langues comme l'allemand et l'espagnol pour comprendre leur structure et leur logique. Et elle a beaucoup de plaisir à observer son enfant apprendre le langage.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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