Monique Cormier veut sauver... les dictionnaires

Imprimer

Monique CormierDe nos jours, on vérifie l'orthographe d'un mot en le «googlant». Cela ne prend que quelques secondes. Mais en agissant ainsi, on n'a en général pas accès à l'article définissant le mot et précisant ses différentes graphies, sa phonétique, ses origines... Des choses que Monique Cormier aime plus que tout. «Chaque mot a son histoire et les dictionnaires la présentent. Ils sont les fidèles témoins de l'évolution des langues. Je crois que c'est important d'en être conscient», dit-elle.

Issue de la tradition classique – elle a été parmi les dernières cohortes du Collège de L'Assomption qui ont été initiées au grec et au latin –, la professeure du Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal a découvert très tôt l'atmosphère feutrée des bibliothèques. «Ma sœur disait de moi que j'étais une nerd; elle le pense encore, relate-t-elle en souriant. Je n'ai aucun mal à assumer ce trait de ma personnalité: j'aime les livres, les rayons sans fin des bibliothèques.»

De plus, ajoute-t-elle, ce n'est pas parce qu'on aime les livres qu'on n'aime pas l'action... L'universitaire préside le comité scientifique du 80e Congrès de l'Association francophone pour le savoir, ce qui l'amène à discuter régulièrement avec des scientifiques des quatre coins du Québec et de toutes les disciplines possibles (voir l'article de Forum du 10 octobre «Monique Cormier aime le savoir»). Elle anime tous les jeudis matin, à la Première Chaîne de Radio-Canada, une chronique linguistique intitulée «Les mots qui courent». La photo sur son site Web la montre à vélo, dictionnaire en main.

Si Mme Cormier a choisi la traduction et la terminologie comme orientation professionnelle, ce sont les dictionnaires qui caractérisent l'ensemble de sa carrière. Le mot «dictionnaire» lui-même a évolué, comme en témoigne son inscription avec un seul «n» dans le Dictionnaire universel (1694), d'Antoine Furetière. Mme Cormier le souligne en pointant le mot sur la page numérisée de sa collection personnelle. Celle-ci compte 200 ouvrages réunis pour leur rareté, dont le Barbarous French Dictionary, de Guy Miège, publié en 1679, et l'édition originale du Royal Dictionary, d'Abel Boyer, de 1699. Autre pièce majeure: l'exemplaire de travail de la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française, parue en 1884, qui a appartenu à l'académicien occupant alors le fauteuil no 40, et qui compte une page blanche sur deux, de façon à permettre les notes manuscrites de l'érudit...

Internet va-t-il tuer les dictionnaires? «Je crois que le modèle imprimé traditionnel est menacé, oui. D'où l'importance de conserver dans les bibliothèques cette partie importante du patrimoine culturel de l'humanité.»

Cette question n'est pas simple, mentionne la linguiste. Elle sera au cœur de la prochaine Journée des dictionnaires, qui aura lieu le 4 octobre 2012. En attendant, on peut suivre «Les mots qui courent» en direct ou en consultant les archives de Radio-Canada.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Voir le clip

Sur le Web

 

Dossiers

 

81e Congrès de l'Acfas

L’Université de Montréal est une fois de plus de la fête pour le 81e Congrès de l’...

 

Les communautés autochtones et inuites

Les liens entre la communauté universitaire et les Premières Nations ne sont pas très s...

 

L'emballante connexion de l'UdeM avec la Chine

Le 23 mars, le recteur, Guy Breton, a reçu un doctorat honorifique de l'Université Jiao ...

Le chiffre

733,4 M$

Le budget de fonctionnement 2013-2014 totalisera des dépenses de 733,4 M$, en hausse de 4,4 % sur l'année précédente.

Lire la suite...