On aurait pu croire qu'une telle chose était impossible: traverser l'Atlantique à la rame! Et pourtant, Mylène Paquette l'a fait avec cinq coéquipiers. L'exploit de cette étudiante du programme bidisciplinaire en communication et politique de l'Université de Montréal a été accompli en 58 jours, du 12 janvier au 10 mars derniers, et l'a menée du Maroc à la Barbade, un périple de 5000 km. Elle veut récidiver l'an prochain en traversant cette fois l'Atlantique Nord.
L'idée d'un tel défi lui a été inspirée par la navigatrice Maud Fontenoy, qui a été la première femme à traverser l'Atlantique et le Pacifique à la rame et à faire le tour du globe à la voile mais à contrecourant, le tout en solitaire. «J'étais à la recherche d'une carrière et, même si je n'avais jamais fait d'aviron ni de voile, j'ai su que c'était ce que je voulais faire lorsque j'ai entendu parler de Maud Fontenoy», mentionne l'étudiante.
La jeune femme avait même peur de l'eau! Qu'à cela ne tienne. Elle commence son entrainement au Club d'aviron de l'UdeM avec l'idée de faire la traversée de l'Atlantique en solo. Mais sa mère lui suggère sagement de se joindre à une équipe. C'est ainsi qu'elle se retrouve, en se tenant au courant de projets lancés par divers navigateurs, au sein d'une équipe formée de deux Britanniques, deux Irlandais et un Suédois.
Le courage des enfants malades
Les cinq rameurs n'ont eu aucune réserve à accepter une femme à bord. «Les femmes ont souvent plus d'endurance que les hommes», fait-elle remarquer. Et, puisqu'elle travaille à temps partiel comme préposée aux bénéficiaires au CHU Sainte-Justine, elle devient vite l'infirmière qui se préoccupe du bienêtre de l'équipe, soigne les petits bobos et apprête le poisson fraichement pêché.
Pour faire partie de l'équipage, il lui a fallu amasser 28 000 $ en commandites pour contribuer à l'acquisition du bateau et à l'achat des vivres. Mylène Paquette a également recueilli 10 000 $ pour la fondation de l'hôpital qui l'emploie.
«Une enfant que je voulais encourager dans sa lutte contre le cancer en lui disant que je comprenais son épreuve m'a dit que nous, les adultes, ne savions pas vraiment ce que c'est que de lutter sans relâche. C'est ce qui m'a donné l'idée d'ajouter la cause des enfants malades à ce défi», affirme-t-elle.
L'image de cette enfant qui se bat contre la maladie la motivera tout au long de l'épreuve, notamment dans ses moments de découragement.
Deux heures de rame, deux heures de repos
Le bateau sur lequel elle embarque mesure 11 m de long et moins de 2 m de large. Deux cabines aux extrémités, dotées de couchettes, permettent de se reposer, de se soigner et de s'alimenter.
Les rameurs doivent avoir une endurance d'acier puisqu'ils se relaient toutes les deux heures: une équipe de trois personnes rame pendant que les trois autres se reposent et tentent de dormir. Puis l'autre équipe prend la relève, cela nuit et jour. Les rameurs n'ont donc que le temps de s'endormir avant d'être réveillés pour reprendre le boulot.
Le seul répit aura été donné par le mauvais temps. «À cause d'une tempête causant des vagues de 10 m, nous avons passé 36 heures à quatre dans une cabine conçue pour deux personnes, relate l'étudiante. Et nous avons dû utiliser l'ancre flottante pendant six jours pour éviter de reculer.»
S'ajoute à la lassitude un menu très peu varié: des rations de soldats constituées d'aliments en poudre, de biscuits secs, de fruits déshydratés et de poisson le samedi si le temps se prête à la pêche. Sans parler des muscles endoloris, des plaies de pression aux fesses, des ampoules aux mains, des coups de rames aux côtes...
Après 42 jours en mer, les aventuriers rencontrent leurs premiers êtres humains qui naviguent sur un yacht. «We want the girl!» leur crient les hommes à bord. Ce n'est qu'une mauvaise blague, mais la jeune femme éprouve tout de même un instant de panique en réalisant qu'on peut croiser des pirates sur n'importe quelle mer.
Un coup de rame à la fois
Cette aventure n'a été que l'initiation qui conduira Mylène Paquette à relever un défi encore plus grand, la traversée de l'Atlantique Nord en solitaire et toujours à la rame. Au moment de son entrevue avec Forum, elle se préparait à partir pour Londres, où elle compte se procurer l'embarcation qui la conduira de Gaspé à Nantes.
Le départ est prévu pour juin 2011 et la traversée, de 4500 km, devrait prendre de 90 à 110 jours. L'étudiante ramera de nouveau pour une bonne cause, soit celle de la Fondation CHU Sainte-Justine ou de la recherche sur la maladie de Parkinson.
Entretemps, elle recueille des fonds en livrant des conférences pendant lesquelles elle raconte non seulement son périple mais aussi ce qu'elle en a retiré: motivation, persévérance, adaptation à la vie en groupe, dépassement de soi.
«Je veux inspirer les gens pour qu'ils aillent au bout de leur rêve, leur apporter un message d'espoir», dit-elle. Sa devise: «Tout est possible, un coup de rame à la fois.»
Daniel Baril
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