Monsieur Vinet,
Je tiens à vous remercier personnellement pour tout le soutien dont je suis l'objet dans des circonstances aussi dramatiques que celles-là. Cela dépasse l'imagination et l'entendement. Après avoir vécu des beaux moments de l'histoire lors de l'investiture du premier président noir des Amériques, M. Barack Obama, voilà que maintenant la terre entière goûte à l'absinthe d'une catastrophe majeure où encore mon pays d'origine doit mettre sa résilience à dure épreuve.
Je nous considère comme chanceuses, ma famille et moi, de faire partie d'une aussi grande famille que celle de la communauté de l'Université de Montréal. Je vous félicite pour toutes les initiatives prises pour nous encourager et nous réconforter. À mon tour, j'aimerais profiter de l'occasion pour vous remercier, vous et tous les autres membres de cette grande famille, et du même coup pour vous faire part des bonnes actions qui sont posées parmi les professeurs que je dessers au Département de littératures et de langues modernes de la FAS. Les professeurs de ce département sont plus qu'humains. Leur cœur leur dicte des gestes simples mais combien sincères et profonds à mon endroit. J'ai reçu des fleurs pour souligner une pensée d'espoir, un autre m'a fait du thé, plusieurs s'arrêtent au comptoir pour un petit mot d'encouragement... Cela me permet de tirer de grandes leçons à travers cette épreuve. Depuis 20 ans que je travaille à l'Université de Montréal, c'est vraiment aujourd'hui que je réalise la richesse et la beauté de cette grande place du savoir. J'ai été élevée depuis Haïti par des professeurs religieux (hommes et femmes) de Saint-François-d'Assise, de Canado-Haïtien et de l'école primaire de Carrefour Sœurs de la Charité de Saint-Louis, située au cœur même du séisme. Point n'est besoin de vous dire ma tristesse en apprenant la destruction de toutes ces congrégations et je dois en grande partie mon éducation à ces personnes-là qui ont pour la plupart péri.
Ce réconfort, monsieur le recteur, le peuple haïtien en a besoin. L'aide financière est bien, mais l'être humain est fait de pensées et de paroles. Quand vous prenez le soin de comprendre les autres, cela fait davantage du bien à l'esprit et ainsi le corps se renouvelle. Je vous suis donc reconnaissante pour tout. Ce ne sera jamais perdu. Car les fruits de cet emploi m'ont permis d'élever et d'éduquer quatre enfants qui sont déjà rendus à la fin de leurs études universitaires (ergothérapie) et autres. Mille mercis. J'espère qu'ils pourront à leur tour servir la communauté plus tard.
Ces quelques mots que j'ai tenu à vous adresser, monsieur le recteur, sachez qu'ils viennent du plus profond de mon être et j'aimerais les diffuser dans la communauté universitaire pour qu'on sache que les bonnes choses ou les bons gestes sont remarqués et appréciés, autant par moi que par tous les Haïtiens qui sont touchés de loin ou de près par ce désastre.
Tous ces disparus, américains, canadiens, français et j'en passe, qui se sont sacrifiés pour aider ce pays pauvre tant avant qu'après la catastrophe, nous les saluons tous et nous envoyons nos sympathies à leurs familles éplorées.
Marie-Bernadette Pickering
Agente de secrétariat
Département de littératures et de langues modernes
