On pourrait un jour faire 30 minutes de vélo stationnaire dans le hall de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines avant de monter prendre un verre de vin blanc dans un petit bistrot et passer sur la terrasse assister à une présentation sur la phénoménologie existentielle. La Bibliothèque, lieu de rencontre et de réflexion, serait d'ailleurs ouverte jour et nuit...
Rien n'est exclu quand on rêve. C'est ce à quoi la Direction des bibliothèques de l'Université de Montréal convie la communauté universitaire à l'occasion d'une vaste consultation qui s'étendra jusqu'en janvier 2011. «Quelle est votre bibliothèque idéale? C'est ce que nous voulons savoir», lance avec enthousiasme le directeur général, Richard Dumont.
En dévoilant en avant-première à Forum la nouvelle plateforme de consultation, un magnifique site Web regroupant tout, mais vraiment tout ce que vous voulez savoir sur la bibliothéconomie universitaire, il affirme que rien ne doit freiner les ardeurs des répondants. «Je sais que des gens vont nous dire qu'il ne faut pas rêver en couleurs, que les temps sont durs et que l'argent ne pousse pas dans les arbres. Mais, quand on veut faire de grandes choses, il faut voir grand!»
Utopique? Pas quand on connait la précédente réalisation de M. Dumont: la bibliothèque de l'École Polytechnique de Montréal, aux pavillons Lassonde. Avec son équipe, il n'a pas écouté les prophètes de malheur qui lui auraient coupé les ailes. Ateliers de formation, expositions, services virtuels, aire de détente, isoloirs ergonomiques... On vient de loin pour voir cette bibliothèque nouveau genre.
Sur son site, une mosaïque interactive signée Tommy Lavallée, bibliothécaire responsable des communications, et Christian Rémillard, webmestre, on navigue de manière instinctive pour découvrir les plus belles architectures (à Berlin ou à Seattle notamment) ou les clips les plus étonnants diffusés sur YouTube. On y voit ainsi Abbey, une native numérique de trois ans, expliquer pourquoi elle adore les bibliothèques. Manipulant les iPhone, iPad et autres gadgets électroniques avec aisance, elle n'a rien contre les bons vieux livres d'images. «Certains liens renvoient à des textes, d'autres à des vidéos, des photos ou des documents audio, signale M. Lavallée. Tous comportent une “boite à idées” où les gens peuvent nous faire part de leurs commentaires. Ceux-ci peuvent être très détaillés, d'autres succincts. Cette rétroaction est essentielle pour nous.»
Trouver... à 4 h du matin
Dans l'introduction du site de la bibliothèque idéale, on trouve un énoncé de mission qui commence ainsi: «Les étudiants d'aujourd'hui sont mobiles, branchés, participatifs... Ils apprennent, le plus souvent, avec un groupe d'amis, exploitent l'information et les technologies à leur disposition et peuvent même arriver à de fabuleux résultats à 4 heures du matin!»
L'image de la bibliothèque universitaire comme lieu ennuyeux où la poussière s'accumule sur les vieux livres est donc désuète. Et c'est une image qu'on veut corriger. «C'est vrai que les entrées diminuent d'une année à l'autre au profit de la consultation virtuelle, indique M. Dumont. Mais les étudiants aiment se rendre dans des lieux propices au travail intellectuel. Dans d'autres établissements, on a transformé les bibliothèques en centres d'activité intellectuelle. Aujourd'hui, la fréquentation connait des hausses importantes.»
Un exemple: la bibliothèque Thomson, de l'Université de l'Ohio. Depuis les derniers investissements, en 2009 (108 millions), la fréquentation a été multipliée par quatre. Le réseau de l'Université de Montréal, largement décentralisé, ne permettrait peut-être pas une telle augmentation. Mais la construction d'une nouvelle bibliothèque au campus d'Outremont pourrait permettre une nouvelle approche. Les gens de la Direction des bibliothèques ne laisseront pas passer cette chance.
Consultation préalable
La consultation lancée cette semaine a été précédée d'un vaste sondage auquel 7000 personnes ont répondu dans le cadre d'une enquête sur la qualité des services le printemps dernier. Puis, on a constitué une équipe d'une soixantaine d'employés pour mettre les idées en commun. «Grâce au sondage, nous savons maintenant ce que les gens apprécient de nos services. Le but de la nouvelle opération consiste à savoir vers quoi nous devons nous diriger, ajoute Maryse Legault, adjointe au directeur général. Avec l'ensemble de ces renseignements, nous serons à même de préciser nos actions à court terme et de définir nos orientations à long terme.»
Même si ces grands projets occupent beaucoup la Direction des bibliothèques, on ne laisse pas de côté les besoins ponctuels. Plusieurs des 17 bibliothèques du réseau ont été rénovées ou le seront bientôt. Parmi les endroits les plus transformés, la Médiathèque, la Bibliothèque de kinésiologie et la Bibliothèque de la santé ont reçu de nouveaux revêtements de sol. Quant à la Bibliothèque de droit, on lui a ajouté 12 salles de travail collaboratif. La Bibliothèque ÉPC-Biologie s'est dotée d'une nouvelle salle informatique et l'on y a aménagé un salon de lecture. Enfin, les locaux de la Bibliothèque d'aménagement profitent maintenant d'un meilleur éclairage.
Mathieu-Robert Sauvé
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