L'Université de Montréal accueille de plus en plus d'étudiants aux prises avec un trouble d'apprentissage ou un trouble du déficit de l'attention. Ils représentent aujourd'hui 50 % de tous ceux qui font appel au Service de soutien aux étudiants en situation de handicap (SESH), comparativement à 10 % il y a sept ans. En chiffres absolus, on parle de 210 étudiants sur 406.
Ce phénomène n'est pas propre à l'UdeM: toutes les universités québécoises comptent davantage d'étudiants présentant un trouble d'apprentissage. Mais l'Université de Montréal a instauré des services uniques qui témoignent de sa volonté de soutenir ces étudiants. La réussite de l'entreprise réside entre autres dans le travail d'équipe à la base des mesures d'aide.
«Nous avons une obligation envers ces étudiants. Nous devons et nous voulons favoriser leur réussite au même titre que celle des autres étudiants», résume Jean-Pierre Blondin, vice-recteur adjoint aux études de premier cycle.
L'UdeM est notamment la seule université québécoise à employer un orthopédagogue quatre jours par semaine. Une neurospychologue est aussi présente trois jours par semaine pour évaluer les étudiants et poser un diagnostic, étape préalable à toute forme de soutien.
«Nous nous intéressons beaucoup plus qu'avant aux troubles d'apprentissage. Et c'est important parce que ces jeunes-là, jusqu'à tout récemment, décrochaient tout simplement», signale Daniel Boucher, responsable du SESH.
Grâce à des outils de dépistage inexistants il y a 15 ans, une proportion significative de ces élèves bénéficient d'une aide dès l'école primaire. Or, les premières cohortes ayant reçu un réel soutien sont à présent en âge d'entrer au cégep ou à l'université.
À l'UdeM, Daniel Boucher privilégie «l'approche par besoins». Avec ses quatre conseillers, dont une conseillère en technologie adaptée, il tente de cerner les besoins des étudiants et d'y répondre une fois l'indispensable diagnostic établi. Il instaure des mesures d'intervention personnalisées. À titre d'exemple, certains étudiants disposeront de temps supplémentaire pour faire leurs examens (ou pourront écouter de la musique), d'autres, qui souffrent d'un déficit d'attention, pourront passer leurs tests dans un local, seuls. Des étudiants atteints de dyslexie pourront recourir à un logiciel de lecture ou de correction.
Passe-droits? Pas du tout! D'abord, rappelle M. Boucher, la Charte des droits et libertés de la personne interdit la discrimination sur la base d'un handicap. Mais surtout, souligne-t-il, et deux fois plutôt qu'une, l'Université ne fait que remplir son rôle social. «Une université, ce n'est pas seulement de l'enseignement et de la recherche, c'est un milieu de vie.»
Et puis, il dissipe un autre préjugé, celui du diplôme à rabais. Le diplôme de baccalauréat a la même valeur pour tous. L'étudiant peut mettre davantage de temps à terminer ses études, mais au bout du compte il aura reçu une formation de qualité équivalente à celle d'un autre. Autrement dit, «les objectifs de formation ne sont pas négociables».
Près de la moitié des étudiants en situation de handicap choisissent un programme en sciences humaines. Quelque 14 % sont inscrits en sciences appliquées et 12 % en sciences de la santé. On parle de 406 étudiants. Ce n'est donc pas une immense population. Mais les professeurs sont de plus en plus sensibles à cette réalité.
Les enseignants peuvent d'ailleurs suivre les ateliers que le Centre d'études et de formation en enseignement supérieur a mis sur pied pour mieux comprendre ce qui est attendu d'eux dans ces situations. Règle générale, les arrangements ne doivent pas se traduire par un alourdissement de la tâche.
Ces «accommodements» doivent rester «raisonnables», même s'il arrive qu'un étudiant se fasse conseiller de prendre du repos ou de réfléchir à son orientation. Mais somme toute, c'est assez rare. «J'ai déjà recommandé à des étudiants de prendre une pause ou de réévaluer leur choix de programme compte tenu de leurs limitations fonctionnelles, dit M. Boucher. Mais rarement.»
Passer du cégep à l'université
Parmi les initiatives récentes, il faut mentionner le comité interordre, dont est membre Hélène Trifiro, directrice du Centre étudiant de soutien à la réussite de l'UdeM. Ce comité formé il y a deux ans grâce à une subvention du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport a pour objectif de faciliter le passage du cégep à l'université. Sont représentés au sein du groupe l'UQAM, le Cégep du Vieux-Montréal et le Collège Montmorency.
Par exemple, il y aurait moyen de faciliter le transfert du dossier de l'étudiant de sorte que celui-ci n'ait pas à être évalué de nouveau à son arrivée à l'université. Aussi, si certains services d'aide étaient mieux harmonisés dans les deux ordres d'enseignement, l'étudiant s'y retrouverait plus aisément.
«Nous ne pouvons pas nous permettre de travailler chacun dans notre coin. Nous échangeons beaucoup d'information», mentionne Mme Trifiro. En d'autres termes, si le travail d'équipe a un sens, c'est bien auprès de ceux qu'on qualifie un peu étrangement de «clientèle émergente».
Le comité interordre a déjà une belle réalisation à son actif: un site Internet, matransition.com, qui explique les différents troubles, fournit des sites-ressources et présente des vidéos très réussies mettant en scène des étudiants qui souffrent de divers troubles et qui se débattent dans un univers hostile... jusqu'à ce qu'ils demandent et reçoivent une forme d'aide. Ils peuvent alors retrouver leurs capacités intellectuelles véritables, pour leur plus grand plaisir. Et le nôtre.
Paule des Rivières
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