Au-delà des arrangements pris, il existe une panoplie de stratégies que les étudiants issus de la clientèle émergente peuvent eux-mêmes mettre en place. Celui qui les accompagne dans ce cheminement s'appelle Denis Côté. Il est orthopédagogue au Centre étudiant de soutien à la réussite de l'Université de Montréal.
«Grâce aux arrangements, on crée des conditions pour maximiser le potentiel de l'étudiant, observe-t-il. Mais le défi n'en reste pas moindre. L'étudiant doit répondre aux exigences de son programme. C'est là que mon travail se concrétise. J'aide mes clients à adopter des mécanismes d'apprentissage adaptés à leurs besoins et à leur domaine d'études. Je fais le lien entre la neuropsychologie et la pédagogie. Bref, les arrangements modifient l'environnement tandis que, moi, je bonifie les savoir-faire de l'individu.»
Par exemple, un étudiant dyslexique bénéficiera d'un logiciel de correction automatique pour l'aider dans la rédaction de ses textes. Cet outil n'est cependant d'aucune utilité si l'étudiant peine à maitriser les règles de grammaire. «Nous réviserons alors ses habiletés en analyse grammaticale afin qu'il comprenne pourquoi son logiciel lui indique qu'il fait des erreurs», explique l'orthopédagogue.
Denis Côté travaille à l'Université de Montréal depuis trois ans. Au départ, il n'était présent sur le campus qu'une journée par semaine. Aujourd'hui, signe que les temps changent, il occupe un bureau quatre jours par semaine. Il est l'un des rares orthopédagogues à exercer dans le milieu universitaire francophone.
«L'augmentation de ma tâche est due à une combinaison de facteurs, croit-il. Tout d'abord, l'approche orthopédagogique complète bien celle de mes collègues psychologues en soutien à l'apprentissage. Par ailleurs, la clientèle émergente est de plus en plus nombreuse dans le milieu universitaire, résultat de l'intégration qui a commencé il y a quelques années, quand ces mêmes étudiants étaient au primaire.»
Les étudiants aux prises avec un trouble d'apprentissage ou du déficit de l'attention sont en effet ceux qui le consultent le plus. Leur arrivée force l'orthopédagogie en contexte universitaire à se développer en accéléré.
«Présentement, j'adapte pour la clientèle émergente des documents destinés à tous les étudiants qui s'inscrivent en aide à l'apprentissage, mentionne-t-il. Je les rends plus dynamiques grâce entre autres à un code de couleurs et à une présentation synthétisée. J'ai aussi créé un questionnaire sur les perceptions des stratégies d'apprentissage. L'individu se perçoit-il meilleur avec le temps? Je peux l'observer, mais lui non. Pourtant, c'est essentiel si je veux qu'il transfère ce qu'il a appris avec moi dans son quotidien.»
De surprise en surprise
Denis Côté se dit étonné de constater que les mécanismes d'apprentissage demeurent les mêmes, peu importe les troubles qui affectent ses clients. «C'est une grande surprise pour moi», confie-t-il.
Il veille néanmoins à préciser les stratégies en fonction des besoins des étudiants. Ainsi, la plupart vivent ce qu'on appelle des «coupures d'accès à l'information», c'est-à-dire qu'il leur manque des renseignements pour assurer leur réussite en raison de retards répétés, de perte fréquente de documents, d'une planification déficiente du temps, etc.
«Chez certains, on corrigera le problème en programmant des rappels sur leur cellulaire, indique M. Côté. Pour d'autres, on combinera le cellulaire, l'agenda électronique et même un tableau à la maison où seront listées les tâches à prioriser. Ces étudiants seront plus interpellés par la quantité de choses à faire que par un horaire particulier.»
La structure de la pensée est un autre temps fort du processus d'apprentissage. Organiser les notions apprises est indispensable si l'on souhaite démontrer sa compréhension de la matière dans un examen ou un travail écrit.
«J'enseigne aux étudiants que cela commence dès la prise de notes, souligne l'orthopédagogue. Je les incite à repérer immédiatement les mots clés, ce qui facilitera la relecture des notes et les amènera à concevoir une carte mentale de la matière... et donc à structurer leur pensée!»
Une démarche en orthopédagogie est d'abord considérée comme un fardeau supplémentaire par ces étudiants qui éprouvent déjà des difficultés à organiser leur temps. «Il y a les rencontres auxquelles s'ajoutent de nombreuses stratégies à appliquer en classe», reconnait M. Côté.
Mais rapidement, plusieurs finissent par se déclarer très satisfaits. «Je suis émerveillé d'entendre des étudiants me dire qu'ils gagnent du temps désormais. Quelques-uns rapportent aussi une hausse de leurs notes à l'intérieur d'un seul trimestre.»
L'année s'annonce occupée pour l'orthopédagogue. Avant même la rentrée, il recevait en consultation plusieurs étudiants par jour...
Marie Lambert-Chan
Dossier spécial
Lire les articles
- Soutenir les étudiants qui ont des troubles d’apprentissage
- Anne-Laure Macé dresse le portrait cognitif
et psychologique de ses patients - L'orthopédagogie universitaire en plein essor
- Grâce au soutien de l'Université,
Sonia Pinel caresse de merveilleux projets - Les principaux troubles d'apprentissage
Sur le Web

