Léna* est incapable d'écrire «Je suis» sans faire de fautes. Elle souffre de dysorthographie, un trouble d'apprentissage qui se définit par une difficulté persistante à orthographier les mots.
Son trouble n'a jamais été officiellement diagnostiqué parce qu'elle croyait pouvoir se débrouiller seule. Mais aujourd'hui, ce n'est plus vrai. Tous les moyens mis en place pour le surmonter ne peuvent venir à bout de l'immense défi qu'est la maitrise.
Léna met nettement plus de temps que ses pairs à terminer ses travaux. Dans les examens, ses réponses écrites sont souvent incompréhensibles pour le professeur qui n'a pas accès à un logiciel de correction.
C'est ainsi qu'elle s'est retrouvée dans le bureau d'Anne-Laure Macé, neuropsychologue au Centre étudiant de soutien à la réussite de l'Université de Montréal (CESAR). «C'est une étudiante très intelligente et organisée, dit la spécialiste. Pourtant, cette démarche lui était pénible, car pour elle sa dysorthographie était le signe d'une déficience intellectuelle.»
Une perception que partagent à tort un grand nombre de gens. «Les troubles d'apprentissage sont encore considérés comme un handicap associé à des problèmes intellectuels, s'indigne Mme Macé. Au contraire, par définition, ce sont des problèmes particuliers qui n'ont rien à voir avec l'intelligence. C'est pourquoi les étudiants qui en sont atteints ont tout à fait leur place à l'université.»
Souvent, les individus souffrant d'un trouble d'apprentissage ou d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) développent d'autres habiletés cognitives. «Plusieurs possèdent des compétences supérieures à la moyenne dans certains domaines cognitifs. Par exemple, des étudiants dyslexiques auront de meilleures habiletés non verbales, comme le traitement visuospatial», signale-t-elle.
Diagnostic cognitif...
C'est à Anne-Laure Macé que revient la tâche de démontrer la présence de troubles cognitifs. Après trois longues rencontres d'évaluation, elle propose des pistes d'intervention et des arrangements.
«L'objectif de l'arrangement est de pallier une difficulté précise de l'étudiant afin de révéler son plein potentiel, explique-t-elle. Si, dans mon évaluation, je découvre que le client est fragile dans plusieurs sphères cognitives, particulièrement celles liées à son domaine d'études, il sera inutile de recommander des arrangements. Je préfère alors lui conseiller une consultation en orientation scolaire et professionnelle.»
La majorité de la clientèle émergente à l'Université souffre d'un trouble d'apprentissage ou d'un TDAH. «Mais on voit de plus en plus de gens qui ont un trouble envahissant du développement, comme le syndrome d'Asperger», précise la neuropsychologue.
Ces étudiants lui sont envoyés par le Service de soutien aux étudiants en situation de handicap, les psychologues du CESAR ou les médecins du Centre de santé et de consultation psychologique de l'Université.
La plupart ont bénéficié d'arrangements par le passé et souhaitent obtenir de nouveau de l'aide. D'autres se doutent de leur trouble et cherchent à le confirmer. Enfin, certains, comme Léna, se heurtent à un mur et ne peuvent plus ignorer leur problème.
Au cours de la première rencontre, Anne-Laure Macé revisite l'histoire développementale de l'étudiant. «Tous ces troubles sont là depuis l'enfance. On ne devient pas dyslexique ou hyperactif du jour au lendemain», observe-t-elle.
Suivent les tests cognitifs standardisés qui mesurent les habiletés verbales et non verbales, la mémoire à court et long terme, la logique non verbale, l'attention...
Puis l'évaluation se raffine. «Si l'étudiant me consulte parce qu'il pense être dyslexique, je lui fais passer des examens de lecture et d'écriture pour vérifier son niveau de compétence», dit Mme Macé.
... et psychologique
Enfin, des tests peuvent être effectués pour vérifier les différents facteurs psychologiques qui influent sur le profil cognitif. Cette analyse, qui se fait en collaboration avec un psychologue lors de la préévaluation, peut modifier parfois complètement le bilan d'Anne-Laure Macé. «Un patient peut échouer à un test non pas parce qu'il n'est pas compétent, mais parce qu'il est nerveux, mentionne-t-elle. D'où l'importance de se pencher sur les facteurs psychologiques.»
À cette étape se révèlent fréquemment des étudiants qui, loin d'être affectés d'un TDAH, sont simplement anxieux. «C'est un phénomène important dans notre pratique, constate la neuropsychologue. L'anxiété affaiblit les capacités attentionnelles, mais ne provoque pas de troubles neurologiques. Ces étudiants “miment” un déficit de l'attention. Ils sont désorganisés et distraits. Ils performent moins bien. Je recommande alors une intervention thérapeutique de gestion du stress.»
Elle ajoute que les diagnostics de désordres neuropsychologiques sont généralement accueillis par un soupir de soulagement. «Les étudiants comprennent enfin la nature de leur mal. Ils sont rassurés d'être soutenus par l'équipe du CESAR. Certains versent même quelques larmes...»
Marie Lambert-Chan
*Nom fictif.
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