Universités canadiennes : ambitions, défis et financement

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Un message du recteur à la communauté universitaire. Cet été, Heather Munroe-Blum, principale de l'Université McGill, David Naylor, président de l'Université de Toronto, Indira Samarasekera, présidente de l'Université de l'Alberta, Stephen Toope, président de l'Université de Colombie-Britannique, et moi-même, avons donné une entrevue au magazine Maclean's pour offrir notre point de vue sur l'état du système universitaire au Canada.  De nombreux articles ont paru sur cet entretien et une polémique a éclaté selon laquelle les dirigeants de ces cinq grandes universités canadiennes avaient proposé de transférer vers leurs établissements des ressources autrement dévolues à de plus petites universités. Cela représente une déformation indue et malheureuse de nos propos qu'il importe de rectifier.  La présente lettre est offerte à titre individuel et n'engage que son auteur.

Au vu de l'importance critique que revêtent l'enseignement supérieur et la recherche pour l'avenir de notre pays, nous avons, de fait, plaidé pour une élévation de nos ambitions collectives quant à l'excellence de notre système universitaire dans son entier et pour une augmentation conséquente des ressources dont il dispose.

Ambition et leadership
La population canadienne est relativement petite. Il nous faut, pour l'avenir, miser sur la qualité de l'éducation de nos concitoyens, sur nos idées, nos valeurs et notre engagement. Cela requiert un système éducatif de premier ordre, particulièrement au niveau universitaire, où le taux de participation demeure encore trop faible.

Force est de constater que le système universitaire canadien est de haute qualité et il faut s'en réjouir. Mais la mission universitaire n'a de sens que dans la poursuite incessante de l'excellence; nous ne pouvons nous reposer sur nos lauriers. D'où notre appel à des ambitions encore plus élevées : les Canadiens devraient vouloir l'un des meilleurs systèmes universitaires au monde et prendre les moyens pour atteindre cet objectif. Nous n'y sommes pas encore, il faut y travailler, c'est pourquoi nous interpellons nos hommes et femmes politiques.

Pour une diversité concurrentielle
Dans notre biosphère, comme dans notre système universitaire, la diversité est une valeur à entretenir et à développer. Les voies de l'enseignement et de la recherche sont multiples, dynamiques et évolutives. Pour que nos universités soient modernes et efficaces, il est essentiel de favoriser l'émulation entre les établissements et d'encourager l'expérimentation. Petites universités de type « Liberal Arts College », grandes universités à forte intensité de recherche avec faculté de médecine, universités  en milieu urbain, universités en région, universités avec « programme coop » : un éventail très large doit être couvert dans notre système afin de permettre aux étudiants canadiens de choisir le cadre de formation le mieux adapté à leurs besoins et le plus garant de leur succès. Certains choisiront l'encadrement plus intime d'une petite université, d'autres opteront pour l'expérience du contact avec les nombreux laboratoires et les chercheurs d'une université très investie en recherche.

Pour une recherche universitaire canadienne à grand impact
La recherche est la pierre d'assise de l'innovation sur les plans économique, social, technologique et culturel. Quel que soit le champ d'exploration, sa qualité est mesurée par l'impact qu'elle a sur nos vies, sur notre société. La valeur d'une découverte s'évalue à l'aune des transformations ou des avancées qu'elle induit à l'intérieur d'une discipline, d'un enseignement, d'une profession, d'une activité  commerciale, d'une représentation artistique ou d'une politique publique. L'effet de la recherche est aussi déterminé par l'importance des questions sur lesquelles elle porte.  À cet égard, le Canada n'a pas à rougir de l'impact de sa recherche au niveau mondial, bien au contraire. Cependant, comme en fait foi un rapport récent du Conseil des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation du Canada, notre pays pourrait faire mieux. Une illustration est offerte par le tout petit nombre de prix Nobel attribués pour des travaux réalisés au Canada. Ici encore, il s'agit d'accroître nos aspirations.

Plus de diplômés aux cycles supérieurs
La formation des étudiants aux cycles supérieurs est une facette fondamentale de la recherche universitaire. Ces étudiants apportent une contribution déterminante aux processus qui sont à l'origine des découvertes en milieu universitaire, en plus de favoriser les avancées de notre société dans tous les secteurs. Peu de gens savent, en effet, que près de 70 % des diplômés titulaires d'un Ph.D. font carrière à l'extérieur du milieu universitaire. On mesure sans peine l'enrichissement qu'ils apportent à notre main-d'œuvre et l'influence qu'ils ont sur les orientations des secteurs public et privé. Cependant, le nombre de détenteurs de Ph.D. au Canada est de 50 % inférieur à celui des États-Unis. Le rattrapage doit faire partie de nos objectifs et met nos universités au défi de manière singulière.

Des ressources appropriées
Ces constats généraux, et l'ambition que nous entretenons pour notre pays, nous conduisent, mes collègues et moi, à proposer avec force que des ressources supplémentaires soient consenties au système universitaire canadien afin de permettre aux diverses universités qui le composent de contribuer à faire de ce réseau l'un des meilleurs au monde.

Les universités à forte intensité de recherche, dont celles, entre autres, que mes collègues Munroe-Blum, Naylor, Samarasekera, Toope et moi avons le privilège de diriger, ont évidemment un rôle et un leadership importants à exercer dans la poursuite de cet objectif. Cela suppose : la formation de cohortes d'étudiants au premier cycle éclairée par la recherche dans les secteurs tant professionnels que généraux; la poursuite diversifiée de travaux d'innovation dont certains requièrent des infrastructures élaborées; la responsabilité afférente d'encadrer un grand nombre d'étudiants aux cycles supérieurs et de favoriser leur réussite à l'intérieur de délais plus courts; et le transfert de connaissances et de services à la communauté.

Accroître le financement
Quand il s'agit d'accroître le financement des universités, rappelons que la meilleure assurance d'une utilisation efficace et optimale des fonds publics est offerte par la saine concurrence qu'induit l'évaluation par les pairs. Au cours des 10 dernières années, le gouvernement fédéral a augmenté ses investissements en recherche, en particulier par le truchement des conseils subventionnaires, mais aussi par la création d'organismes et de programmes (Fondation Canadienne pour l'Innovation, Chaires de recherche du Canada, Génome Canada et, plus récemment, les bourses Vanier et les Chaires d'excellence en recherche).

L'atteinte des objectifs ambitieux que nous avons à l'esprit requiert que nous maintenions cette trajectoire ascendante.

Par ailleurs, il faut comprendre qu'à l'heure actuelle, les coûts institutionnels engagés pour la mise sur pied et la poursuite des activités de recherche (espaces de recherche, chauffage, électricité, entretien ménager, administration, etc.) ne sont que très partiellement couverts. Il est généralement reconnu que la valeur minimale de ces coûts institutionnels se situe à 40 % du montant de la  subvention et qu'elle peut dépasser 60 % dans certains cas. Il se trouve que les 16 universités avec la plus grande intensité de recherche reçoivent, pour leurs frais institutionnels, une compensation moyenne ne représentant que 21 % des subventions versées aux chercheurs par les conseils subventionnaires fédéraux. Pour les autres universités, cette compensation moyenne se situe à 34 %. À cet égard, nous plaidons ardemment pour que les coûts de la recherche soient entièrement couverts et pour que le gouvernement fédéral suive ce principe de manière universelle, c'est-à-dire pour toutes les universités.

Nous avons souligné l'importance de former plus d'étudiants à la maîtrise et au doctorat afin d'accroître la compétitivité du Canada. Cela demande de mieux financer les programmes de cycles supérieurs et les programmes de soutien aux étudiants. La formation à la recherche se fait de manière individualisée par des experts, ce qui entraîne des coûts conséquents. Il faut aussi comprendre que nous devrions pouvoir offrir à tous nos étudiants inscrits à des programmes de recherche aux cycles supérieurs un appui financier qui couvre les droits de scolarité tout en offrant une rémunération appropriée. Les raison sont multiples : ces étudiants sont déjà des diplômés universitaires, ils ont différentes options de carrière et ils sont essentiels au succès de nombreux programmes de recherche. Il faut aussi savoir que nous sommes en concurrence avec plusieurs universités où cette pratique est établie dans le but d'attirer et de retenir les meilleurs candidats. À ce titre, nous ne soutenons pas la comparaison avec les meilleures universités. Nous devons faire mieux et nous le pouvons si nous y consacrons collectivement les ressources.

Voilà qui résume l'essentiel de mon point de vue sur ces questions générales. Il est capital, il me semble, que le Canada ait un souci constant de l'excellence universitaire. Il se doit de devenir l'un des leaders mondiaux de l'innovation par l'impact et la qualité de ses recherches comme par l'accroissement du nombre de personnes formées à la recherche. D'un point de vue stratégique, il nous faut hisser notre système d'enseignement supérieur au sommet mondial en convenant ensemble d'un financement qui permette à toutes nos universités de donner le meilleur d'elles-mêmes à la population du Canada.

Voilà qui est, j'ose croire, de nature à mobiliser et à solidariser.

 

 

 

 

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