L'Université annonce un moratoire sur les renouvellements de postes pour sept mois

Imprimer

Le Conseil de l'Université a adopté le 4 mai un budget de fonctionnement prévoyant un moratoire de sept mois sur les renouvellements de postes, à compter du 1er juin.

Cette mesure s'applique au personnel régulier de soutien et administratif ainsi qu'aux professeurs réguliers à temps plein. Elle ne s'applique pas aux chargés de cours ou aux auxiliaires d'enseignement. Pas plus qu'aux employés sur fonds de recherche.

Cette mesure exceptionnelle vise à «endiguer le rythme des dépenses de l'Université», qui prévoit un déficit de 14,9 M$ à son budget de fonctionnement pour l'année 2009-2010. Les dépenses s'élèveront à 611,8 M$ et les revenus à 597 M$. Le déficit accumulé sera alors de 153,8 M$.

«L'Université est dans une position intenable», avait déclaré le recteur, Luc Vinet, plus tôt dans la journée, devant l'Assemblée universitaire. M. Vinet a annoncé la mise en place d'un chantier de réflexion sur l'avenir de l'Université en pressant la communauté d'y participer.

Pour sa part, le vice-recteur exécutif, Guy Breton, a indiqué que «ce n'est pas le budget que j'aimerais vous présenter. Cela ne me fait pas plaisir. Mais le statu quo est exclu et l'on ne peut jouer à l'autruche.»

Le contexte financier international n'a certes pas aidé l'Université, a-t-il ajouté, mais la situation de «sous-financement structurel» et permanent dans laquelle évolue l'UdeM explique bien davantage ce contexte. En bref, pas plus les subventions gouvernementales que les sommes tirées des droits de scolarité ne suffisent, aujourd'hui, à couvrir les dépenses, en hausse perpétuelle. «Et notre inquiétude s'étend aux années qui viennent», a poursuivi le vice-recteur exécutif.

En plus d'un moratoire sur les renouvellements de postes, le budget prévoit le maintien d'une compression de 1,4 % au budget des facultés comme à celui des services.

En définissant les «risques structurels« qui étouffent l'Université, M. Breton a mentionné l'écart de 2 % entre les sommes versées par le gouvernement pour compenser la hausse des couts de système et les couts réels de cette hausse (écart qui s'établit à plus de 33 M$ sur cinq ans); les couts croissants de la dette: le remboursement des seuls intérêts représente 2 % du budget total de fonctionnement; une structure de financement qui est en décalage complet avec celle des établissements universitaires canadiens; et enfin l'insuffisance chronique au chapitre des immobilisations (il y aurait pour 20 M$ de réfection des voies de circulation sur le campus, sans parler de l'entretien trop souvent reporté des bâtiments).

Ce contexte, a souligné M. Breton, n'enlève rien au fait que l'Université fait face à des dépenses incontournables, comme la cotisation accrue au remboursement du déficit de capitalisation du régime de retraite.

Des priorités à maintenir

De son côté, Jacques Frémont, provost et vice-recteur aux affaires académiques, a énuméré certaines activités auxquelles l'Université ne pouvait renoncer compte tenu de sa mission. Ainsi, a-t-il dit, le projet d'un financement intégré pour les étudiants des cycles supérieurs est maintenu, notamment un montant de 8 M$ pour les bourses étudiantes. De plus, l'UdeM a prévu un budget de 4,6 M$ devant servir exclusivement à l'embauche d'auxiliaires d'enseignement, en appui aux professeurs.

Les bibliothèques constituent aussi une priorité et M. Frémont a assuré qu'elles continueraient de bénéficier du Fonds des priorités institutionnelles. Les budgets de la Direction des relations internationales sont également reconduits, entre autres une enveloppe spéciale de 700 000 $ pour encourager la mobilité étudiante, désignée par le gouvernement.

Par ailleurs, si l'Université entend continuer à soutenir l'enseignement, elle ne négligera pas pour autant la recherche. Elle s'engage en particulier à maintenir le budget consacré aux fonds internes de recherche.

La préservation du Fonds des priorités institutionnelles nécessitera une ponction de 2,5 % dans les budgets facultaires mais aussi des services

Enfin, l'Université a prévu 3,5 M$ pour les dépenses liées au PGI et au rehaussement du réseau. Ainsi qu'un versement de 1 M$ pour contrebalancer la perte de revenus du Bureau du développement et des relations avec les diplômés qui est lié à la mauvaise performance des marchés financiers.

Les budgets des facultés

Les budgets des facultés seront encore déterminés à partir de leur base budgétaire, leurs revenus et les priorités institutionnelles. Certaines facultés seront aidées, soit la Faculté des arts et des sciences, qui recevra 5,2 M$, la Faculté de musique (850 000 $), la Faculté des sciences de l'éducation (300 000 $), la Faculté des sciences infirmières (800 000 $) et la Faculté de théologie et de sciences des religions (300 000 $).

La présentation du budget a, on s'en doute, suscité de nombreuses questions à l'Assemblée universitaire. Le président du Syndicat général des professeurs et professeures de l'Université de Montréal, Louis Dumont, a estimé «qu'il y a peu d'imagination dans ce budget dont le corps professoral fera les frais».

Auparavant, des membres de la direction avaient affirmé qu'il ne fallait pas sous-estimer l'impact des quelque 80 postes de soutien administratif dont les titulaires partiraient sans être remplacés, du moins pas avant le début de l'année 2010. Environ 200 personnes membres des personnels professionnel ou de soutien ou encore cadres quittent l'Université annuellement, alors qu'une cinquantaine de professeurs s'en vont chaque année. On prévoit que 31 professeurs quitteront l'Université pendant la durée du moratoire, mais 15 postes sont déjà assurés, tant et si bien qu'au total, 16 postes de professeurs réguliers ne seront pas pourvus d'ici le 1er janvier 2010.

M. Dumont, tout comme le professeur Samir Saul, a souhaité que l'UdeM n'adopte pas de budget avant d'avoir d'abord achevé son exercice de réflexion, faisant ainsi comprendre au gouvernement  qu'elle protestait contre des subventions ne correspondant pas à ses besoins.

Le vice-recteur exécutif a répliqué que cette option n'en était pas une, car la subvention est versée sur présentation du budget. Pas de budget, pas de subvention. Pas de subvention, pas de salaires.

Chantier de réflexion

Au cours des prochains mois, l'Université mettra en branle un chantier «d'urgence» qui examinera jusqu'à la fin décembre les avenues s'offrant à elle. M. Vinet sera responsable des représentations à l'externe (dont au gouvernement), M. Breton prendra la tête du groupe sur la révision des processus administratifs et de réorganisation formelle et M. Frémont dirigera la réflexion sur la mission d'enseignement et de recherche de l'Université. «Les temps sont particulièrement difficiles», a résumé le recteur, faisant écho aux nombreux commentaires des membres de l'Assemblée préoccupés par leurs conditions de travail.

Paule des Rivières

 

Lire aussi

 

Dossiers

 

En mai, on célèbre le mont Royal!

Le mont Royal est indissociable de l'histoire de l'Université de Montréal, dont le camp...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

 

Zoom sur les enfants

Que se passe-t-il quand l’enfant devient le parent de ses parents? Comment prévenir les...

Le chiffre

19,6 %

À l'automne 2011, les étudiants non canadiens – soit les étudiants résidents permanents et les étudiants internationaux − comptaient pour 19,6 % des étudiants inscrits à l'UdeM.

Lire la suite...