Le 14 décembre 2009, à l'invitation de l'Assemblée universitaire, la chancelière et présidente du Conseil de l'UdeM, Mme Louise Roy, s'est adressée en personne aux membres de l'Assemblée pour leur expliquer les motifs qui ont poussé le Conseil à revoir la rémunération des dirigeants de l'Université de Montréal. C'est la première fois dans l'histoire de l'Université qu'un chancelier prend la parole lors d'une séance de l'Assemblée universitaire.
Chers membres de l'Assemblée universitaire,
Je suis très heureuse de m'adresser à vous aujourd'hui.
Votre Assemblée forme, avec la Commission des études et le Conseil, le groupe des corps universitaires qui orientent de façon décisive le développement de l'Université dans toutes les sphères de ses activités. Ces trois instances ont des fonctions et des mandats différents, mais leurs membres – et j'ai été à même de le constater – partagent tous une même passion pour l'Université de Montréal.
À cet égard, je tiens à saluer le travail des sept membres de cette Assemblée qui ont aussi le privilège de siéger avec moi au Conseil de l'Université. Chantal Gamache, André Ferron, Denis Monière, Thérèse Cabana, Manuel Crespo, Sylvain Dubé et, bien entendu, le recteur Vinet jouent un rôle important de liaison entre ces deux corps universitaires et je les remercie chaleureusement de leur double engagement, qui est aussi une double profession de foi dans l'éducation postsecondaire au Québec.
J'aimerais pour commencer vous entretenir du rôle du Conseil de l'Université, un rôle qui n'est pas toujours bien connu des membres de la communauté universitaire. Si je devais le résumer en quelques mots, je dirais que le Conseil a pour mission fondamentale :
- d'accompagner l'Université dans son développement;
- de rendre des comptes au nom de l'Université;
- de se porter garant de la gouvernance de l'Université et
- de veiller au maintien de son autonomie – car il n'y a pas de saine gouvernance possible sans une réelle indépendance institutionnelle.
Le rôle du Conseil – et mes collègues ici présents pourront en témoigner – a changé grandement au cours des dernières années, comme dans toutes les grandes organisations. Il a changé mais surtout, il s'est surtout complexifié. Relations gouvernementales, relations avec nos donateurs, questions stratégiques, développement : les responsabilités du Conseil sont plus lourdes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a 30 ou même 10 ans.
Comment le Conseil s'y prend-il pour assumer ces responsabilités ? D'abord, en recrutant des personnes qui ont une solide expertise dans ses champs de compétence. Les membres du Conseil travaillent bénévolement – le verbe est ici aussi important que l'adverbe. Ces personnes ne comptent par leurs heures et je sais pour l'avoir observé à maintes reprises combien leur travail permet de faire progresser d'importants dossiers.
Les lourdes responsabilités qui lui sont confiées, le conseil les gère également à travers quatre comités :
- Le comité de vérification, qui se charge de vérifier nos états financiers et d'évaluer les nombreux risques auxquels un établissement comme le nôtre est exposé;
- Le comité de gouvernance, qui est le gardien du code de déontologie des membres du Conseil;
- Le comité sur l'immobilier, qui supervise tous les grands projets immobiliers de l'Université;
- Et enfin, le comité des ressources humaines.
C'est de ce comité que je veux surtout vous parler, puisqu'il est, d'une certaine façon, à l'origine de ma présence parmi vous. C'est en effet lui qui a revu, conformément à son mandat, les conditions de rémunération des dirigeants de l'Université.
Si j'ai accepté de répondre à l'invitation de cette Assemblée de venir parler des salaires de la direction de l'Université, c'est d'abord pour vous dire que c'est le Conseil, par le truchement de son Comité des ressources humaines, qui a décidé de revoir le salaire des dirigeants de l'Université. Et que l'adoption de la nouvelle politique de rémunération des officiers s'est faite selon toutes les règles établies de gouvernance.
Un salaire, quel qu'il soit, doit être établi sur une base de comparaison raisonnable. Lorsque l'on compare les salaires des professeurs, on les compare à ceux de leurs pairs des autres universités. Lorsque l'on compare les salaires de notre personnel de soutien, on les compare à ceux de leurs pairs des autres universités.
Il en va de même des salaires des officiers de l'Université, et en particulier du salaire du plus haut dirigeant de notre établissement. La rémunération du recteur de l'Université de Montréal était en décalage complet par rapport à celle de ses pairs des universités de recherche comparables, et ce, depuis son entrée en fonction en 2005. L'augmentation consentie correspond donc, dans les faits, à un rattrapage. Malgré ce réajustement, le salaire du recteur de l'UdeM passe du dernier rang à l'avant-dernière position au sein des recteurs du G-13 pour l'année en cours.
Certains ont laissé entendre que les augmentations consenties aux officiers ces dernières années ont grevé le budget de l'Université. Je tiens à dire que jamais le Conseil n'aurait autorisé des hausses salariales qui seraient venue alourdir la dette de l'Université.
Et je veux réaffirmer devant vous l'essentiel de ce que j'ai écrit à l'ensemble de la communauté en septembre : les augmentations salariales de nos hauts dirigeants n'ont eu pratiquement aucun impact sur le déficit budgétaire de l'Université. La vérité, c'est que la masse salariale du rectorat est demeurée stable depuis 2007.
Je suis entrée au Conseil de l'Université en 1999. En dix ans, j'ai suivi de près l'évolution de notre université.
J'ai observé l'engouement des jeunes pour nos programmes et la montée en flèche des inscriptions, un indicateur du dynamisme qui règne sur notre campus.
J'ai remarqué l'importance croissante de la recherche, la création d'instituts scientifiques de tout premier ordre et la performance remarquable de nos professeurs aux concours des grands conseils subventionnaires.
J'ai noté l'excellente récolte de l'Université aux concours de la Fondation canadienne pour l'innovation.
J'ai regardé notre campus se transformer, non seulement dans ses infrastructures physiques, mais aussi dans ses modes de fonctionnement.
J'ai salué l'internationalisation de nos activités et le pouvoir d'attrait grandissant de l'Université sur les étudiants de l'étranger.
J'ai vu, enfin, l'Université de Montréal faire une entrée remarquée dans le cercle des meilleures universités du monde.
Un tel bilan n'est pas banal. Mais surtout, il augure bien de l'avenir. Et si j'ai accepté de présider le Conseil de l'Université, c'est que je crois fermement que cette université est promise à de grandes choses.
Le conseil est parfaitement conscient des obstacles qui menacent le développement de l'Université de Montréal. Et au premier chef, la question du financement. Je l'ai écrit ailleurs : notre Université dispose annuellement de 2700 $ de moins par étudiant que les grandes universités de recherche du Canada auxquelles elle se compare, soit près de 90 millions de dollars par année. Année après année.
Tous les jours, nous subissons les effets du sous-financement. Plutôt que de nous diviser, cet enjeu devrait au contraire nous unir, contre lui.
Étudiants, professeurs, chargés de cours, membres du personnel administratif et de soutien, diplômés, partenaires de l'Université : tous, nous devrions être saisis des difficultés financières que connaissent les universités québécoises, et la nôtre de façon plus dramatique encore. Et tous, nous devrions travailler à trouver des moyens d'assurer la qualité de nos programmes par des sources de financement conséquentes.
Plusieurs défis attendent la communauté universitaire au cours des prochaines années.
- Nous devrons mener avec l'École Polytechnique et HEC Montréal une grande campagne de financement.
- Nous devrons construire pour nos départements de science un Pavillon des sciences qui marquera un jalon important dans l'extension de notre campus sur le site Outremont.
- Nous devrons parachever l'implantation du progiciel de gestion intégré, qui viendra simplifier considérablement nos opérations de gestion.
- Nous devrons mettre sur pied un programme multidisciplinaire d'études en environnement et en développement durable.
- Nous aurons à loger notre École de santé publique, qui ouvrira la voie à la création de filières inédites en santé des populations.
Voilà les vrais défis qui nous attendent. Voilà les défis qui attendent le prochain recteur ou la prochaine rectrice.
La nomination d'un recteur constitue une étape déterminante dans l'histoire d'une université. Tous les recteurs nommés depuis 1920 à la tête de l'UdeM ont marqué le développement de l'établissement qu'ils ont été appelés à diriger. Il en sera de même du prochain titulaire du poste. Cette nomination sera sans doute la décision la plus importante que le Conseil aura à prendre depuis longtemps. Et je puis vous dire que tous les membres du Conseil ont parfaitement conscience de la responsabilité qui leur incombe.
Je demande aux membres de cette assemblée de se solidariser avec le Conseil et l'ensemble des membres de la communauté universitaire pour relever ces défis et pour faire du développement de l'Université de Montréal un objectif commun et la première de nos priorités.
Je suis une diplômée de l'Université de Montréal. À travers ses diplômés, notre Université exerce un pouvoir de transformation sociale qui est trop souvent méconnu – même de ses diplômés ! Je me fais fière de rappeler sur toutes les tribunes que l'Université de Montréal est un outil de développement social comme il en existe peu au Québec.
Oui, nous avons des enjeux financiers, mais nous disposons de réserve de talents, d'expertises et d'intelligences réunis hors du commun. Et je ne peux accepter que nous ne nous retroussions pas les manches pour faire face à la situation et la transformer en une occasion de renouveau pour notre Université. Est-ce que cela prendra courage et détermination? Sans aucun doute! Mais nous ne sommes pas les seuls à prendre des situations difficiles en main et à les transformer à notre avantage. D'autres l'ont fait, ou le font actuellement.
Nous sommes très privilégiés d'être associés à cette remarquable institution, nous avons une responsabilité face à ce patrimoine collectif exceptionnel, et ils nous incombent à tous ici présents de le préserver et de le développer, avec fierté, confiance et solidarité.
Vous pouvez compter sur mon engagement et sur celui de tous les membres du Conseil dans cette étape importante de l'histoire de l'Université de Montréal.
Merci.
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