Le budget en bref est disponible sur le site de la direction - Vice-rectorat exécutif
Chers membres de la communauté universitaire,
Hier, le Conseil a adopté le budget 2009-2010 de l’Université de Montréal. Je vous écris pour partager avec vous des réflexions sur notre travail collectif en ces temps particulièrement difficiles sur le plan financier.
Notre Université figure parmi les meilleures au monde. Son histoire, sa réputation et ses réalisations en enseignement comme en recherche sont marquées au coin de l’excellence et légitiment notre fierté.
C’est pour poursuivre sur cette lancée que nous avons affirmé dans le livre blanc les principes qui sous-tendent fondamentalement notre action : focalisation sur l’étudiant, poursuite de l’excellence, modernisation. Et sur cette base, nous avons défini des objectifs.
Mais depuis quelques années, la précarité de notre situation financière nuit grandement à la planification de notre développement et constitue une menace croissante à la qualité de nos activités. Des difficultés d’ordre structurel, conjugués aux effets de la crise économique mondiale, nous placent dans une position insoutenable.
Ce n’est pas faute d’avoir exercé de la rigueur et consenti des sacrifices, comme vous le savez. Une observation confirme d’ailleurs l’efficience de l’Université de Montréal en matière de gestion. En effet, si l’on ajoutait aux dépenses de l’Université (déficits inclus) les coûts de remboursement sur 10 ans de la dette accumulée (capital et intérêts), la dépense moyenne par étudiant se situerait tout de même sous la moyenne du groupe des 13 grandes universités de recherche canadiennes.
Mais à l’évidence, il y a incompatibilité entre, d’une part, la concurrence que nous devons soutenir de par notre statut d’université de recherche internationale, et, d’autre part, les ressources dont nous disposons. Il nous faut donc collectivement tout mettre en œuvre pour changer de manière fondamentale notre cadre financier.
Pour l’essentiel, nos revenus de fonctionnement proviennent de la subvention du gouvernement québécois et des droits de scolarité. Ces derniers, on le sait, sont bas comparativement à ceux des autres provinces. Pour ce qui est de la formule de financement du gouvernement, il faut comprendre qu’elle s’appuie sur les coûts moyens des programmes dans l’ensemble du réseau universitaire québécois. Seule une université dont le coût d’un programme est inférieur à la moyenne sera en mesure de dégager un excédent des revenus sur les dépenses.
Convenons que, eu égard à sa mission et à son rôle, les coûts de l’Université de Montréal ne peuvent se situer dans la moyenne. Nous croyons fermement pour notre part qu’ils ne devraient pas s’y situer parce que l’UdeM n’est pas une université moyenne. C’est dans l’écart entre nos dépenses et nos revenus que se situe principalement notre déficit structurel de 2 % par année, c’est-à-dire environ 10 M $.
La récurrence de ce phénomène explique en gros le déficit accumulé de l’Université, qui avoisine maintenant les 135 M $. Le service de la dette nécessite le paiement d’intérêts qui excèdent 10 M $ par année alors que les taux sont à des niveaux historiquement bas. À ces dépenses qui ne sont pas financées s’en ajoutent qui sont directement attribuables au contexte économique actuel. La crise financière a, comme vous le savez, entraîné une hausse de cotisation au Régime de retraite, ainsi qu’une dépréciation du fonds de dotation. Enfin, l’Université doit composer avec une subvention des frais indirects de la recherche réduite de près de 1 million de dollars.
C’est dans ce contexte que doit s’élaborer le cadre budgétaire de l’année 2009-2010. Une chose apparaît claire : sans une modification significative de nos assises financières, il est impossible de préparer un budget qui soutienne de façon appropriée le développement de l’Université. Trois grandes considérations prévalent donc dans l’approche proposée :
- Procéder de façon urgente à un retournement de la situation ;
- Protéger les priorités académiques et institutionnelles ;
- Engager les dépenses de l’année de manière retenue et prudente dans l’intérim.
Prenons chacune de ces considérations à tour de rôle.
Toutes les voies susceptibles de contribuer au redressement et à la stabilisation de nos finances doivent être explorées. Ce travail est déjà entrepris et je vous en ai entretenu périodiquement. Il faut maintenant l’accélérer considérablement.
À cette fin, je fais appel à une mobilisation de toutes les parties prenantes au succès de l’Université (gouvernements, professeurs, chercheurs, chargés de cours, cadres, employés, membres du Conseil, étudiants, diplômés, donateurs et partenaires) et leur demande de participer à un chantier d’urgence sur l’avenir de l’Université et son financement. Ce chantier sera coordonné par la direction de l’Université; le point sera fait en septembre et il devra être complété d’ici la fin de l’année 2009. Tous ensemble, nous devons nous donner l’obligation d’un aboutissement pratique et concret.
Cet examen a déjà été entamé par le Conseil de l’Université, qui se penche sur les différentes facettes de notre financement en vue de contribuer à sa bonification. Une synthèse de ces premières analyses doit être produite en juin, à la dernière séance du Conseil de l’année 2008-2009.
Nous comptons grandement sur la collaboration constructive que nous entretenons avec le gouvernement du Québec dans une optique de bonne gouvernance, pour assainir les finances de la plus grande université québécoise. Nous anticipons aussi l’apport de nos diplômés, de nos donateurs et de nos étudiants. Cependant, il nous faudra continuer à conjuguer excellence académique et soutien financier et à faire la preuve de notre efficience.
Ainsi, notre chantier d’urgence comprendra trois grands mandats. Le premier, de nature académique, sera confié au Provost. Il visera à :
- établir les conditions d’adéquation entre la mission de l’Université et les modalités de son fonctionnement;
- optimiser les revenus d’initiatives proposées pour leur mérite académique.
Réduction de la durée du cheminement aux cycles supérieurs, recrutement international, baccalauréats de deux ans, expansion du bac 120, enseignement à distance : voilà quelques exemples de questions qui seront examinées sous ce mandat en vue d’une activation rapide des initiatives et des stratégies qui auront reçu une évaluation positive.
Le second mandat, confié au vice-recteur exécutif, portera sur l’optimisation des opérations de l’Université et s’inscrira dans la foulée de l’examen des processus administratifs qui a été amorcé. Le troisième mandat, dont je prendrai personnellement la responsabilité, comprendra les volets de financement qui sont tributaires de représentations et de décisions externes : le financement public, le rehaussement des subventions des frais indirects de la recherche, les droits de scolarité et le développement philanthropique.
Notre communauté a rendez-vous avec ce chantier, qui sera structuré, coordonné et lancé incessamment. Une telle initiative sollicitera la participation de tous et le meilleur de nous-mêmes. J’ai la conviction que nous en ferons un succès.
D’ici là, toutefois, il nous faut fonctionner et nous avons besoin d’un budget.
Malgré le contexte difficile, il importe de demeurer conséquent avec les grandes lignes du livre blanc, de prendre en compte, autant que possible, les préoccupations de la communauté universitaire, que nous partageons, et de préserver des programmes essentiels et distinctifs touchant le soutien à l’enseignement, à la recherche et à la formation aux cycles supérieurs.
Ainsi, nous avons voulu maintenir le programme de bourses de 2e et 3e cycles et celui des fonds internes de recherche, protéger les budgets alloués à l’embauche d’auxiliaires d’enseignement afin d’aider professeurs et étudiants et, enfin, reconduire les budgets des initiatives d’appui à l’enseignement. Il nous est aussi apparu très important de poursuivre l’évaluation des programmes, qui est au cœur de la révision de notre offre de formation. Enfin, une péréquation significative s’est imposée afin de maintenir la cohérence de notre mission, et ce, malgré les difficultés évidentes d’un tel exercice.
Le budget a été développé en conciliant, au mieux, ces priorités académiques avec la prudence et la retenue qui s’imposent dans les circonstances. Tout en prenant la mesure de l’impact très négatif de nouvelles compressions, nous avons tenté de trouver le meilleur équilibre possible entre le financement des activités académiques et l’ampleur du déficit courant – lequel s’élèvera l’an prochain à près de 15 millions de dollars. Il est, par ailleurs, apparu nécessaire de surseoir au remplacement des postes et de réduire le personnel surnuméraire jusqu’à ce que l’on ait élaboré et activé, fin décembre, un plan offrant des perspectives favorables pour l’avenir.
Il est utile de savoir que le budget proposé est fondé sur des hypothèses très prudentes. Par exemple, nous n’avons pas prévu de hausse du nombre d’étudiants pondérés équivalent temps complet en raison des baisses observées aux cycles supérieurs. Et les seuls revenus de provenance gouvernementale inscrits au budget sont ceux qui sont dûment confirmés à ce jour.
Je tiens à souligner que c’est dans l’optique constructive des travaux du chantier d’urgence que ce budget doit être considéré.
Un mot avant de terminer sur nos projets immobiliers dans le présent contexte. D’aucuns pourraient trouver qu’il n’est pas opportun, dans l’état d’indigence de notre Université, de poursuivre de tels projets.
Je tiens à vous rassurer à cet égard. Les initiatives inscrites au Plan directeur des espaces ne seront amorcées que si leur financement est assuré en totalité. Je vous rappelle la précarité de notre situation relativement au manque d’espace et à la vétusté du parc immobilier. Et je tiens à partager avec vous ma conviction que la relance de l’Université de Montréal passe aussi par la modernisation de nos infrastructures immobilières et technologiques, et en particulier par :
- la réfection de nos salles d’enseignement, notamment au 3200 Jean-Brillant;
- le développement d’un pavillon des sciences à Outremont qui offre à nos professeurs, enseignants, chercheurs et étudiants des infrastructures leur permettant de donner leur pleine mesure;
- la consolidation en un seul et même lieu de l’École de santé publique;
- l’implantation de l’Université à Laval;
- la modernisation complète de nos infrastructures technologiques.
J’aimerais conclure en vous disant qu’il me semble important que nous ayons tous à l’esprit l’histoire et la tradition de notre Université. Nous formons une communauté d’enseignants, d’étudiants et d’employés engagés et talentueux, rassemblés d’abord et avant tout autour d’idées et de découvertes. Gardons le cap sur nos valeurs, pendant que nous travaillons ensemble à façonner l’avenir de l’Université de Montréal.
Le recteur,
Luc Vinet
