Luc Vinet laisse un établissement branché sur le monde

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Une des principales préoccupations de M. Vinet aura été la hausse du taux de diplomation.Luc Vinet quitte son poste de recteur dans deux semaines. Serein, il sait toutefois que ce sera une transition personnelle importante.

«L'Université, c'est ma vie», a-t-il résumé au cours d'un entretien récent, en se rappelant le chemin parcouru depuis qu'est née sa passion pour la physique, dès la fin du secondaire.

«Depuis cinq ans, je suis constamment préoccupé par le devenir de l'Université, nourrissant pour elle les plus hautes ambitions. Depuis cinq ans, j'ai la responsabilité d'avoir les meilleures idées et de prendre les meilleures décisions pour le développement de ce grand établissement. Au 1er juin, je serai toujours aussi intéressé par l'avenir de l'UdeM, mais cette obsédante responsabilité va s'atténuer.»

Les années 2005 à 2010 auront été une période de tensions pour les universités du Québec, qu'on pense aux enjeux du financement, à ceux de la gouvernance, aux nombreuses élections, à la situation immobilière de l'UQAM et à la crise économique.

«La clé a été de maintenir le cap de l'excellence dans la tourmente. Et les indicateurs démontrent que la barre a été bien tenue. Depuis 2005, l'Université de Montréal a considérablement progressé dans les classements internationaux, quelque 62 000 étudiants choisissent aujourd'hui l'UdeM et ses écoles affiliées pour leurs études universitaires, un nombre record de doctorats ont été décernés et l'Université obtient une part grandissante des fonds de recherche des organismes subventionnaires majeurs; au dernier concours de la Fondation canadienne pour l'innovation, elle a connu un succès retentissant qui n'a pas été égalé jusqu'ici.

«Si l'on ne veut pas avoir de regrets, il faut sans cesse s'employer à caresser des rêves et s'appliquer à en réaliser le plus possible. Il est bon à présent pour l'UdeM, comme cela est prévu dans nos statuts, qu'un autre propose de nouveaux rêves et il est bon pour moi que je couve d'autres rêves dans d'autres contextes.»

Des projets, il y en a eu plusieurs. Si certains projets immobiliers sont plus faciles à retenir, le recteur insiste pour dire que leur finalité touche toujours à la mission de l'UdeM. Il est très fier de l'avancée du futur campus à Outremont. C'est M. Vinet qui a décidé de l'acquisition du site en 2006, qui a obtenu un financement de 120 M$ des trois ordres de gouvernement pour la viabilisation du lieu et qui a établi les ententes et les structures pour réaliser cette revitalisation.

Dans une première phase, ce campus doit accueillir un pavillon des sciences. «Ce campus offre à l'UdeM une occasion exceptionnelle de faire école dans l'organisation architecturale et urbanistique des universités de demain», souligne-t-il.

M. Vinet utilise comme exemple, à une plus petite échelle, les concepts architecturaux qui prévalent actuellement dans la construction des immeubles abritant des instituts de sciences mathématiques – concepts qui visent à favoriser les échanges entre les chercheurs. Un exemple que connait bien le recteur puisqu'il a dirigé avec brio le Centre de recherches mathématiques de 1993 à 1999.

Parmi les autres réalisations de son rectorat, Luc Vinet mentionne l'ouverture du Centre de pharmacogénomique Beaulieu-Saucier, l'implantation de l'École de santé publique, qui regroupe les forces scientifiques significatives de l'UdeM dans ce domaine névralgique, la construction du Centre sur la biodiversité, qui renforce le partenariat entre l'UdeM et le Jardin botanique de Montréal, le projet de campus à Laval, qui recevra ses premiers étudiants en 2012, la mise sur pied du Mois des diplômés, la formation de l'équipe de hockey féminin des Carabins et la mise en place des bases de la prochaine campagne de financement commune avec HEC Montréal et l'École Polytechnique.

Des changements profonds

De façon générale, Luc Vinet a le sentiment que l'Université de Montréal a opéré les changements profonds que devront effectuer les universités de recherche dans les années à venir. M. Vinet indique que les universités seront de plus en plus engagées dans l'élaboration et la réalisation des stratégies de développement économique des régions et des États, qu'elles devront s'investir considérablement à l'étranger et s'organiser en réseaux. Il insiste sur «l'agilité» dont devront faire preuve les organisations universitaires dans un contexte de vive compétition.  «Le temps entre l'idée et sa concrétisation devra être plus court», dit-il en ajoutant qu'il importera davantage qu'elles soient modernes autant dans leur enseignement que dans leur administration. Dans ce sens, la décision de revoir l'informatisation de l'Université et d'implanter un progiciel de gestion intégré contribuera à la modernisation de nos opérations, signale M. Vinet.

«Nous vivons une période charnière et, comme plusieurs organismes publics, les universités devront changer. Nous pouvons regarder le passé avec nostalgie ou envisager l'avenir avec détermination et confiance en nos moyens.»

À cet égard, M. Vinet est heureux de l'effort de réflexion collective qu'il a suscité avec le livre blanc UdeM 2010. Il se réjouit d'avoir amené l'Université à préciser son identité en revoyant son offre de formation. L'évaluation des programmes est maintenant un exercice souple et continu. «C'est peut-être notre projet le plus ambitieux et le plus exigeant puisqu'il interpelle fondamentalement notre esprit créatif.» Il est impérieux, souligne le recteur, de s'interroger régulièrement sur la qualité et la pertinence de notre enseignement.

«Notre plus grande responsabilité est liée au temps que nous confient nos étudiants et leur donner un cours qui n'est pas optimal, c'est leur faire défaut», déclare-t-il avec conviction. D'ailleurs, M. Vinet a été le premier recteur de l'Université à créer un poste de vice-recteur à la vie étudiante. C'est dans cet esprit, par exemple, que le soutien à l'apprentissage numérique a été revu et approfondi ou encore que des baccalauréats peuvent à présent être faits en deux ans dans certaines disciplines en poursuivant sa scolarité durant les trimestres d'été.

Les études aux cycles supérieurs préoccupent grandement Luc Vinet; il note la réforme qu'a menée à bien la Faculté des études supérieures et postdoctorales sous sa gouverne. Il constate avec plaisir que l'UdeM est l'université canadienne dont la proportion d'étudiants aux deuxième et troisième cycles est la plus élevée et que le nombre de doctorats obtenus s'est accru. Son principal cheval de bataille aura été la hausse du taux de diplomation. Luc Vinet admet que le progrès n'est pas encore à la hauteur de ce qui est souhaité. «Il faut travailler à l'augmentation du taux de diplomation et voir à raccourcir la durée des études aux cycles supérieurs. Un doctorat ne vaut pas sept ou huit ans de la vie d'une personne», plaide-t-il.

M. Vinet croit aussi que les universités devraient réfléchir sur les formations qu'elles offrent au doctorat. Notant que 70 % des titulaires d'un diplôme de troisième cycle feront carrière à l'extérieur de l'établissement, il lui semble que cette réalité devrait être mieux prise en compte et que les programmes devraient plus souvent permettre de «couvrir le spectre allant du fondamental au commercial».

En matière de financement, M. Vinet est convaincu que la règlementation des droits de scolarité et le programme d'aide financière aux étudiants doivent être revus. Il est heureux que le gouvernement du Québec ait annoncé pour l'automne prochain un examen de ces questions et du financement des universités. «Cela nous donne une perspective», dit-il.

Cap sur le monde

Au-delà de la concurrence entre les régions, qui sont légitimement soutenues par les établissements universitaires au bénéfice de leurs communautés, les universités sont aussi des agents très importants dans le développement d'une conscience collective globale.

M. Vinet est convaincu que l'internationalisation est essentielle à la poursuite fructueuse de la mission des grandes universités de recherche. «Former des citoyens du monde, répondre aux besoins internationaux en enseignement supérieur, participer à la résolution des grands enjeux mondiaux, être solidaire des universités de pays en développement, voilà autant d'obligations pour une université de recherche aujourd'hui. Une université qui ne se préoccuperait pas du réchauffement climatique, de la paix, de la santé mondiale, etc., se déroberait à ses responsabilités.»

M. Vinet a beaucoup misé sur l'international. Au cours des cinq dernières années, non seulement le nombre d'étudiants étrangers a doublé, mais plus d'étudiants d'ici ont participé à un programme d'échanges (encore qu'il y ait place à l'amélioration!), un nombre significatif de chercheurs ont noué des liens avec des collègues d'ailleurs et, sur le plan institutionnel, l'Université a conclu plusieurs ententes avec des établissements étrangers. Signalons tout spécialement les relations avec les universités de Chine et de la Californie et rappelons qu'outre les ententes avec des pays du Nord l'Université de Montréal a pris des engagements envers le Burkina Faso et Haïti de manière plus particulière.

C'est au recteur Vinet qu'on doit la mise sur pied du Forum international des universités publiques. Il s'agit d'un réseau de 22 universités qui fait la promotion des valeurs des universités publiques, qui table sur la diversité et qui favorise de façon novatrice les interactions entre ses membres.

Luc Vinet s'est aussi appliqué à faire des représentations pour que la recherche et l'innovation aient une place significative dans l'entente économique globale que négocient présentement le Canada et l'Europe.

Au terme d'une si forte implication, il serait étonnant que M. Vinet cesse de contribuer, d'une manière ou d'une autre, au développement de l'UdeM et à celui du système universitaire québécois et canadien.

Paule des Rivières

 

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