Paul à l'université

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Michel Rabagliati et son alter égo, PaulAvec son sixième album, Paul à Québec, qui sera tiré à 20 000 exemplaires ce printemps, Michel Rabagliati devient l'auteur de bandes dessinées québécois le plus populaire de l'histoire. Il faut remonter aux aventures de Red Ketchup, de Pierre Fournier et Réal Godbout, il y a 20 ans, pour trouver un album comparable... à la moitié du tirage. «Je suis le premier étonné», dit l'invité de la Francofête de l'Université de Montréal durant l'entrevue qu'il accorde à Forum dans le sous-sol de sa maison du quartier Ahuntsic, où se trouvent sa table à dessin, son ordinateur et son piano électrique.

C'est ici que, pour se distraire entre ses contrats de graphiste à la pige, l'autodidacte conçoit en 1998 quelques planches autour des hauts et des bas d'un personnage sans prétention, à l'humour fin, enclin à la nostalgie de sa jeunesse mais bien ancré dans le présent: Paul. Il s'agit du récit d'une balade en voiture d'une petite famille au Festival des couleurs. L'excursion est l'occasion d'une résurgence de souvenirs pour le protagoniste, un trentenaire montréalais qui vit avec sa copine et leur fille. Pas d'explosions, pas de superhéros ni de course aux trafiquants de cocaïne. Paul ne fait que relater son enfance.

Destiné à l'origine à quelques amis et à la famille, ce recueil photocopié et relié à la spirale parvient dans les mains des jeunes fondateurs de la maison d'édition La Pastèque, qui saisissent l'occasion de le publier. Paul à la campagne, lancé en 1999, est un succès critique et populaire international: désigné album québécois de l'année au Bédélys Québec en 2000, il vaut à son auteur d'être nommé meilleur espoir québécois au Festival de la BD francophone de Québec la même année et nouvel espoir («Best New Talent») en 2001 aux Harvey Awards aux États-Unis. Le bédéiste reçoit également une mention spéciale du Prix des libraires du Québec en 2007. L'album a été traduit en cinq langues et a connu huit rééditions en français.

Succès confirmé

Les albums suivants confirment la popularité de l'antihéros: Paul a un travail d'été (2002), Paul en appartement (2004), Paul dans le métro (2005) et Paul à la pêche (2006). Chaque fois, le lecteur suit des histoires de tous les jours mettant en scène ce personnage issu de la génération X aux prises avec des préoccupations contemporaines: son rôle de père, la pollution, la famille, les relations interpersonnelles, le travail. L'auteur, qui dévore les BD depuis son enfance, apprécie les albums volumineux. Il en donnera à ses lecteurs pour leur argent: Paul a un travail d'été fait 150 pages, Paul à la pêche 200.

Les lecteurs de Calgary comme ceux de Lyon ou de San Diego semblent s'identifier sans problème au protagoniste. Simple sans être niais, naïf mais lucide, Paul s'inquiète et s'emballe pour un oui ou pour un non. Tout le portrait de son alter égo. «Ce que je raconte est directement tiré de ma propre expérience», mentionne sans ambages Michel Rabagliati, dont le personnage a servi à illustrer la campagne Ma santé au sommet, lancée l'an dernier sur le campus pour encourager les bonnes habitudes de vie. «Je suis né et j'ai grandi à Montréal. Je ne suis pas un vrai gars au sens traditionnel du terme. Je m'intéresse aux arts et à la musique plutôt qu'aux sports. Je ne connais rien de la chasse et de la pêche. J'aime la compagnie des femmes et je chante dans une chorale. Tout cela parait dans mes livres.»

Le travail derrière un seul de ces ouvrages est colossal. Chaque page nécessite environ huit heures de labeur: quatre heures de croquis et autant pour la mise en images. «Je ne crois pas pouvoir produire plus d'une centaine de pages par année», confie-t-il.

Même si le succès de cette série lui procure un revenu régulier, quand le CEPSUM l'a approché pour «embaucher» Paul, il a tout de suite réalisé le potentiel publicitaire d'une telle visibilité. Mais il a cru bon d'avertir les responsables que Paul n'était pas un citoyen modèle. «Paul a fumé et ne se nourrit pas toujours convenablement. On m'a répondu que, justement, on ne voulait pas d'un porte-parole parfait. On cherchait un personnage dans lequel les jeunes pourraient se reconnaitre.»

Langue et BD

Dans la série des Paul, la narration contient un vocabulaire riche et précis, mais les dialogues sont tirés de la langue vernaculaire. Le joual n'est pas loin. Par exemple, dans Paul à la campagne, on apprend que les hommes qui sont obnubilés par leur libido sont atteints de satyriasis. Quelques pages plus loin, on lit dans le phylactère: «Un spécial no mustard one coke one crush.» C'est la commande de Paul au Roi du smoked meat.

Pour le bédéiste, la langue est un outil de communication coloré et il ne faut pas l'utiliser sans ses ancrages culturels. Mais on sent que l'anglicisation de Montréal le titille puisque son personnage est souvent en présence d'anglophones refusant de s'exprimer en français ou faisant mine de ne pas le comprendre. C'est le côté politiquement engagé de Paul.

Se qualifiant lui-même de «décrocheur» (en réalité, il a obtenu un diplôme d'une école privée de graphisme, le Collège Salette, après avoir quitté le secondaire sans DES), il ne fréquente pas souvent les universités. L'invitation du Centre de communication écrite l'a flatté, et il sera heureux de rencontrer ses lecteurs à l'occasion d'une causerie qui se déroulera le 17 mars. Il parlera de la genèse de sa série, de ses sources d'inspiration et de sa manière d'aborder le dessin et le texte.

Peut-être y trouvera-t-il le ferment des premières planches d'un Paul à l'université...

À suivre.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Mardi 17 mars, de 11 h 45 à 12 h 45, 3200, rue Jean-Brillant, salle B-2215

 



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