Lili-Anna Peresa reçoit un doctorat honorifique de l'UdeM

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Lili-Anna PeresaLili-Anna Peresa travaillait comme ingénieure chez Bell Canada lorsque, le 6 décembre 1989, 14 femmes mouraient sous les balles de Marc Lépine à l'École polytechnique. Diplômée en 1987, elle avait côtoyé plusieurs des victimes au cours d'activités humanitaires parascolaires qu'elle animait bénévolement. Sa vie a basculé. «J'ai décidé de réorienter ma carrière afin de réaliser mes rêves. Je l'ai fait à la mémoire des victimes de la tragédie qui ne réaliseraient jamais les leurs», raconte-t-elle à Forum depuis le siège social de la Fondation One Drop, à Montréal, qu'elle dirige depuis six mois.

Comme les filles de Polytechnique, elle se dirigeait vers un secteur non traditionnel, mais sans renoncer à porter secours aux plus démunis de la planète. La tuerie l'a convaincue de prendre le virage immédiatement. «On n'a qu'une vie à vivre», lance l'ancienne directrice d'UNICEF Québec qui a aussi travaillé à Oxfam-Québec et Amnistie internationale.

La réorientation de carrière de Mme Peresa l'a conduite de nouveau sur les bancs d'école. Elle a fait un certificat en management à l'Université McGill, puis une maitrise en science politique, option «coopération internationale et action humanitaire», à la Sorbonne, à Paris. Son mémoire, qui traite de la gouvernance dans les organisations internationales et gouvernementales, a obtenu la mention «Très bien», réservée aux meilleurs finissants.

Depuis, son parcours est marqué par la cause des femmes. C'est en raison de cet engagement que l'Université de Montréal lui a décerné un doctorat honoris causa, 20 ans après les tragiques évènements. Le doctorat a été décerné à la suite d'une recommandation des conseils académique et d'administration de l'École polytechnique. La remise du parchemin a eu lieu au cours d'une cérémonie à la basilique Notre-Dame, là même où ont été célébrées les funérailles collectives des victimes en 1989. «Cet honneur me fait très plaisir, dit la femme de 45 ans, mère de deux enfants. Cela m'encourage à poursuivre mon travail dans cette voie.»

L'ingénieure étudiante

Durant son enfance, à Laval, la misère que vivaient les enfants des pays du tiers-monde faisait partie des discussions au cours des repas familiaux. «Mes parents m'ont sensibilisée très jeune à l'importance de venir en aide à son prochain», confie Lili-Anna Peresa.

Quand surviennent les massacres dans l'ex-Yougoslavie, elle est sur place pour distribuer des denrées et du matériel scolaire et mettre en place une clinique médicale pour les femmes violées et leurs enfants. Avant d'accéder à la direction d'UNICEF Québec, en aout 2007, elle participe à plusieurs missions humanitaires en Afrique, notamment au Burkina Faso. À la demande de CARE Autriche, elle se rend en Croatie et en Bosnie-Herzégovine pour mettre sur pied une clinique gynécologique et pédiatrique ambulatoire. Grâce à son père d'origine croate, elle parle la langue locale, ce qui lui confère une crédibilité indiscutable dans la communauté.

À son retour, Lili-Anna Peresa dirigera successivement Les Petits Frères des pauvres du Québec et le Y des femmes à Montréal. Puis elle est nommée à la tête d'Amnesty International, en France.

La Fondation One Drop, qui a beaucoup fait parler d'elle au moment du voyage dans l'espace de son fondateur et président, Guy Laliberté, a pour mission de favoriser l'accès à l'eau potable dans toutes les régions du monde. Mme Peresa estime que ce voyage a très bien servi les objectifs de la Fondation. L'investissement personnel du père du Cirque du Soleil a produit des retombées de plus de 600 M$ en couverture médiatique pour l'organisme. On considère que plus de 800 millions de personnes dans le monde ont entendu parler de la Fondation qui cherchait, justement, à se faire connaitre.

Encore une fois, la directrice a la conviction de servir la cause des femmes. «Dans les villages que j'ai visités, en Afrique et ailleurs, on voit beaucoup les femmes et les fillettes se rendre aux puits. Pendant qu'elles transportent l'eau pour leur famille, elles ne peuvent pas se consacrer à l'éducation», fait-elle remarquer. Un système d'eau courante les libèrerait et c'est le genre de projets que la Fondation peut aider à mettre en route.

Même si elle ne pratique plus le génie depuis plusieurs années, sa formation d'ingénieure lui sert quand elle doit étudier des projets d'aqueduc ou de canalisation en Afrique. Et elle porte son alliance de l'Ordre des ingénieurs, en hommage à toutes celles qui exercent ce métier.

Selon elle, le drame qui a changé sa vie a eu des effets positifs sur les mentalités. Le Québec a été très profondément marqué par la question de la violence faite aux femmes. «On trouve ici des professionnels très sensibles à cette question, les travailleurs sociaux, les policiers par exemple. Plus que presque partout ailleurs dans le monde», croit-elle.

Même si certaines personnes trouvent que les commémorations du 6 décembre réveillent d'anciennes blessures, Lili-Anna Peresa les juge nécessaires. «Nous avons tous un devoir de mémoire, indique-t-elle. C'est comme pour les campagnes contre le tabagisme. Il faut répéter et répéter certains messages.»

D.N. et M.-R.S.

 

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