Le rôle du journaliste dans la mise en scène de l'humanitaire

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M. Bélanger, Mme Langlois et M. Bouchard (Photo: Marie Bolduc)Lorsque le correspondant à l'étranger Jean-François Bélanger a atterri au Niger en 2005 afin de couvrir pour Radio-Canada la crise alimentaire qui sévissait, il a rapidement été assailli par des représentants d'une douzaine d'ONG l'invitant à braquer son micro, et surtout sa caméra, sur leurs gestes et leurs gens. Il a eu l'impression – désagréable – qu'on lui présentait un catalogue.

«Les ONG et les journalistes partagent beaucoup d'objectifs, mais ils ont aussi des intérêts divergents. La relation peut être inconfortable», a résumé M. Bélanger. Il participait le 9 novembre à un débat sur les ONG et les journalistes tenu à l'Université de Montréal à l'occasion de la Semaine des correspondants, organisée par le Centre d'études et de recherches internationales de l'UdeM et Radio-Canada. Outre M. Bélanger, le caméraman André Perron et les journalistes Luc Chartrand, Jean-Michel Leprince et Sophie Langlois ont pris part au débat qui a réuni près de 150 personnes, essentiellement des étudiants. Le directeur de la maitrise en études internationales, Carl Bouchard, animait la discussion.

«Les ONG sont en concurrence les unes avec les autres pour la bourse de l'amour. Elles doivent convaincre les Canadiens de donner de l'argent et elles ont tout intérêt à montrer ce qu'elles font», a fait remarquer Sophie Langlois, pour qui il ne fait aucun doute que «les ONG ont beaucoup plus besoin de nous que nous d'elles».

Cela dit, il arrive que sur des lieux de crise des ONG soient les seules en mesure d'héberger des correspondants. Il arrive aussi qu'elles soient indispensables pour guider les journalistes fraichement débarqués vers des pistes intéressantes ou pour faciliter des rencontres. Souvent, les ONG donneront accès aux images spectaculaires qui toucheront les téléspectateurs et satisferont les patrons de presse qui ont payé cher les déplacements de leurs équipes.

«Ma première expérience de couverture d'une famine a eu lieu en Éthiopie en 1991, a raconté André Perron. Nous étions avec une ONG et environ 50 cameramans. Les journalistes ont été emmenés dans un camp afin d'y filmer un enfant qu'on nourrissait mais qui a ensuite vomi. Le responsable de l'ONG m'a dit, parce que je n'étais pas sur les lieux à ce moment, qu'il était possible de reprendre la scène avec un autre enfant, qui vomirait vraisemblablement aussi.» Cette mise en scène de l'information a quelque peu refroidi M. Perron.

Le caméraman a aussi collaboré au reportage de Radio-Canada sur l'exploitation de travailleurs par des sous-traitants à la Croix-Rouge, travailleurs embauchés pour reconstruire des villages ravagés par le tsunami de 2004 dans la province d'Aceh, en Indonésie.

La Croix-Rouge n'a jamais reconnu son erreur officiellement. Mais selon Luc Chartrand elle l'a implicitement fait, car ultérieurement, notamment en Haïti, elle a renoncé à la sous-traitance pour la construction de maisons.

À Port-au-Prince, au lendemain du séisme de janvier 2010, M. Chartrand a entre autres fait un reportage intitulé Haïti, la république des ONG? Car il y en avait 10 000 à un certain moment dans le pays.

«Les ONG avaient des moyens que personne d'autre ne possédait. Ainsi, le personnel médical des hôpitaux a rapidement migré vers les installations de Médecins sans frontières, provoquant une nouvelle dissolution des structures», a-t-il témoigné.

«Dans l'ensemble, les gens des ONG étaient bien conscients de leur influence et ils avaient amorcé une réflexion. Mais souvent il n'y avait pas d'autre scénario que le capharnaüm.»

Chaque correspondant a relaté son expérience. M. Chartrand, de plus en plus présent au Moyen-Orient, a abordé la question des ONG très militantes, qui s'occupent des droits de la personne dans les territoires occupés et dont une partie du travail prend la forme de dénonciations politiques. «À Ramallah, l'industrie numéro un, ce sont les ONG.»

Pour sa part, Jean-Michel Leprince, qui couvre l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, a eu moins de contacts que les autres avec les ONG. Toutefois, dans le cas de reportages sur des compagnies minières, «je les traite comme une source d'information extraordinaire tout en gardant mes distances».

Paule des Rivières

 

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