L'aide au développement prend de plus en plus l'allure d'une aide d'urgence. Une catastrophe survient, très médiatisée, et les cordons de la bourse se délient devant les caméras. Mais est-ce bien la meilleure manière d'aider?
Plus globalement, l'aide telle qu'elle a été imaginée à l'aube des mouvements africains d'indépendance, il y a 50 ans, est-elle efficace? Est-elle légitime?
«L'aide au développement a été conçue sur le modèle du développement occidental. Or, ce modèle ne résiste plus à la réalité», souligne Bruno Ronfard, responsable du certificat en coopération internationale de la Faculté de l'éducation permanente (FEP) à l'Université de Montréal, l'un des organisateurs du colloque «Coopération, partenariat, développement: efficacité et légitimité de l'aide?», avec Dominic Caouette, professeur au Département de science politique, et Olga Navarro-Flores, de l'UQAM.
Cette réflexion a cours actuellement un peu partout dans le monde, poursuit M. Ronfard qui, avec d'autres, a voulu réunir des universitaires et des étudiants, mais aussi des porte-paroles d'organisations non gouvernementales pour discuter de la question.
Parmi les intervenants au colloque, mentionnons Bonnie Campbell, titulaire de la Chaire C.A. Poissant sur la gouvernance et l'aide au développement, de l'UQAM, qui parlera des modèles politiques sous-jacents à la lutte contre la pauvreté.
Et c'est bien là l'une des lignes directrices du colloque, à savoir que l'efficacité de l'aide ne repose pas sur des améliorations techniques mais sur des décisions politiques. À cet égard, a indiqué M. Ronfard quelques jours avant la rencontre, la décision du Canada d'exclure l'avortement de son initiative d'appui à la santé maternelle à l'étranger est éloquente. Elle illustre combien l'autonomie des pays aidés est fragile.
Une autre facette de l'aide internationale concerne la sélection des pays soutenus. Le Canada fait partie des nations qui ont, ces dernières années, revu leur liste en fonction d'impératifs géopolitiques. Par exemple, le Pakistan et la Colombie, qui ne comptent pas parmi les plus pauvres, sont désormais inclus dans la stratégie d'aide canadienne.
Les participants entendront aussi le témoignage de François Audet, chargé de cours à la FEP. Il a travaillé pendant deux ans avec la Croix-Rouge en Tanzanie à la gestion des sommes restantes parmi les fonds recueillis après le tsunami qui a frappé l'Asie du Sud-Est le 26 décembre 2004. Les côtes de la Tanzanie ayant été touchées, la Croix-Rouge a dirigé l'argent vers ce pays. Près de 14 G$ ont été récoltés pour la reconstruction des régions dévastées par le tsunami. Mais seulement 10 ont été nécessaires dans les zones de l'Asie les plus atteintes. La question de l'aide en situation d'urgence se pose une nouvelle fois, puisqu'il faut aujourd'hui gérer les fonds amassés au lendemain du séisme en Haïti.
P.d.R.
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