Chaque matin, le chercheur Pierre Noreau ressent, en se levant, l'excitation de la découverte à venir. Mais cette semaine, cette émotion sera à son paroxysme avec la présence sous un même toit de milliers de chercheurs! Le professeur de droit préside l'Association francophone pour le savoir (Acfas).
«Toute personne qui se consacre à la recherche a hâte de voir aboutir ses travaux, et le jour de la présentation publique revêt un caractère particulier, explique-t-il. Durant le congrès de l'Acfas, le plus grand évènement francophone du genre au monde, on sent cette fébrilité.»
Professeur au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal depuis 1998, Pierre Noreau a été élu à la présidence de l'Association en 2008. En vertu d'un changement dans les statuts de l'organisme, le président peut occuper ce poste plus d'une année, et M. Noreau est le premier à se prévaloir de cette possibilité. Cette prolongation fait en sorte que le président peut mieux structurer le discours de l'organisme. «Nous trouvions que personne ne parlait suffisamment fort au nom du milieu scientifique. C'est à l'Acfas d'occuper ce terrain, mais, si on limite le mandat du président à une seule année, c'est difficile à réaliser.»
Depuis deux ans, l'Acfas a été plus active sur la scène publique: conférences midi thématiques, symposium Science et société, lettres ouvertes dans les journaux, colloques divers, ateliers sur la communication scientifique, concours ArtScience sur l'image scientifique, présence accrue dans les médias. «Nous avons voulu occuper plus efficacement la sphère publique, a-t-il dit à Forum quelques jours avant l'ouverture du congrès. Si l'Acfas ne parle pas au nom des chercheurs, qui le fera?»
À une époque où le gouvernement fédéral favorise plus que jamais le partenariat privé pour financer la recherche, et alors que le Québec semble reculer sur ce terrain, une association capable de défendre le milieu scientifique a certainement sa raison d'être. «Quand on sabre dans les fonds de recherche, personne ne sort sa pancarte pour manifester dans la rue. Pourtant, ces compressions sont un mauvais calcul. On le voit de plus en plus avec l'évolution de l'économie, le savoir est la richesse des nations», lance le juriste.
Anglais : langue menacée
Pourquoi une association «francophone» quand on sait que la plupart des chercheurs publient surtout en anglais? «Il est important de réfléchir dans la langue qu'on maitrise le mieux, soit le plus souvent la langue maternelle», répond Pierre Noreau. Quitte à traduire ensuite son texte en anglais si on désire lui donner une portée internationale.
«Quand je lis des articles scientifiques rédigés en anglais par des gens qui ne maitrisent pas très bien cette langue, je me dis que l'anglais de qualité est une langue menacée», affirme le président de l'Acfas.
Cela dit, la francophonie constitue un réseau plus étendu qu'on le croit. Lui-même directeur depuis 2009 du Bureau des Amériques de l'Agence universitaire de la Francophonie, il se déplace régulièrement en Amérique du Sud et ses interlocuteurs sont francophones. «J'étais au Brésil la semaine dernière et toutes nos rencontres avec nos partenaires se sont déroulées en français. Notre réseau compte 14 universités membres seulement dans ce pays. Je pourrais dire la même chose de la Colombie, de l'Argentine, du Venezuela et du Pérou.»
Portes ouvertes
Parmi les innovations au congrès de cette année, les organisateurs ont décidé d'ouvrir au public les portes des 1200 communications libres, soit les présentations qui ne font l'objet d'aucun colloque. «Il est important pour nous de montrer que la science est proche de la réalité des gens, signale-t-il. C'est pourquoi il nous a semblé intéressant de permettre au public d'assister gratuitement à un certain nombre de conférences. C'est une nouvelle idée; nous verrons comment elle évoluera.»
La grande originalité de ce rendez-vous, c'est l'interdisciplinarité. C'est également l'une des forces de la recherche au Canada, et particulièrement au Canada français. «Il y a des rencontres thématiques qui réunissent plus de participants, sur le sida ou le cancer par exemple. Mais, à l'Acfas, on parle de santé autant que de sciences humaines ou de sciences naturelles et de génie.»
La présence des écoles affiliées de l'UdeM fait que de nombreuses recherches en génie et en études commerciales auront leur place cette année au congrès.
Au total, plus de 170 colloques ont été mis sur pied par des professeurs et des étudiants de l'Université.
Par ailleurs, le congrès de 2010 accueille un nombre record de participants étrangers: plus de 400 chercheurs viennent de l'extérieur du Québec. «C'est une excellente nouvelle, car ces relations peuvent être très productives. La coopération scientifique, ça se fait entre personnes qui se connaissent.»
Mathieu-Robert Sauvé
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