| ÉTUDES LITTÉRAIRES - Le pouvoir des mots pour soigner les maux |
| 19 février 2008 | |||||||||
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D’innombrables récits en témoignent, l’écriture apaise, délivre et permet de réduire sensiblement le stress lié à des situations difficiles ou à des évènements traumatisants. Mais dans quelle mesure ? Et comment ? Passionnée par les héros de la littérature, Michèle Salesse s’est toujours intéressée aux liens entre la vie des gens de lettres et leurs productions littéraires. Dans son doctorat interdisciplinaire en psychologie et en littérature qu’elle effectue à l’Université de Montréal sous la direction de Catherine Mavrikakis (littératures de langue française) et du Dr Jean-François Saucier (psychiatrie), elle a l’intention de mesurer l’influence de la création littéraire sur les symptômes physiques et psychologiques d’adolescents atteints de troubles alimentaires comme l’anorexie et la boulimie, de la maladie de Crohn (une affection du système digestif) et du diabète, « ce qui ne s’est jamais fait auparavant », note-t-elle. Jusqu’ici, la majorité des études se sont attachées à démontrer l’efficacité de l’écriture expressive par rapport à l’écriture neutre (le récit d’une journée rapportée objectivement par exemple). Dans l’écriture expressive, le sujet raconte à la première personne ce qui lui est arrivé par l’entremise d’un journal ou d’une lettre. Son texte se caractérise par la présence d’opinions et d’émotions. La majorité des recherches ont prouvé que l’écriture expressive diminuait de façon significative la symptomatologie psychophysiologique alors que l’écriture neutre restait sans effet. Selon l’hypothèse de Michèle Salesse, l’écriture littéraire soulagerait encore plus que l’écriture expressive. Bref, la doctorante a décidé de parier sur l’imagination, la transposition symbolique, les jeux de langage et autres exercices de style pour faire disparaitre ou pour réduire certains symptômes et aider l’adolescent à affronter sa maladie. Car ces jeunes victimes d’affections chroniques ont à vivre avec certaines limites (sur le plan de leurs activités physiques et sociales) ; ils sont parfois marginalisés et sujets à des niveaux d’anxiété et de dépression qui dépassent la norme observée dans le reste de la population. En outre, plusieurs souffrent d’alexithymie, un syndrome qui se définit par une incapacité à exprimer ses sentiments et une difficulté à discriminer ses différents états émotionnels – et qui peut avoir un effet sur l’expression affective des écrits (d’où la nécessité d’en tenir compte dans un projet comme celui-ci). Pour la durée de ses travaux, Mme Salesse a établi son quartier général au CHU Sainte-Justine, où elle peut compter, en plus du soutien du psychiatre Jean-François Saucier, sur la collaboration d’une demi-douzaine de médecins spécialistes participant au projet, qui se chargeront de remettre à leurs jeunes patients un dépliant explicatif sur la recherche de l’étudiante. Cent garçons et filles âgés de 12 à 17 ans seront ainsi recrutés parmi les patients qui reçoivent un traitement spécialisé. Une fois les formulaires de consentement remplis, la moitié s’adonnera à l’écriture expressive et l’autre moitié se consacrera à la création littéraire. L’expérience, qui durera huit semaines, se fera uniquement en français. Les sujets rédigeront un texte hebdomadaire pendant ces huit semaines. Ils auront à passer des tests à trois moments différents durant les quatre mois où ils seront en observation. Ces tests permettront de mesurer l’évolution de leurs symptômes tant physiques que psychologiques et l’évolution de leur écriture. Les patients pourront rédiger leurs textes sur place ou les envoyer par courriel, selon qu’ils sont hospitalisés ou traités en consultation externe. -30-
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