| Le régime alimentaire des autochtones ne s’améliore pas |
| 25 mars 2008 | |
Une étude en nutrition auprès des autochtones confirme les effets néfastes des «calories vides»![]() Les enfants qui mangent des frites ou des croustilles plusieurs fois par semaine risquent d’avoir des ennuis de santé plus tard. Ce sont les frites et les croustilles qui rendent les jeunes de la communauté mohawk de Kahnawake obèses. «Ils en mangent plus et plus souvent que les enfants qui ne présentent pas de surplus de poids», résume Olivier Receveur, professeur au Département de nutrition et auteur d’une étude publiée en février dans le Journal of the American Dietetic Association, cosignée par son étudiant au doctorat Karimou Morou et par deux collègues de l’Université McGill, Katherine Gray-Donald et Ann Macaulay. Au terme d’une série d’entrevues individuelles menées entre 1994 et 2002 auprès de 444 enfants de 8 à 12 ans de la réserve, les chercheurs ont répertorié les 20 aliments les plus fréquemment consommés dans la communauté. Parmi ces aliments, plusieurs sont reconnus pour leurs qualités nutritives (le lait, les jus de fruits, les pommes) mais d’autres (les frites, les hotdogs, les croustilles et les boissons sucrées) sont depuis longtemps la cible des intervenants en santé publique. Ceux-ci voudraient bien les bannir de l’alimentation de tous les jours. Or, il s’est avéré que la différence la plus significative dans le régime alimentaire des jeunes de la nation mohawk qui ont un excès de poids se situe non pas dans la variété des aliments consommés mais dans la quantité de mauvais gras ingérée. Et les coupables ont été désignés. «Les enfants obèses mangent des frites et des croustilles de trois à quatre fois par semaine, contre une ou deux fois chez les enfants ayant un poids normal», signale le chercheur. Quand une personne consomme des aliments à forte densité énergétique, elle absorbe d’importantes quantités de calories sans se sentir rassasiée. Les croustilles, par exemple, renferment environ six kilocalories par gramme, les frites trois et les fruits environ un. On a remarqué que les jeunes obèses mangent également de plus grosses quantités de ces aliments riches en gras. Ils vont ainsi choisir des portions de 132 grammes de frites, de préférence aux portions de 80 grammes. Comme ils sont peu actifs, ces calories s’accumulent dans leurs chairs, ce qui augmente leurs risques de souffrir d’obésité. La dose fait le poison Pour Olivier Receveur, les observations faites auprès de la communauté confirment un vieux principe de toxicologie voulant que ce soit la dose qui fasse le poison. «Manger le contenu d’un sac de croustilles ou une portion de frites par semaine ne pose aucun problème, mais manifestement les jeunes obèses ne se limitent pas à cela.» ![]() Olivier Receveur et Karimou Morou constatent que les programmes de prévention auprès des autochtones en matière d’alimentation n’ont pas donné les résultats escomptés. Voilà qui est préoccupant, car les communautés autochtones sont deux fois plus affectées que le reste de la population québécoise par l’obésité et l’excès de poids, rappelle M. Receveur. Environ 40 % des jeunes âgés de 8 à 12 ans se-raient aux prises avec une surcharge pondérale (surplus de poids ou obésité) contre 20 % dans l’ensemble de la population. Comme cette condition pourrait mener à une épidémie de diabète, un programme de prévention a été mis sur pied: le Kahnawake Schools Diabetes Prevention Project. Traditionnellement, le régime alimentaire des Mohawks était constitué de maïs, de haricots et de courges ainsi que des produits de la pêche, de la chasse et de la cueillette. Le mode de vie sédentaire adopté par les 7000 résidants de la communauté de Kahnawake s’est accompagné d’une alimentation plus riche en gras. Résultat: environ 12 % des adultes de 45 à 64 ans de la réserve sont atteints de diabète de type 2, un taux deux fois supérieur à celui qu’on trouve dans la population québécoise. «Nous constatons que 10 ans d’intervention dans la communauté de Kahnawake n’ont pas donné les résultats souhaités en matière de prévention de la mauvaise alimentation chez les enfants, explique l’universitaire. Notre étude pourrait permettre d’intervenir plus efficacement en ciblant mieux les aliments indésirables.» Les questionnaires remplis à différentes époques par les enfants de la nation ont permis de constater qu’il n’y a pas eu d’amélioration dans leur régime alimentaire au fil des ans. Au contraire, une certaine détérioration a été notée. Les jeunes ont été nombreux, par exemple, à troquer les berlingots de jus de fruits contre des boissons «à saveur de fruits», moins couteuses mais beaucoup moins recommandables sur le plan nutritif. «Les boissons à saveur de fruits sont vendues dans des contenants identiques aux jus de fruits et à une fraction du prix, mais ce ne sont pas des jus. Il s’agit d’eau sucrée avec du colorant alimentaire», rappelle-t-il. Nouvelle méthode C’est la nouvelle méthode d’analyse élaborée par Karimou Morou dans le cadre de sa thèse (qui sera déposée en mai prochain) qui a rendu possible la mesure des différences dans la consommation des divers aliments. Cette approche pourrait servir dans d’autres études épidémiologiques, par exemple sur les populations qui souffrent de hauts taux d’hypertension. M. Morou, originaire du Bénin, étudie à l’Université de Montréal depuis 2004. Avant d’entreprendre son doctorat sous la direction de M. Receveur, il a fait une maitrise avec Hélène Delisle. Financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, cette recherche a été présentée à la communauté de Kahnawake et aux intervenants engagés dans le Kahnawake Schools Diabetes Prevention Project. En plus des communications orales faites au comité consultatif, elle a conduit à la publication d’articles dans le journal de la communauté. Sur le site Web du programme de prévention, on trouve plusieurs recettes santé visant à amener les familles à modifier leurs habitudes alimentaires. Mathieu-Robert Sauvé |