| Capsule science |
| 10 septembre 2007 | |
Gaz d’échappement: l’éthanol est-il la solution?![]() Ouverte en février dernier, une usine d’éthanol située à Varennes, sur la rive sud de Montréal, prévoit produire annuellement 120 millions de litres de biocarburant destinés aux automobiles. Environ 10 % de la production québécoise de maïs sera ainsi transformé en carburant «vert». Est-ce une bonne nouvelle? «Oui, l’éthanol est une solution intéressante aux problèmes soulevés par le réchauffement climatique», répond Patsy Kearney, qui vient de déposer un mémoire sur ce sujet au Département de santé environnementale et santé au travail. Le grand avantage de l’éthanol utilisé comme carburant dans le moteur à essence réside dans la réduction des émissions de monoxyde de carbone (CO) provoquées par la combustion. Selon une étude menée par Santé Canada en 2003, l’ajout de 1 partie d’éthanol à 10 de pétrole diminuerait de 19,7 % le CO présent dans l’air. On noterait aussi une baisse d’autres polluants atmosphériques et une hausse de l’indice d’octane, ce qui accroitrait l’efficacité du moteur. Il y a toutefois des désavantages à cette solution. Selon l’étude de 2003, la combustion d’éthanol dans l’essence ferait grimper de 5 % les émanations de formaldéhyde, un gaz cancérogène pour l’être humain. Les concentrations d’acétaldéhyde et de nitrate de peroxyacétyle, des gaz irritants pour les voies respiratoires, pourraient également augmenter. De plus, il n’est pas formellement établi que le cout énergétique de la fabrication d’éthanol à partir du grain de maïs est avantageux. Pour produire du maïs, il faut désherber et fertiliser d’immenses terres, ce qui rime très souvent avec pollution agricole et déboisement. «Les recherches sur le cout énergétique de cette production sont encore insuffisantes», mentionne la diplômée, qui travaille à Santé Canada dans un domaine connexe à son sujet d’étude. Actuellement, le Canada produit 358 millions de litres d’éthanol, comparativement à 20 milliards de litres pour les États-Unis et encore plus dans d’autres pays. Avec l’usine de Varennes, le Québec se hisse parmi les producteurs majeurs du pays. Mais, en ce qui concerne la consommation, il ne joue pas un rôle important. Une seule compagnie pétrolière, Sunoco, propose de l’éthanol à ses clients. «Les choses pourraient toutefois changer rapidement», signale Patsy Kearney. Mme Kearney estime que les véritables bienfaits des combustibles d’origine végétale ne pourront se faire sentir que si l’État entre en scène. «Au Brésil, plus de 85 % des combustibles destinés aux véhicules automobiles sont des biocarburants, fait-elle valoir. Tant qu’on s’en tiendra à des concentrations de 10 ou 15 %, les effets sur la pollution atmosphérique seront limités.» Dans un article qu’elle a fait paraitre l’été dernier dans la revue des cycles supérieurs Dire (volume 16, numéro 4), la spécialiste invoque «la nécessité de poursuivre la recherche et le développement des méthodes de production de l’éthanol». En entrevue, elle précise que les usines actuelles se cantonnent au grain du maïs dans le processus de fermentation, alors que tout le plan pourrait être employé. «On parle en outre, de plus en plus, de recycler les résidus provenant de l’industrie des pâtes et papiers. Il y a dans la matière ligneuse résiduelle assez de matière première pour produire de l’éthanol.» Il a été démontré, par ailleurs, que la vétusté des véhicules pouvait nuire à la qualité de l’air quand on recourait à l’éthanol. Or, le fait que le Canada compte moins de véhicules âgés en comparaison de pays au climat moins rigoureux pourrait jouer en sa faveur. Alors, quel choix écologique s’impose? Si Patsy Kearney devait choisir entre une voiture électrique et une voiture roulant totalement à l’éthanol, elle opterait sans hésiter pour… la voiture hybride. «Je roulerais à faible vitesse grâce à l’électricité et à grande vitesse grâce au biocarburant», dit-elle en riant. Mathieu-Robert Sauvé |