| Le réchauffement climatique va accélérer l’érosion des rivières |
| 01 décembre 2008 | |
Les prévisions sont pessimistes pour le lac Saint-Pierre![]() Le réchauffement climatique aura un double effet sur le lac Saint-Pierre : abaissement du niveau d’eau dans le Saint-Laurent et sédimentation accrue dans le lac. (Photo: Landsat) En plus de voir son niveau baisser par suite du réchauffement climatique, le fleuve Saint-Laurent sera touché par un apport accru de sédiments, ce qui risque d’ensabler le lac Saint-Pierre, déjà en état de suffocation, ainsi que la voie maritime. C’est ce que prévoit une modélisation des effets du réchauffement planétaire sur quatre grands affluents du Saint-Laurent, soit les rivières Richelieu, Saint-François, Saint-Maurice et Batiscan. L’élaboration du modèle, sa validation et son application à ces cours d’eau sont au cœur des travaux de doctorat de Patrick Verhaar, sous la direction de Pascale Biron, professeure associée au Département de géographie. Il peut paraitre paradoxal d’envisager un abaissement du niveau du fleuve alors que les scénarios du réchauffement de la planète prévoient une élévation de celui des océans. Dans le cas des mers, l’augmentation des températures va entrainer un gonflement du volume d’eau, tandis que, dans le cas du Saint-Laurent, le réchauffement va accroitre l’évaporation des eaux des Grands Lacs, qui sont sa principale source. ![]() Patrick Verhaar est un des premiers à analyser les répercussions du niveau de l’eau sur les affluents du fleuve. Jusqu’ici, aucune étude n’avait cherché à évaluer les répercussions de cette diminution du niveau de l’eau sur les affluents du fleuve. C’est ce que vient de réaliser Patrick Verhaar en prenant en considération pas moins de trois modèles climatiques, deux prévisions d’accroissement du CO2, deux modes d’abaissement du niveau des eaux ainsi que la topographie particulière de chacune des rivières. Son modèle permet de faire des prévisions sur une période de 100 ans. Érosion Le chercheur a retenu deux hypothèses quant à la baisse du niveau du Saint-Laurent: soit 1 cm par année entre 2010 et 2100, soit une chute brusque de 50 cm autour de 2040. Cette décrue ne se ferait sentir qu’entre Montréal et la décharge du lac Saint-Pierre puisqu’en amont de Montréal le niveau est contrôlé par les barrages et qu’en aval du lac le fleuve subira l’effet de la montée des océans. Selon la modélisation, le réchauffement climatique influerait peu sur le débit des affluents, sauf sur celui de la rivière Richelieu, qui serait plus fort au printemps. Toutefois, l’érosion des berges à l’embouchure des rivières serait sensiblement augmentée à la suite d’une accélération du courant. Les résultats précis varient beaucoup selon le scénario envisagé, mais la plupart des modélisations arrivent à une hausse du volume de sédiments transportés par les rivières. Étant donné que ces cours d’eau ont actuellement un faible débit à leur embouchure, l’abaissement du niveau du fleuve sera ressenti jusqu’à 10 km en amont. Dans le cas du Richelieu, qui est presque à l’état d’équilibre, le transport de sédiments serait, en 2100, trois fois supérieur à ce qu’il est présentement. Pour la Batiscan, l’augmentation pourrait être du double. ![]() L’érosion est une réalité aux abords de plusieurs lacs au Québec. C’est la Saint-François qui serait la moins touchée. L’un des trois modèles climatiques envisage même une légère diminution du transport de sédiments parce que le sable du lit de la rivière, dans sa partie haute, serait trop gros pour être entrainé si le débit d’eau était réduit. Il faut toutefois tenir compte du fait que cette rivière est déjà dans un état de dégradation à cause d’une baisse du niveau du fleuve survenue après le dragage de la voie maritime dans les années 50. Toutes les modélisations concluent à une érosion amplifiée des embouchures des rivières, y compris celle de la Saint-François, en comparaison du scénario de référence basé sur la situation actuelle. Le modèle élaboré par Patrick Verhaar n’a toutefois pas pu venir à bout de la complexité géomorphologique de l’embouchure du Saint-Maurice, caractérisée par la présence de deux iles formant trois branches au débit variable. Sédimentation Tous les sédiments transportés par les rivières vont aboutir dans le fleuve. «Cela pourra avoir une incidence majeure sur la voie maritime et sur le lac Saint-Pierre», craint le chercheur. La Saint-François de même que la Yamaska se déversent directement dans le lac. Son ensablement sera augmenté d’autant. En 2004, le professeur Richard Carignan, du Département de sciences biologiques, avait sonné l’alarme devant l’état d’asphyxie de ce lac à la suite d’une prolifération de plantes aquatiques et d’apports de sédiments des rivières. Ses travaux ne tenaient pas compte d’une sédimentation accrue due au réchauffement planétaire. La rivière Richelieu, quant à elle, se jette dans le fleuve en amont du lac Saint-Pierre mais très près de la voie maritime, qui risquera elle aussi d’être ensablée. Le dragage de ce canal, dans les années 50, avait entrainé un abaissement de 50 cm du niveau du lac Saint-Pierre. Un nouveau dragage risquerait de lui être fatal. La seule bonne nouvelle associée à ces changements est que la diminution du niveau des rivières réduira les risques d’inondation. Daniel Baril |