Claude Carignan implante un programme d’astrophysique à Ouagadougou
21 janvier 2008

Le professeur a doté l’Université de Ouagadougou du premier observatoire astronomique en Afrique subsaharienne

télescope
Un télescope conçu pour l’enseignement

À l’heure où l’Université de Montréal fait de l’internationalisation l’une de ses priorités, Claude Carignan, professeur au Département de physique, a pris les devants et implanté un programme d’astrophysique à l’Université de Ouagadougou, programme conçu sur le modèle de celui de l’UdeM. Cette réalisation inclut également l’installation du premier observatoire astronomique en Afrique subsaharienne.

«Ce projet a pris naissance il y a deux ans et a été lancé par l’organisme Mobilisation Enfants du monde», précise le professeur. Claude Carignan est en fait le vice-président de cet organisme de bienfaisance dont le but est de soutenir des projets de coopération en éducation et en santé en Afrique. Sa fondatrice est nulle autre que sa femme, Monique Mujuwamariya, une Rwandaise qui a fui le génocide en 1994.

Claude Carignan
Claude Carignan

«Monique déplorait l’absence d’Africains en physique sur la scène internationale alors que le Département de physique de l’Université de Ouagadougou est un excellent département, souligne le professeur. En physique, la source des connaissances provient de l’astrophysique, mais le Département n’avait pas de programme dans ce domaine.»

Au cours d’une rencontre avec le président de l’Université de Ouagadougou, Joseph Paré, devenu depuis lors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mme Mujuwamariya a proposé l’implantation d’un tel programme, sachant qu’elle pouvait s’appuyer sur l’expertise de son mari. L’idée a tout de suite plu et en moins de deux ans le nouveau programme était inauguré.

«Notre objectif est de former trois diplômés de doctorat d’ici trois ou quatre ans qui pourront prendre la direction du programme, mentionne M. Carignan. Cette collaboration s’inscrit dans une perspective d’internationalisation de l’UdeM et de mobilité étudiante: comme le programme est semblable au nôtre, des étudiants pourront suivre les cours dans les deux universités.»

Le professeur Carignan a déjà commencé à donner le cours de premier cycle à 120 étudiants en décembre dernier. Deux autres cours de deuxième cycle seront offerts l’an prochain. Six professeurs de l’UdeM et du Laboratoire d’astrophysique de l’Université d’Aix-Marseille participeront à la formation et aux cotutelles.

Premier télescope

Le projet de Claude Carignan comprenait, dans un deuxième temps, l’installation d’un télescope mis en fonction en novembre dernier, après seulement cinq semaines de travaux.

L’appareil est doté d’un miroir de 25 cm et a été adapté aux conditions locales par Luc Turbide, informaticien au Département de physique de l’UdeM. À première vue, l’instrument n’a rien d’imposant, mais il répond tout à fait aux besoins.

«C’est d’abord un télescope conçu pour l’enseignement, et la technique est la même que celle des gros télescopes, indique le professeur. Même si le Burkina Faso n’a pas de grands moyens financiers, les étudiants peuvent compter sur les données recueillies dans tous les observatoires du monde et qui sont rendues disponibles après quelques mois, ce qui leur permet de faire de la recherche de pointe sans infrastructures impressionnantes.»

Bénéficiant d’un système informatique de haute performance, l’instrument est manœuvrable de Montréal et les données peuvent être collectées ici même. Il permet par ailleurs aux étudiants d’ici d’avoir accès au ciel de l’hémisphère Sud. «Même en pleine ville, la pollution lumineuse n’est pas plus importante qu’à Lac-Mégantic!» affirme le chercheur.

Claude Carignan mène de front deux autres projets d’installation de télescopes, l’un aux Canaries et l’autre au Chili.

Daniel Baril