| Sur la trace des épaves de la flotte française |
| 09 décembre 2008 | |
Brad Loewen procède à l’inventaire des vestiges archéologiques du rivage de Lévis![]() Les eaux profondes du Saint-Laurent, face à Lévis, cachent une page importante de notre histoire que les archéologues commencent à faire remonter à la surface. Vaisseaux fantômes, canons de guerre, artéfacts de toutes sortes en ont long à raconter sur l’époque qui a vu la Nouvelle-France passer sous le Régime anglais. Des histoires de trésors toujours cachés dans des épaves ont longtemps alimenté les rumeurs dans les environs de Saint-Romuald. ![]() «Cette zone a connu plusieurs naufrages documentés sous le Régime français et en 1759, l’année de la Conquête. Elle a toujours suscité l’intérêt du public et des chercheurs», souligne Brad Loewen, professeur d’archéologie historique et maritime au Département d’anthropologie de l’UdeM. En collaboration avec les villes de Lévis et de Baie-Saint-Paul, le professeur Loewen a amorcé un programme de recherche visant à faire l’inventaire archéologique des fonds marins et des rivages de ces deux régions stratégiques pour la navigation. En aout dernier, le chercheur a dirigé une équipe d’archéologues et de plongeurs qui a effectué six jours de plongée en face de Lévis. ![]() À bord du Côte-des-Neiges, les plongeurs s’apprêtent à scruter les fonds du Saint-Laurent à la recherche d’épaves. (Photos: Forum en clips) Canons de la flotte française «Nous savons que quatre bateaux de la flotte française de 1759 ont coulé à cet endroit pendant une tempête, alors qu’ils cherchaient à regagner la France avant l’hiver, explique l’archéologue. Il y a eu aussi le naufrage du navire d’approvisionnement L’Éléphant à Cap-Brûlé, en aval de l’île d’Orléans, en 1729. Ce naufrage est célèbre parce que le navire transportait des personnages éminents comme l’intendant et l’évêque de Québec, qui ont survécu. Il y a également eu un chantier de construction et de réparation de bateaux à Lévis et nous avons là un ensemble archéologique très riche.» Vers 1912, des riverains ont même récupéré des canons qui étaient visibles de la rive; deux ont été installés devant l’église de Saint-Romuald, mais ont disparu depuis. On raconte en outre que, dans les années 70, des plongeurs amateurs auraient repéré d’autres canons sous les eaux. L’histoire s’est avérée exacte puisque les recherches de l’été dernier ont permis de découvrir quatre canons qui gisent dans le fleuve depuis 250 ans. «Ce sont des canons de petite taille, environ 5,5 kilos, du type de ceux qui équipaient les navires français, affirme Brad Loewen. Ces canons ont été déplacés par les glaces et ne sont plus à l’endroit des naufrages. Mais, comme ils sont regroupés dans deux zones, ils pourraient être reliés à deux des navires. Leur principal intérêt est de nous permettre de retrouver d’autres vestiges.» On peut avoir un aperçu de ces pièces d’artillerie dans la version «Forum en clips» de cette entrevue. Pour l’instant, les archéologues travaillent sur un site où les artéfacts sont dispersés sur une centaine de mètres. L’un des objectifs de la recherche est d’ailleurs de cartographier le fond marin, de mesurer les courants et les marées afin de connaitre les conditions de navigation de l’époque coloniale. Ces données leur permettront de comprendre le déplacement des objets sur le fond du fleuve et éventuellement de remonter aux épaves elles-mêmes. Mais Brad Loewen ne se fait pas d’illusions. «Les glaces raclent le lit du Saint-Laurent à marée basse et il est possible que les épaves n’existent plus», admet-il. De plus, la rivière Etchemin, qui se jette dans le fleuve en amont du site, apporte quantité de sédiments. Mais le fait que la zone n’ait pas subi de perturbations lors du dragage de la voie maritime lui donne espoir. Des conditions difficiles Les recherches en archéologie maritime nécessitent patience et longueur de temps. «Nous ne pouvons pas travailler si le courant est plus rapide que deux nœuds et nous ne plongeons que lorsque les marées sont faibles afin d’avoir une période d’étale plus longue.» À la dernière journée de plongée, l’équipe a dû attendre plus d’une heure avant que les conditions soient favorables, en tournant au-dessus du site à bord du Côte-des-Neiges, le navire sonar de recherche en archéologie de l’UdeM. Et, lorsque les plongeurs ont enfin pu se mettre au travail, la visibilité était très réduite à cause de pluies récentes. ![]() Brad Loewen devant la marina de Lévis, au retour d’une expédition qui a permis de localiser un quatrième canon. (Photo: Daniel Baril) Les chercheurs doivent de plus veiller à conserver une certaine discrétion quant à leurs découvertes pour assurer la préservation des sites. «Les plongeurs amateurs et sportifs sont des alliés pour les recherches puisque ce sont souvent eux qui mettent au jour des sites archéologiques et qui nous livrent de précieuses informations, mentionne le professeur. Ce sont des passionnés, mais ils ne sont pas toujours au courant des lois et plusieurs aiment rapporter des souvenirs de leurs plongées.» Le professeur mise donc sur des équipes mixtes composées non seulement de professionnels et d’étudiants, mais aussi de plongeurs amateurs qui ne demandent pas mieux que d’être intégrés à un projet de recherche. «Cela leur donne une formation et contribue à sensibiliser ce milieu.» Les plongées reprendront l’été prochain, car le site est considéré comme très propice à la formation des étudiants. Ce projet est rendu possible grâce au Conseil de re-cherches en sciences humaines du Canada, qui subventionne les opérations sur le terrain, et à une contribution de la Fondation canadienne pour l’innovation, qui a permis l’acquisition du Côte-des-Neiges. Daniel Baril
Voir le clip «À la recherche des vestiges d’une flotte française» |