| ÉDUCATION - L’école doit revaloriser le vocabulaire |
| 19 février 2008 | |||||||||
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Dans le cadre de son doctorat en didactique du français à l’Université de Montréal, Dominic Anctil est sur le point de se pencher sur 300 rédactions d’élèves de troisième secondaire afin de débusquer leurs erreurs de vocabulaire. Objectif : préciser quels sont les problèmes lexicaux d’un élève québécois francophone moyen et aider l’enseignant à les comprendre et à les corriger. « En troisième secondaire, il est encore temps d’intervenir pour inculquer aux élèves une bonne connaissance du vocabulaire ou faire perdre de mauvaises habitudes », indique-t-il. Le chercheur utilisera des textes narratifs ou explicatifs d’environ 350 mots produits en classe. Les enseignants feront leur part en lui expliquant leur méthode pour noter les problèmes repérés dans les rédactions. Les enseignants du secondaire se plaignent souvent des faibles connaissances en français de leurs élèves, mais, selon le doctorant, ils sous-estiment les erreurs de vocabulaire commises par les élèves et les confondent fréquemment avec des erreurs de syntaxe ou de grammaire. Pas étonnant, croit-il, car leur formation ne leur a pas permis d’acquérir toutes les compétences nécessaires pour diagnostiquer correctement les difficultés de vocabulaire, pas plus qu’elle ne leur a donné les outils pour y parvenir. En outre, pour corriger les travaux, ils ne disposent que de grilles d’évaluation incomplètes et floues, fournies par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport ou par l’école elle-même. Contrairement aux autres aspects de l’évaluation du code linguistique, celle du vocabulaire dans les examens du secondaire du ministère repose sur une appréciation entièrement qualitative, bien subjective, au dire de Dominic Anctil. « Le vocabulaire est le parent pauvre de l’apprentissage du français langue maternelle, déplore-t-il. En enseignement des langues secondes, on met davantage l’accent sur les contextes d’utilisation des mots, une pratique essentielle mais pourtant peu courante en enseignement du français. » Ce passionné des dictionnaires réclame donc qu’une plus grande place soit accordée au vocabulaire dans l’enseignement du français. Au cours des recherches qui ont précédé son expérimentation, l’étudiant a constaté que, exception faite des erreurs communes comme les fautes d’orthographe, les barbarismes – infractus pour infarctus – ou les anglicismes, bien des erreurs sont plus subtiles. « Arborer une tenue de camouflage, cela se dit… mais c’est impropre, car arborer signifie porter pour être vu », s’amuse-t-il. D’après ses travaux, « la notion d’erreur lexicale n’a jamais fait l’objet d’une définition claire et complète », du moins dans le monde de l’éducation. Mais que dire alors des listes de mots sur lesquelles s’escriment les élèves de la première à la sixième année du primaire ? « Les fameuses listes sont à peu près tout ce qu’on apprend aux jeunes pour les aider à bien maitriser les subtilités du lexique français, fait-il observer. Par la suite, le vocabulaire est laissé-pour-compte. » Si bien qu’au secondaire les élèves francophones apprennent beaucoup sur la littérature mais très peu sur les mots qui la constituent. Les choses ne s’améliorent pas par la suite puisque le chercheur a montré que les travaux d’étudiants en formation des maitres en première année d’université comportaient toujours plusieurs problèmes de vocabulaire. Pour soulager un peu ceux qui sont aux prises avec les erreurs lexicales, Dominic Anctil se rappelle quelques principes de vocabulaire négligés ou oubliés. Il faudrait par exemple apprendre les mots avec leur contexte, pense-t-il. « Si tout le monde était conscient que le mot question va obligatoirement avec le verbe poser, les professeurs ne se feraient pas tout le temps demander une question ! » À terme, il aimerait aussi proposer une grille de correction de textes plus compréhensible et plus exhaustive. -30-
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