| Troubles d’apprentissage : attention au bruit |
| 21 janvier 2008 | |
Il faut travailler avec les professeurs pour démytifier les troubles de communication![]() Un environnement bruyant peut être défavorable à la réalisation des activités chez des enfants souffrant de troubles de communication.
Au Québec, de nombreux élèves présentent des troubles d’apprentissage. Plusieurs d’entre eux seraient atteints de dysphasie ou d’un trouble de traitement auditif (TTA). L’accomplissement des gestes quotidiens de ces enfants dépend de leur environnement, que ce soit à la maison, à l’école ou dans la communauté. C’est ce qu’ont découvert les professeurs adjoints de l’École d’orthophonie et d’audiologie Claire Croteau et Benoît Jutras dans une étude réalisée en partenariat avec le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture. «Plus l’environnement est défavorable, plus la réalisation des activités de tous les jours est difficile pour ces enfants. Inversement, plus l’environnement est favorable, plus c’est facile», résume Claire Croteau. ![]() Claire Croteau et Benoît Jutras Ainsi, un enfant qui souffre de TTA, c’est-à-dire qui peine à saisir les sons de la parole malgré une acuité auditive normale, ne sera pas à même de comprendre les consignes d’un travail énoncées dans une salle de classe bruyante. Ce qui semble relever de l’évidence était pourtant peu connu et peu documenté jusqu’à aujourd’hui. Pour étudier les activités quotidiennes perturbées chez les élèves aux prises avec un trouble de communication et les facteurs favorisant ou non leur réalisation, les chercheurs ont fait appel aux parents de 55 enfants dysphasiques ou atteints d’un TTA et à 18 intervenants scolaires. Ces participants ont rempli deux questionnaires, le premier sur les habitudes de vie des enfants et le second sur l’appréciation de la qualité de l’environnement de ces derniers. Selon les parents, les secteurs où les activités de tous les jours sont le plus touchées sont la communication, la vie communautaire et les responsabilités. Les intervenants scolaires ont ciblé de leur côté la communication et l’éducation. Les deux groupes ont également nommé les relations interpersonnelles, l’alimentation et les loisirs. Pour au moins 20 % des parents, les facteurs de l’environnement défavorables à l’épanouissement de leur enfant sont la disponibilité des services spécialisés à l’école, la composition de la classe, l’environnement sonore dans la classe et dans la salle du diner, le temps accordé aux activités d’apprentissage, l’évaluation des apprentissages, les explications et le temps consacré aux travaux à la maison ainsi que l’absence des services communautaires et d’amis dans le quartier. Du côté des intervenants scolaires, plus de 25 % d’entre eux reconnaissent que la composition de la classe, le comportement des autres élèves, l’environnement sonore de la classe et de la salle du diner, la pédagogie par projets et l’enseignement magistral, le travail en équipe, le niveau de difficulté des travaux et les services de l’école semblent, dans une certaine mesure, nuire aux enfants. Ces données laissent dire à Benoît Jutras qu’une intervention plus globale auprès des enfants, mais aussi auprès des professeurs, est nécessaire. «Les troubles de communication chez les enfants sont des handicaps qui ne sont pas toujours évidents au premier abord et il faut travailler avec les professeurs pour les démytifier», mentionne-t-il. S’appuyant sur son expérience d’orthophoniste dans le milieu scolaire, Claire Croteau ajoute que «les services spécialisés sont encore trop à la pièce». «C’est bien beau travailler l’articulation d’un enfant, mais, quand ce dernier retourne en classe et qu’il ne parle pas, on n’est pas plus avancé. On doit intervenir sur des aspects particuliers, mais il faut s’assurer en premier lieu que l’environnement facilite la communication et que les enfants sont bien à l’école. À partir de ce moment, on pourra aller plus loin.» Marie Lambert-Chan |