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Les immigrants sont plus scolarisés et… plus chômeurs Version imprimable Suggérer par courriel
17 février 2008

Les mesures d’intégration des minorités devraient être plus coercitives, estime Marie-Thérèse Chicha

Dans la population immigrée, le taux de diplomation universitaire est de 31% chez les femmes et de 38% chez les hommes, comparativement à 16% dans l’ensemble de la population canadienne. Pourtant, le taux de chômage, qui est de 6,3% au Canada, atteint les 17% chez les immigrants.

Marie-Thérèse Chicha
Marie-Thérèse Chicha

Ce sont là quelques-unes des données qu’a livrées Marie-Thérèse Chicha pour illustrer les difficultés d’intégration auxquelles doivent faire face les minorités ethniques et culturelles dans le monde du travail. Professeure à l’École de relations industrielles et consultante pour le Bureau international du travail à Genève, Mme Chicha participait à la table ronde sur l’équité en emploi tenue au cours du colloque sur l’apport de la diversité à la valorisation des professions le 8 février.

«Le problème, a mentionné la professeure, c’est la déqualification ou l’inadéquation entre emploi et formation pour les nouveaux arrivants. Et les causes sont multiples et cumulatives.»

Les compétences linguistiques sont l’une de ces causes, mais il semble clair, aux yeux de Mme Chicha, que les gouvernements ne mettent pas toutes les ressources nécessaires de ce côté. Et il ne suffit pas de parler français puisque 42% des immigrants francophones disent être victimes de discrimination au travail.

La reconnaissance des diplômes étrangers demeure l’un des problèmes les plus aigus. Sur 8900 demandes de reconnaissance de diplôme présentées entre 1997 et 2003, 37% ont été accordées, 45% ont reçu une acceptation partielle et 18% ont été refusées. Les demandes dans le domaine de la santé représentent 91% des refus!

«Dans les professions non règlementées, 44% des employeurs considèrent un diplôme étranger comme un handicap», a affirmé la professeure. Les immigrants se heurtent ainsi à un véritable mur en arrivant au Canada, alors qu’on leur a fait savoir dans leur pays d’origine qu’ils étaient sélectionnés sur la base de leurs compétences.

Mesures inadéquates

Mme Chicha juge par ailleurs que l’ensemble des mesures mises en place pour faciliter l’intégration au marché du travail sont soit insuffisantes, soit inefficaces. Les programmes de formation d’appoint pour les infirmières, par exemple, ont donné d’excellents résultats, mais les places sont maintenant très limitées ou les programmes ont été tout simplement abolis. Dans les entreprises, les programmes d’appoint sont trop peu nombreux et leur financement est instable. «Il y a peu d’engagement des partenaires, en particulier des universités», a-t-elle déploré.

Quant aux programmes d’accès à l’égalité, elle juge qu’ils n’ont pas répondu aux attentes et que les dispositions de la loi devraient être plus coercitives.

Présente dans la salle, une représentante de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, de qui relève l’application de la loi sur l’accès à l’égalité en emploi, a fait valoir que les programmes n’avaient pas encore donné les résultats escomptés puisqu’on en est à établir le tableau de la situation.

Rappelant son enquête de 2003 sur le sujet, la professeure Chicha a fait remarquer que très peu d’entreprises avaient fait leurs devoirs et a dit regretter que le secteur privé ait été exclu de l’application de la loi. Même le gouvernement du Québec s’est soustrait aux mesures contraignantes de cette loi.

Des barreaux au Barreau

Également participante à la table ronde, Madeleine Lemieux, ex-bâtonnière et porte-parole du Barreau du Québec, a relaté la difficile implantation d’un programme d’accès à l’égalité au sein de cette instance et l’embauche, en 2005, d’une conseillère pour voir à ce dossier.

Parmi les 22 000 membres de cet ordre professionnel, 46 % sont des femmes, mais l’écart de salaire entre les hommes et les femmes va de 30 à 40 %, au désavantage des femmes.

Tous les arguments ont d’abord été invoqués pour éviter d’aborder la question de l’égalité, tant entre hommes et femmes qu’en ce qui concerne les minorités culturelles: «Où est le problème?», «Ce n’est pas de notre responsabilité», «Il n’y a pas de données fiables», etc.

Le poste de conseillère a finalement été créé parce que le Barreau considère qu’il est dans sa mission de défendre les droits garantis par la Charte, dont le droit à l’égalité. «Son défi sera de faire sa place dans l’organisation et de mener une action transversale dans un milieu où les dossiers sont traités en silos séparés», a souligné Me Lemieux. La représentante du Barreau s’est réjouie par ailleurs de l’ajout d’un cours portant sur le contexte social de la pratique du droit dans la formation des avocats.

Ce colloque, qui s’est poursuivi sous forme d’ateliers, était organisé par le Comité consultatif chargé d’assurer le suivi de la Politique sur l’adaptation à la diversité culturelle, le Comité pour l’intégration des étudiants handicapés et le Comité permanent sur le statut de la femme.

Daniel Baril

 

(Photo: Bernard Lambert)

 

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