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| Les Japonais ne disent pas «je t’aime» comme nous! |
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| 11 février 2008 | |
Taki Kanaya compare les langues d’être avec les langues d’action![]() Quand ils expriment des sentiments amoureux, les Japonais ne s’y prennent pas de la même façon que les Nord-Américains. «On ne dit pas “je t’aime” en japonais mais quelque chose comme “l’amour est présent entre nous”, explique le linguiste Taki Kanaya, spécialiste de la grammaire nippone. Dans la langue, il y a beaucoup de notre culture qui s’exprime.» Pour M. Kanaya, il y a les langues d’être, comme le japonais, le coréen ou certaines langues amérindiennes, et les langues d’action comme le français, l’anglais, l’allemand et plusieurs langues européennes. «Dans une langue d’être, le “je” est effacé. Il existe comme pronom, mais on ne l’utilise que si c’est vraiment nécessaire.» En anglais ou en français, le «je» nous place à l’extérieur de l’action. Ainsi, le Japonais dira plus naturellement «le mont Fuji est visible» que «je vois le mont Fuji». Selon Taki Kanaya, c’est l’inconscient collectif qui l’exige. «C’est toute la différence entre l’œil de Dieu et l’œil de l’insecte. Le Japonais a un œil d’insecte. Sa vision du monde ne se situe pas au-dessus des autres individus, mais bien sur le terrain avec eux.» Dans les langues d’action, il semble y avoir une plus grande distance entre les émotions et la personne. Les Occidentaux ont d’ailleurs un besoin inaltérable d’exprimer et d’entendre des mots d’amour, que ce soit ou non la Saint-Valentin. «Dans les cultures asiatiques, on ressent moins ce besoin, affirme le responsable des cours de japonais au Centre d’études de l’Asie de l’Est (CETASE). Il est d’ailleurs cocasse d’observer des Nord-Américains mariés à des Japonaises se plaindre du fait que leur femme ne leur dit jamais qu’elle les aime. C’est que cela ne fait pas partie de leur culture. Elles sont “dans” l’amour; pourquoi en rajouter?» Peut-être y a-t-il une plus grande stabilité émotive chez les couples japonais, comme le pense Taki Kanaya. «Au Japon, les familles sont tricotées serré, les enfants sont très proches de leurs parents; les déviances sont mal tolérées. C’est une mentalité d’insulaire parfois lourde à porter pour les jeunes. Mais cela donne une représentation autre de l’amour, moins individuelle.» Victimes et bourreaux Le culte de la personnalité est beaucoup plus poussé en Occident qu’en Orient. À Tokyo, aucune station de métro ne porte le nom d’un individu par exemple. Ici, fait remarquer l’expert, on donne le nom d’un individu non seulement aux stations ou à des immeubles mais aussi à des villes (Vancouver, Victoria). ![]() Taki Kanaya Les monuments commémoratifs des grands conflits auxquels les Japonais ont participé sont également éloquents. À Hiroshima, le monument élevé en souvenir de l’explosion de la bombe atomique en 1945 mentionne que «l’erreur ne sera pas répétée». «Il n’y a ni victimes ni bourreaux. Pas d’ennemis ni d’amis», observe le linguiste. À Okinawa, où une importante bataille est survenue durant la Seconde Guerre mondiale et où un de ses oncles s’est fait tuer, il a constaté qu’on honorait sur les épitaphes autant les victimes américaines que les victimes japonaises. Toute une différence avec George W. Bush, qui, après les attaques du 11 septembre 2001, a exhorté les pays du monde à choisir leur camp: «Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous», avait-il lancé. «Les Japonais ne sont pas com-me ça, indique Taki Kanaya, qui est arrivé au Québec en 1975. Ils pensent que, si on est deux ennemis dans un bateau, la pire erreur consisterait à tuer l’ennemi.» Vidéoconférence internationale C’est à l’occasion de la série «In the Shadow of a Monolith» que le professeur Kanaya a prononcé sa conférence intitulée «How to Correctly Say I love you in Japanese: Contrasting Views of Do-language and Be-language» le 1er février dernier. En plus des spectateurs réunis à l’Université de Montréal, l’auditoire s’étendait à l’Ouest canadien et au Japon grâce à une retransmission par vidéoconférence. Une cinquantaine de personnes ont assisté à la présentation. «Les gens ont beaucoup apprécié l’approche de M. Kanaya, relate Guillaume Doré, étudiant à la mineure en études est-asiatiques et président de l’association étudiante du CETASE. Au-delà de l’analyse purement linguistique, il nous a fait comprendre les implications politiques et personnelles qui diffèrent selon la langue que nous parlons.» La série de vidéoconférences, financée notamment par la Japan Foundation, a été inaugurée l’an dernier par David Passarelli, un ancien étudiant du CETASE aujourd’hui à l’Université Waseda, à Tokyo. Guillaume Doré a assuré la relève en obtenant la collaboration de l’université japonaise. Entre le 10 janvier et le 1er février, six vidéoconférences ont été diffusées, animées par des professeurs des universités Harvard, Waseda, de Hiroshima, de la Colombie-Britannique et de Montréal. On peut les visionner sur le site du projet. Mathieu-Robert Sauvé |
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